Publié le 2025-10-22 06:33:00. Les coûts des soins de santé aux États-Unis continuent de flamber, dépassant largement ceux des autres pays développés, avec des conséquences désastreuses sur la santé de la population et le portefeuille des ménages. Cette augmentation est largement imputable aux profits excessifs des entreprises du secteur, qui détournent des fonds destinés aux patients.
- Les primes de l’assurance santé via le marché de l’ACA devraient augmenter de 18 % en 2026, tandis que les grands employeurs verront leurs coûts grimper de 9 %.
- Malgré des dépenses par habitant considérablement plus élevées qu’en Europe, au Canada ou en Australie, les Américains ont une espérance de vie plus courte et reçoivent moins de soins.
- Une part croissante des dépenses publiques et privées finance désormais les assureurs et les conglomérats de santé, au détriment de l’accès aux soins pour les patients.
Les Américains consacrent plus de 17 000 dollars par an aux soins de santé, une somme qui inclut les primes, les quotes-parts, les franchises et les taxes finançant les programmes publics comme Medicare et Medicaid. Il y a cinquante ans, les dépenses de santé américaines étaient dans la moyenne des pays riches. Aujourd’hui, elles dépassent d’environ 50 % celles des Canadiens, Australiens ou Européens. Pourtant, ces dépenses exorbitantes ne se traduisent ni par une meilleure santé ni par une meilleure qualité de soins. L’espérance de vie moyenne aux États-Unis est inférieure de 4,1 ans à celle des autres pays riches. De plus, 27 millions d’Américains ne disposent actuellement d’aucune couverture santé, un chiffre qui pourrait atteindre 40 millions suite à des coupes budgétaires prévues.
Si le vieillissement de la population, les maladies chroniques ou les avancées médicales sont souvent cités comme responsables de cette flambée des coûts, d’autres nations confrontées aux mêmes défis dépensent pourtant beaucoup moins. L’article met en lumière le rôle central des entreprises dans cette inflation. Depuis les années 1980, les politiques publiques ont favorisé l’externalisation croissante de Medicare et Medicaid vers des assureurs privés. Les sommes versées à ces derniers, sous forme de « primes » pour les plans Medicare Advantage et Medicaid Managed Care, atteignaient 923 milliards de dollars en 2023. Des études révèlent que ces plans ont surfacturé Medicare d’au moins 615 milliards de dollars. Les dirigeants des compagnies d’assurance manipulent le système d’ajustement des risques en sélectionnant des patients peu coûteux et en exagérant la gravité de leurs maladies (« upcoding »), gonflant ainsi les paiements reçus du contribuable. Rien qu’en 2023, les plans Medicare Advantage auraient ainsi reçu 50 milliards de dollars pour des maladies non traitées.
L’idée que la concurrence puisse réduire les coûts s’est révélée erronée. La concentration du marché, avec le rachat d’hôpitaux et de cliniques par de grands groupes, a créé des quasi-monopoles qui font grimper les prix et les profits. Les géants de l’assurance maladie, tels que UnitedHealth, CVS Health et Amazon, se transforment en vastes conglomérats intégrant assureurs, médecins et pharmacies. Cette « intégration verticale » transforme chaque étape des soins en centre de profit, favorisant les cliniques internes et pénalisant les médecins indépendants. Entre 2001 et 2022, au moins 2 600 milliards de dollars ont été détournés des soins vers les actionnaires. La recherche du profit engendre également une bureaucratie coûteuse : plus de 900 000 travailleurs dans le secteur sont employés à des tâches administratives (marketing, facturation, refus de couverture). Les frais généraux des assureurs privés s’élèvent à 10,3 % en moyenne, soit cinq fois plus que ceux de Medicare traditionnel aux États-Unis ou du système public canadien. Les hôpitaux et cliniques déploient également des armées de personnel pour maximiser les facturations et négocier avec les assureurs. Au total, près d’un tiers des dépenses de santé américaines sont consacrées à l’administration, le double qu’au Canada.
Les stratégies orientées vers le profit ont d’autres conséquences néfastes. Les soins primaires, bien que vitaux, sont moins rentables que des interventions coûteuses comme les arthroplasties ou la chimiothérapie. Cela se traduit par des délais d’attente disproportionnés pour consulter un médecin généraliste par rapport à un spécialiste. La quasi-totalité des Américains s’accorde sur la crise des coûts de santé. Pour y remédier, l’article propose une assurance maladie nationale décommercialisée : un régime public unique, financé par l’impôt, couvrant tous les citoyens sans quotes-parts ni franchises. Cela permettrait de réduire les frais administratifs, de réorienter les économies vers les soins primaires et la santé publique, et de redonner la priorité à la santé plutôt qu’au profit. Une telle réforme permettrait d’économiser de l’argent et des vies, et de redonner aux communautés, et non aux investisseurs, le contrôle des soins de santé.
Steffie Woolhandler, MD, MPH, et David U. Himmelstein, MD, sont internistes généralistes et professeurs distingués de santé publique au Hunter College de la City University of New York, ainsi que professeurs de médecine à la Harvard Medical School. Adam Gaffney, MD, MPH, est pneumologue et intensiviste à la Cambridge Health Alliance et professeur adjoint de médecine à la Harvard Medical School. Danny McCormick, MD, MPH, est médecin de soins primaires à la Cambridge Health Alliance et professeur agrégé de médecine à la Harvard Medical School.