Haïti : la crise humanitaire s’aggrave, un appel urgent de l’UNICEF pour la protection des enfants
Port-au-Prince, Haïti – 14 octobre 2025 – L’UNICEF tire la sonnette d’alarme sur une situation humanitaire désastreuse en Haïti, où la violence des gangs a entraîné une vague de déplacements sans précédent, affectant près de 90% de la capitale et plongeant des centaines de milliers d’enfants dans une précarité extrême. L’agence onusienne demande un soutien international accru pour faire face à une crise qui menace l’avenir d’une génération.
Les derniers chiffres du Fonds des Nations Unies pour l’enfance révèlent une augmentation spectaculaire des personnes déplacées en raison de l’insécurité croissante. Plus de 1,3 million de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile, parmi lesquelles plus de 680 000 enfants, soit le double par rapport à l’année précédente. Ces déplacements massifs atteignent des niveaux « sans précédent » en 2025, avec désormais 246 sites de déplacement recensés à travers le pays. Des milliers d’enfants ont été forcés de déménager à plusieurs reprises, victimes de la violence acharnée des gangs armés.
« Les enfants en Haïti subissent des violences et des déplacements à une échelle terrifiante », a déclaré Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF. « Chaque fois qu’ils sont contraints de fuir, ils perdent non seulement leur maison mais aussi la possibilité d’aller à l’école et simplement d’être des enfants. »
Les conditions de vie dans les abris pour personnes déplacées sont particulièrement alarmantes. Selon l’UNICEF, environ 33% de ces structures manquent d’infrastructures de protection élémentaires. Les femmes et les enfants sont les plus vulnérables, exposés à des niveaux disproportionnés de violence, d’exploitation et d’abus. L’ONU souligne que les violations des droits de l’enfant sont monnaie courante, notamment dans les zones sous le contrôle des bandes armées. On estime que plus de 2,7 millions de personnes, dont 1,6 million de femmes et d’enfants, vivent sous le joug de ces groupes.
« De plus en plus d’enfants sont victimes de trafic, d’exploitation et de recrutement forcé par les gangs », a affirmé Volker Turk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. « Nous ne pouvons qu’imaginer l’impact à long terme, pour les enfants d’Haïti et pour la société dans son ensemble. »
L’éducation est également au cœur de cette crise. La majorité des écoles étant réquisitionnées comme abris pour les déplacés, près d’un demi-million d’élèves voient leur scolarité gravement perturbée. Plus de 1 600 établissements scolaires ont fermé leurs portes, et des dizaines ont été occupées par des groupes armés durant l’année scolaire 2024-2025. Le secteur éducatif souffre en outre d’une pénurie critique de manuels, de matériel pédagogique et d’enseignants qualifiés.
« Près de 1 600 écoles ont été attaquées, occupées ou fermées en raison d’une violence incessante, laissant plus d’un enfant sur quatre hors de la classe », a précisé Giacomo Colarullo, responsable des communications d’urgence à l’UNICEF. » L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage, mais aussi un refuge. Quand cela disparaît, nous risquons le développement et l’avenir de toute une génération. «
La faim constitue une autre urgence majeure. L’UNICEF estime que plus de 3,3 millions d’enfants en Haïti ont un besoin urgent d’aide humanitaire, et plus d’un million sont confrontés à une grave insécurité alimentaire. Cette année, près de 288 544 enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë. La flambée des prix des denrées alimentaires de base rend les produits essentiels inabordables pour la majorité des familles, les forçant à sauter des repas ou à adopter des régimes pauvres en nutriments.
L’insécurité généralisée le long des frontières et des axes routiers majeurs entrave sévèrement la livraison de l’aide humanitaire, limitant l’accès aux services de nutrition, de santé et de protection. Les travailleurs humanitaires continuent de courir des risques élevés dans l’exercice de leurs fonctions.
« La faim s’aggrave à une vitesse alarmante », a constaté M. Colarullo. « Moins de la moitié des établissements de santé de la zone métropolitaine de Port-au-Prince restent pleinement fonctionnels, laissant les mêmes enfants souvent incapables d’accéder aux soins dont ils ont besoin pour survivre et s’épanouir. L’UNICEF et ses partenaires continuent de rester et de fournir des aliments thérapeutiques, des cliniques mobiles et un soutien aux familles déplacées à l’intérieur du pays, mais l’accès et le financement restent des obstacles majeurs. »
La situation est d’autant plus préoccupante que l’aide étrangère a été récemment réduite, affectant gravement le financement de programmes humanitaires vitaux, tels que ceux du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Le PAM, qui a soutenu plus de deux millions de personnes en Haïti depuis janvier 2022, estime avoir besoin d’au moins 139 millions de dollars pour ses opérations dans les douze prochains mois. Cependant, les réductions de financement ont déjà contraint l’agence à suspendre la distribution de repas chauds et à diviser par deux les rations alimentaires pour les familles déplacées. Pour la première fois, le PAM n’a pas non plus pu prépositionner de stocks alimentaires pour faire face aux catastrophes climatiques durant la saison des ouragans.
« Aujourd’hui, plus de la moitié des Haïtiens n’ont pas assez à manger », a alerté Wanja Kaaria, directrice du PAM en Haïti. « Avec nos niveaux de financement actuels, le PAM et ses partenaires luttent pour empêcher la famine de milliers de personnes parmi les plus vulnérables – des enfants, des mères, des familles entières qui sont à court d’options et d’espoir. »
Malgré ces obstacles considérables, l’UNICEF et ses partenaires ont réussi à apporter une aide essentielle. À ce jour, l’agence a traité plus de 86 000 enfants souffrant de malnutrition, fourni des services de santé à plus de 117 000 personnes et assuré l’accès à l’eau potable pour 140 000 personnes.
L’UNICEF lance un appel urgent à un soutien international renforcé pour étendre l’assistance et la protection aux enfants déplacés, en garantissant un abri sûr, la recherche et la réunification des familles, les soins psychosociaux et l’accès aux services essentiels. L’appel de l’organisation reste cependant gravement sous-financé, menaçant la continuité de ces efforts vitaux.
« Les enfants d’Haïti ne peuvent pas attendre », a conclu Mme Russell. « Comme tout enfant, ils méritent une chance d’être en sécurité, en bonne santé et de vivre en paix. C’est à nous d’agir dès maintenant pour les enfants d’Haïti. »