La vétusté des prisons françaises, un mal persistant qui bafoue les droits fondamentaux
Paris, le 15 octobre – Un rapport accablant de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, publié ce jour au Journal officiel, tire la sonnette d’alarme sur l’état désastreux de nombreux établissements pénitentiaires français. La vétusté extrême de ces structures, dont celles de Nice et Pau, maintient des milliers de détenus dans des conditions indignes, une situation dénoncée malgré des alertes répétées et des violations flagrantes des droits humains.
Les mots employés par Dominique Simonnot sont sans équivoque : barreaux rouillés, murs lézardés, prolifération de nuisibles… Le tableau dépeint est celui d’une négligence d’État face à la dégradation continue des prisons. La CGLPL constate qu’« à ce jour encore, de nombreuses maisons d’arrêt sont installées dans des bâtiments du XIXe siècle ». Ces infrastructures, en service continu depuis des décennies, souffrent d’un manque d’entretien chronique qui a conduit à leur « extrême dégradation ».
Les établissements pénitentiaires pâtissent de défaillances électriques, comme c’est le cas à Nice, et sont infestés de cafards, de rats ou de punaises de lit, selon l’avis publié. L’année 2023 a été marquée par un effondrement partiel des coursives de la maison d’arrêt de Rouen, conséquence directe de la négligence d’entretien et des infiltrations d’eau persistantes.
Les maisons d’arrêt de Pau, construite en 1861, et de Nice, édifiée en 1887, illustrent particulièrement ce constat alarmant. Les murs y sont suintants, les moisissures omniprésentes et les sanitaires dégradés. Ces conditions déplorables ne sont pas l’apanage des vieilles structures : même les prisons récemment construites peuvent souffrir d’insalubrité, souvent due à des « malfaçons dans le projet de construction », souligne Dominique Simonnot. Le centre de détention de Fleury-Mérogis, inauguré en septembre 2023, a dû fermer ses portes moins d’un an plus tard suite à des « fuites d’eau importantes », de l’« humidité » et des « moisissures ».
L’avis de la CGLPL mentionne spécifiquement la maison d’arrêt de Nice : « les rapports de visite des maisons d’arrêt de Pau, Besançon, Grasse ou encore Nice : le manque d’étanchéité des murs, les fissures structurelles et les installations défectueuses composent un environnement propice à la multiplication des nuisibles, qui participe à son tour de l’insalubrité générale des lieux et de l’indignité des conditions de détention. » À Nice, « faute de rangements en nombre suffisant, les détenus sont contraints de stocker leurs effets personnels au sol », détaille le rapport.
La vétusté des bâtiments pose un risque concret pour la sécurité et les droits fondamentaux des détenus. À Nice, les installations électriques dangereuses augmentent les risques d’incidents graves, notamment d’incendie. La contrôleure générale affirme que cette dégradation est « directement à l’origine d’atteinte aux droits fondamentaux des détenus », compromettant leur sécurité et leur intimité déjà réduites.
Ces problèmes structurels s’aggravent dans un contexte de surpopulation carcérale chronique. Au 1ᵉʳ septembre, le taux de densité carcérale atteignait près de 135 % selon le ministère de la Justice. Dans ces conditions, la moindre fermeture de cellule pour travaux intensifie la « promiscuité » et le surmenage des infrastructures, créant un cercle vicieux où l’usure des équipements s’accélère.
Face à cette situation, la CGLPL déplore l’insuffisance des actions gouvernementales : malgré des « alertes répétées », les réponses apportées restent « généralement inadaptées » et « pas à la hauteur des enjeux ». La maison d’arrêt de Nice est emblématique de ce blocage : « privée de projet concret de rénovation en raison de l’ouverture annoncée d’un nouvel établissement pénitentiaire en 2027, elle fait l’objet de restrictions budgétaires alors que la maintenance de l’établissement pâtit déjà depuis plusieurs années de l’insuffisance de son budget de fonctionnement et que l’investissement est réduit, également depuis longtemps, faute de perspectives claires », explique le rapport.
L’institution recommande un « diagnostic approfondi » pour chaque établissement vétuste afin de définir les mesures nécessaires concernant leur avenir. En réponse, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, assure que des diagnostics ont été réalisés pour les établissements les plus dégradés et que deux appels d’offres ont été lancés pour la construction de 3 000 places de prison modulaires. Des promesses qui, selon les observateurs du monde carcéral, peinent à convaincre face à l’ampleur d’une crise structurelle qui s’enracine.