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Ocean Vuong, si l’Amérique ne nous faisait plus rêver et embrasser

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Ocean Vuong revient en librairie avec « L’Empereur de la joie », un roman qui explore la puissance salvatrice de la connexion humaine face aux fantômes du passé et dans une Amérique contemporaine souvent dépeinte comme peu accueillante. Loin du mélodrame, l’auteur signe une œuvre poignante sur l’amitié improbable entre un octogénaire et un jeune homme qu’il a sauvé de l’abîme, sans jamais perdre de vue la beauté au cœur de la douleur.

Après la révélation de son premier ouvrage, suivi d’une traduction saluée par Claudia Durastanti, Ocean Vuong confirme son talent avec ce second roman, brillamment traduit en français par Norman Gobetti. L’écrivain d’origine vietnamienne, désormais une figure majeure de la littérature contemporaine, avait déjà conquis les lecteurs avec « Nous brillons sur la terre ». Toutefois, « L’Empereur de la joie » s’éloigne volontairement de la forme épistolaire et intime qui caractérisait son œuvre précédente, offrant ainsi une nouvelle facette de sa créativité. L’auteur préfère le renouvellement à la répétition, invitant lecteurs et écrivains à explorer de nouveaux horizons.

Dans ce roman, la solidarité se révèle comme une force capable d’anéantir la souffrance. Ocean Vuong dépeint le « cauchemar américain » avec une franchise remarquable, parfois teintée d’humour, tout en adoptant une structure narrative plus classique, guidée par un narrateur omniscient. Cette nouvelle approche narrative prouve la capacité de l’auteur à se réinventer et à surprendre.

Un lien authentique au cœur de la résilience

L’intrigue s’articule autour d’un événement marquant : Gazina, une survivante de la Seconde Guerre mondiale approchant la fin de sa vie, parvient à dissuader Hai, un jeune homme de dix-neuf ans, de mettre fin à ses jours. L’action se déroule en 2009, dans la ville fictive d’East Gladness, au Connecticut, un lieu aux hivers rigoureux. De ce sauvetage naît une relation profonde, centrée sur la dignité et la mémoire, deux piliers de l’existence selon Vuong.

« L’Empereur de la joie », fort de ses 432 pages et publié chez Guanda au prix de 20 euros, aborde sans détour des thèmes cruciaux tels que le travail, l’immigration et les conflits. L’auteur navigue habilement entre ces sujets complexes, évitant les pièges du mélodrame et de la sentimentalité facile. L’accent est mis sur la beauté qui persiste malgré la douleur, et sur le lien authentique qui unit deux êtres que tout oppose : Gazina, une veuve octogénaire d’origine lituanienne ayant fui les horreurs du nazisme et du soviétisme, et Hai, un jeune homme aux prises avec la toxicomanie, sans ressources, marqué par la mort de son premier amour, Noah, et confronté à sa propre homosexualité.

Loin de leurs familles respectives, ces deux âmes perdues trouvent l’une en l’autre un soutien inattendu. Gazina accueille Hai, qui trouve nourriture et logement, travaillant dans un fast-food, écho à l’expérience de jeunesse de l’auteur lui-même. C’est une amitié hésitante, un équilibre fragile forgé dans la peur et la confusion, mais d’une puissance inouïe.

Compréhension mutuelle et lueur d’espoir

L’Amérique dépeinte par Ocean Vuong dans « L’Empereur de la joie » est loin des promesses d’eldorado. C’est une nation qui ne rêve plus et ne fait plus rêver, une terre d’accueil aux bras moins ouverts qu’auparavant. Ce constat amer transparaît avec force dans les pages du roman.

Cependant, au milieu de cette réalité difficile, la compréhension humaine et le partage des souffrances laissent entrevoir des moments de grâce, des éclairs de normalité et des lueurs d’espoir. La coexistence tragi-comique de Gazina et Hai, enrichie par une galerie de personnages secondaires hauts en couleur, notamment les collègues du fast-food, permet de résister aux fantômes du passé, aux traumatismes et aux souvenirs évanescents. Leurs interactions prônent le silence partagé, la compréhension mutuelle rapide, l’expérimentation bienveillante et la création d’un abri commun, une position de sécurité inédite face à l’adversité.

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