Publié le 2025-10-16 10:14:00. Une nouvelle piste thérapeutique, puisée dans la génétique de la longévité, pourrait offrir un espoir contre la progéria, une maladie génétique rare provoquant un vieillissement accéléré chez les enfants. Des chercheurs ont découvert que des « gènes de longévité », identifiés chez des centenaires, semblent capables de contrecarrer les effets délétères de cette pathologie sur le système cardiovasculaire.
- Des « gènes de longévité », identifiés chez des personnes vivant exceptionnellement longtemps, pourraient inverser les dommages cardiaques liés à la progéria.
- La recherche, menée par l’Université de Bristol et l’IRCCS MultiMedica, a montré des effets protecteurs sur des modèles animaux et cellulaires de la maladie.
- Cette approche, axée sur la biologie naturelle du vieillissement sain, ouvre de nouvelles perspectives pour le traitement de cette maladie orpheline et potentiellement des maladies cardiaques liées à l’âge.
La progéria, ou syndrome de Hutchinson-Gilford Progeria (HGPS), est une maladie génétique rare et souvent mortelle, caractérisée par un vieillissement prématuré et accéléré chez les enfants. Elle est causée par une mutation du gène LMNA, entraînant la production d’une protéine toxique, la progérine. Cette protéine perturbe la structure du noyau des cellules, le « centre de contrôle », provoquant des signes précoces de vieillissement, particulièrement marqués au niveau du cœur et des vaisseaux sanguins. La majorité des enfants atteints décèdent à l’adolescence des suites de complications cardiaques. Bien que le lonafarnib soit actuellement le seul traitement approuvé par la FDA (Food and Drug Administration) américaine pour tenter de réduire l’accumulation de progérine, de nouvelles stratégies thérapeutiques sont activement recherchées.
Dans ce contexte, une équipe de recherche internationale, composée de scientifiques de l’Institut de cardiologie de Bristol (Université de Bristol) et de l’IRCCS MultiMedica en Italie, s’est penchée sur le potentiel des « gènes de longévité ». Ils se sont concentrés sur le gène LAV-BPIFB4, déjà connu pour son rôle dans le maintien de la santé cardiaque et vasculaire chez les personnes âgées. Les expériences menées sur des souris génétiquement modifiées pour développer la progéria ont révélé qu’une seule injection de ce gène de longévité améliorait significativement la fonction cardiaque, notamment la fonction diastolique, qui concerne la capacité du cœur à se détendre et à se remplir de sang. Cette intervention a également permis de réduire les lésions du tissu cardiaque (fibrose), de diminuer le nombre de cellules « vieillies » et de stimuler la croissance de nouveaux petits vaisseaux sanguins, contribuant ainsi à préserver la santé du myocarde.
L’étude a ensuite été étendue à des cellules humaines issues de patients atteints de progéria. L’ajout du gène LAV-BPIFB4 a réduit les signes de vieillissement et de fibrose, sans affecter directement les niveaux de progérine. Ces résultats suggèrent que le gène protège les cellules des effets toxiques de la progérine plutôt que de l’éliminer. Il ne s’agit donc pas d’éradiquer la protéine défectueuse, mais d’aider l’organisme à mieux gérer ses conséquences.
« Notre recherche a identifié un effet protecteur d’un ‘gène de longévité supercentenaire’ contre le dysfonctionnement cardiaque de la progeria dans des modèles animaux et cellulaires. Les résultats offrent de l’espoir pour un nouveau type de thérapie contre la Progeria ; une thérapie basée sur la biologie naturelle du vieillissement en bonne santé plutôt que sur le blocage de la protéine défectueuse. Cette approche, à terme, pourrait également aider à lutter contre les maladies cardiaques normales liées à l’âge. Nos recherches apportent un nouvel espoir dans la lutte contre la Progeria et suggèrent que la génétique des supercentenaires pourrait conduire à de nouveaux traitements contre le vieillissement cardiaque prématuré ou accéléré, ce qui pourrait nous aider tous à vivre plus longtemps et en meilleure santé. »
Dr Yan Qiu, chercheur honoraire au Bristol Heart Institute de l’Université de Bristol
« Il s’agit de la première étude à indiquer qu’un gène associé à la longévité peut contrecarrer les dommages cardiovasculaires causés par la progéria. Les résultats ouvrent la voie à de nouvelles stratégies de traitement pour cette maladie rare, qui nécessite de toute urgence des médicaments cardiovasculaires innovants capables d’améliorer à la fois la survie à long terme et la qualité de vie des patients. À l’avenir, l’administration du gène LAV-BPIFB4 par thérapie génique pourrait être remplacée et/ou complétée par de nouvelles méthodes d’administration basées sur des protéines ou des ARN. Nous menons actuellement de nombreuses études pour étudier le potentiel du LAV-BPIFB4 dans la lutte contre la détérioration des systèmes cardiovasculaire et immunitaire dans diverses conditions pathologiques, dans le but de traduire ces résultats expérimentaux en un nouveau médicament biologique. »
Professeur Annibale Puca, chef du groupe de recherche à l’IRCCS MultiMedica et doyen de la faculté de médecine de l’université de Salerne
Ces travaux, publiés dans la revue Transduction du signal et thérapie ciblée, représentent une avancée significative dans la compréhension et le traitement de la progéria. La possibilité d’utiliser la génétique des centenaires pour lutter contre le vieillissement prématuré ouvre des perspectives prometteuses, non seulement pour les patients atteints de cette maladie rare, mais potentiellement aussi pour le traitement des maladies cardiaques liées au vieillissement chez la population générale.
Référence : Qiu Y, Cattaneo M, Maciag A, Puca AA, Madeddu P. Une variante associée à la longévité du gène BPIFB4 humain prévient le dysfonctionnement diastolique chez les souris progeria. Cible de transduction Sig Ther. 2025;10(1):314. DOI : 10.1038/s41392-025-02416-3