Une avancée prometteuse pour inverser le déclin de la vision lié à l’âge : des scientifiques dévoilent une nouvelle approche thérapeutique. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’UC Irvine suggère qu’il serait possible non seulement de ralentir, mais aussi de renverser certains effets du vieillissement oculaire, ouvrant la voie à la prévention de maladies telles que la Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge (DMLA).
« Nous démontrons le potentiel d’inverser la perte de vision liée à l’âge », affirme Dorota Skowronska-Krawczyk, PhD, professeure agrégée au Département de physiologie et de biophysique, ainsi qu’au Département d’ophtalmologie et des sciences visuelles de l’UC Irvine. Les résultats de cette recherche, menée en collaboration avec des scientifiques de l’Académie polonaise des sciences et de l’Université de santé et de médecine de Potsdam (Allemagne), ont été publiés dans la revue Médecine translationnelle scientifique sous le titre « La supplémentation en acides gras polyinsaturés rétiniens inverse le déclin de la vision lié au vieillissement chez la souris ».
Le vieillissement affecte inévitablement notre acuité visuelle. Qui n’a jamais vu une personne âgée dans un restaurant tamisé demander à sortir son téléphone pour allumer la lampe afin de pouvoir lire le menu ? Ce phénomène courant pourrait bientôt n’être qu’un lointain souvenir grâce à ces travaux révolutionnaires.
Comprendre le rôle de l’enzyme ELOVL2
Les recherches actuelles s’appuient sur des découvertes antérieures concernant la protéine 2 d’acides gras à chaîne très longue (ELOVL2), reconnue comme un biomarqueur du vieillissement. « Nous avons montré que notre vision est altérée lorsque cette enzyme, ELOVL2, n’est pas active », explique le Dr Skowronska-Krawczyk, également membre du Centre Robert M. Brunson pour la recherche translationnelle sur la vision de l’UC Irvine. Dans une étude précédente, une augmentation de l’activité d’ELOVL2 chez des souris vieillissantes avait entraîné une hausse des niveaux d’acide docosahexaénoïque (DHA), un acide gras oméga-3, dans l’œil, conduisant ainsi à une amélioration de la vision.
Cependant, la nouvelle étude visait à obtenir des bénéfices similaires sans passer par l’activation directe de l’enzyme ELOVL2. Avec l’âge, des modifications du métabolisme lipidique entraînent une diminution des acides gras polyinsaturés à très longue chaîne (AGPI-VLC) dans la rétine. Ce déclin peut altérer la vision et favoriser l’apparition de la DMLA. L’enzyme ELOVL2 joue un rôle déterminant dans la production de ces AGPI-VLC et du DHA.
Une nouvelle piste thérapeutique : l’injection d’acides gras spécifiques
Les chercheurs ont ainsi administré à des souris âgées un acide gras polyinsaturé spécifique. Le résultat fut une amélioration significative de leurs performances visuelles. « C’est une preuve de concept pour envisager l’injection de lipides comme une thérapie potentielle », souligne le Dr Skowronska-Krawczyk. Elle ajoute : « Ce qui est important, c’est que nous n’avons pas observé le même effet avec le DHA. » D’autres études ont d’ailleurs déjà soulevé des doutes quant à la capacité du DHA à ralentir la progression de la DMLA.
« Notre travail confirme effectivement que le DHA seul ne suffit pas, mais nous avons découvert un autre acide gras qui semble agir et améliorer la vision chez les animaux âgés », précise le Dr Skowronska-Krawczyk. « Nous avons également démontré au niveau moléculaire que cela inverse réellement les caractéristiques du vieillissement. »
Par ailleurs, les scientifiques ont identifié des variantes génétiques de l’enzyme ELOVL2 qui sont associées à une progression plus rapide de la DMLA. « Nous avons désormais un lien génétique avec la maladie et son aspect lié au vieillissement », explique le Dr Skowronska-Krawczyk. « Cela pourrait nous permettre d’identifier les individus présentant un risque accru de perte de vision. » Cette découverte ouvre la porte non seulement à de nouvelles options thérapeutiques, mais aussi à des interventions préventives ciblées.
Ces résultats renforcent la conviction du Dr Skowronska-Krawczyk quant à l’importance capitale de l’enzyme ELOVL2. « Je suis convaincue que c’est l’un des principaux gènes du vieillissement que nous devons considérer dans la recherche de thérapies anti-âge. »
Au-delà de la rétine : un impact potentiel sur le système immunitaire
En collaboration avec des chercheurs de l’UC San Diego, le Dr Skowronska-Krawczyk explore également le rôle du métabolisme lipidique dans le vieillissement du système immunitaire. Leurs travaux préliminaires indiquent qu’un déficit de l’enzyme ELOVL2 accélérerait le vieillissement des cellules immunitaires. Ceci suggère qu’une supplémentation systémique en lipides pourrait potentiellement contrer les effets du vieillissement sur le système immunitaire, et pourrait également jouer un rôle dans certains cancers du sang.
« Notre première étude visait à explorer une thérapie potentielle pour lutter contre la perte de vision », conclut le Dr Skowronska-Krawczyk. « Mais grâce aux connaissances acquises sur le vieillissement immunitaire, nous espérons que cette thérapie de supplémentation pourra également renforcer le système immunitaire. »