Cette semaine, l’Allemagne s’agite au rythme d’une série YouTube surprenante signée la Deutsche Bahn, d’une stratégie politique conservatrice controversée face à l’extrême droite et d’un ballet migratoire d’envergure orchestré par des milliers de grues. Plongez dans l’actualité allemande qui a marqué ces derniers jours.
La Deutsche Bahn se lance dans le divertissement : « Boah, Bahn ! »
La compétition pour le meilleur contenu vidéo en ligne s’intensifie dans le secteur des transports allemands. Après la Berliner Verkehrsbetriebe (BVG), c’est au tour de la Deutsche Bahn (DB), l’opérateur ferroviaire national, de faire son entrée dans le monde du divertissement avec une mini-série humoristique diffusée sur YouTube, intitulée « Boah, Bahn ! » (littéralement « Waouh, le train ! »).
Chaque épisode se présente sous la forme de courts métrages inspirés des sitcoms, mettant en scène le personnel des trains. Le premier volet suit Tina, cheffe de bord d’un train ICE, qui annonce une arrivée anticipée à ses passagers. Cependant, lorsque ce gain de temps se transforme en un retard conséquent, Tina tente maladroitement d’éviter la mauvaise nouvelle en se concentrant sur le service café, déclenchant ainsi le chaos.
À la surprise générale, la série est plutôt bien réalisée, drôle et captivante. Elle constitue même un excellent support pour pratiquer l’allemand, puisqu’elle n’est disponible qu’en version originale, sans sous-titres anglais.
Mais pourquoi la DB se lance-t-elle dans la production vidéo alors que sa ponctualité est souvent décriée ? L’idée ne viendrait pas d’une décision stratégique interne, mais plutôt de l’actrice et comédienne Anke Engelke, qui tient le rôle principal. Dans une interview accordée à BR24, Engelke a expliqué avoir contacté la DB pour effectuer un stage de six mois, animée par une « grande curiosité ». Ses expériences sur les différents postes de trains longue distance l’ont ensuite amenée à conceptualiser cette série, qu’elle a soumise à la compagnie. Pour Engelke, ce projet n’est pas une campagne de relations publiques, mais une « lettre d’amour » adressée au personnel souvent sous-estimé de la DB : « Je ne peux pas sauver les chemins de fer, je ne peux que faire une série qui rende hommage aux 200 000 personnes qui y travaillent. »
Vous pouvez découvrir la série ici.
La stratégie conservatrice face à l’AfD : une dangereuse imitation ?
Alors que le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) continue de gagner du terrain, une question se pose : quelle est la meilleure stratégie pour les partis centristes et conservateurs ? Selon une étude récente, tenter d’imiter la rhétorique de l’extrême droite pourrait s’avérer contre-productif.
Stuart Turnbull-Dugarte, co-auteur de cette recherche, a souligné sur la plateforme de médias sociaux Bluesky que « 1 500 tests, même résultat. Le rejet de l’extrême droite profite au centre-droit ». Le document de recherche associé constate que « les partis sociaux-démocrates à travers l’Europe ont adopté de plus en plus une rhétorique restrictive sur l’immigration en réponse aux challengers de la droite radicale », et que « ces changements ont entraîné des coûts électoraux ».
Autrement dit, les partis centristes ont tendance à gagner des voix lorsqu’ils s’opposent fermement aux discours de l’extrême droite, mais perdent des électeurs lorsqu’ils tentent d’imiter leurs programmes. Ce phénomène a été observé au Royaume-Uni, où le Premier ministre Keir Starmer a vu son soutien s’effriter après avoir orienté son parti travailliste vers la droite sur la question de l’immigration. Des arguments similaires ont été avancés concernant les Démocrates aux États-Unis, qui, en essayant de se rapprocher des positions républicaines, ont finalement été dépassés par Donald Trump et ses alliés.
Il est donc particulièrement déconcertant de constater que, dans ce contexte, certains dirigeants conservateurs allemands intensifient leurs efforts pour séduire les électeurs de l’AfD en proposant une collaboration ou en reprenant leur rhétorique anti-immigration.
Cette semaine, plusieurs responsables de la CDU (Union chrétienne-démocrate) dans les Länder de l’Est ont appelé à une nouvelle approche de l’AfD, allant jusqu’à suggérer que des membres du parti d’extrême droite puissent exercer des fonctions de « présidents et vice-présidents de commission ». Parallèlement, le chef de la CDU et ancien chancelier, Friedrich Merz, a suscité la controverse en évoquant un « problème dans le paysage urbain » allemand, faisant référence à une politique de « rapatriements à très grande échelle ». Ces déclarations semblent condamner l’AfD d’une main tout en reprenant son programme anti-immigration de l’autre.
La logique est implacable : les électeurs déjà convaincus que les problèmes du pays sont imputables aux immigrés voteront plus facilement pour l’AfD, dont le discours est plus direct. Pendant ce temps, les électeurs de la CDU qui rejettent l’extrême droite se retrouvent déçus par le nouveau visage de leur parti.
La migration des grues : un spectacle naturel en Allemagne
Chaque année, à mesure que les températures baissent, plus de 400 000 grues entament leur migration annuelle vers le sud, traversant l’Allemagne avant de rejoindre leurs quartiers d’hiver dans le sud de la France et en Espagne.
Cette semaine, l’Allemagne a été le témoin de la première grande vague de migration de ces oiseaux majestueux. Selon un porte-parole de l’Union allemande pour la conservation de la nature et de la biodiversité (Nabu), près de 20 000 grues cendrées ont survolé la Hesse en direction de la France.
La photographie ci-dessus a été prise dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où quelques grues font traditionnellement escale entre Darß et l’île de Rügen avant de poursuivre leur route. Le Nabu identifie deux principaux corridors migratoires traversant l’Allemagne : l’un passe par la Hesse, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre pour rejoindre la France ; l’autre s’étend de la Basse-Saxe à la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Un troisième itinéraire, moins fréquenté, traverse la Bavière et le Bade-Wurtemberg pour se terminer également dans le sud de la France.