Le sarodiste primé Soumik Datta lance « Travellers », un spectacle immersif qui mêle musique classique indienne, textures ambiantes et enregistrements sur le vif, pour aborder les crises humanitaires mondiales.
Après une première à Mumbai le 10 octobre, le voyage de « Travellers » se poursuit à travers l’Inde, avec des représentations prévues à Bengaluru (20 et 31 octobre), Ahmedabad (2 novembre), Jaipur (7 novembre) et Delhi (13 novembre). Ce nouveau spectacle, fruit d’une résidence d’été, explore la fusion des racines classiques indiennes avec des sonorités contemporaines, des spoken words et des enregistrements du réel, dans une démarche artistique visant à sensibiliser aux enjeux humanitaires.
« Aujourd’hui plus que jamais, il me semble presque impossible de jouer de la musique pour le simple plaisir de la musique, sans utiliser cette plateforme pour attirer l’attention sur nos crises communes », confie Soumik Datta. Pour « Travellers », son intention est de « découvrir une pièce animée par l’urgence du moment, nos sentiments bruts et complices d’impuissance et de chagrin ». Les images déchirantes de familles déplacées et la souffrance à Gaza ont nourri son inspiration, formant le socle émotionnel de cette création.
L’ensemble du quartet, composé de Soumik Datta au sarod, Sayee Rakshith au violon, Debjit Patitundi à la tabla et Sumesh Narayanan au mridangam et aux percussions, donne vie à ce projet audacieux. « Il est rafraîchissant de rencontrer des artistes à la fois ancrés dans leur tradition et libres d’explorer les confins de leur musique. Ce qui nous unit, c’est notre quête collective de nouveaux langages », souligne le musicien. Le son évocateur du sarod est superposé au violon, à la tabla et aux percussions pour créer ce que Soumik Datta décrit comme un « cinéma auditif ». « J’ai toujours été fasciné par l’espace sonore du cinéma, la richesse d’informations que contiennent la bande sonore, les effets et les dialogues. Je n’imaginais pas l’explorer avec une telle profondeur et un tel détail que dans ‘Travellers’ », explique-t-il.
L’intégration d’enregistrements sur le vif et de clips audio issus de la vie réelle ancre le spectacle dans une dimension documentaire. « Imaginez combiner un concert de musique live avec un documentaire sur la crise humanitaire actuelle. Retirez la vidéo, et vous vous rapprocherez du monde de ‘Travellers’ », développe-t-il. La musique oscille entre des passages dissonants et les notes mélancoliques du sarod, reflétant la quête humaine de solace. Les extraits de journaux télévisés servent de rappel brutal de la réalité, tandis que les cris des réfugiés incarnent la voix brute de l’humanité dans sa plus grande vulnérabilité.
« L’objectif était de créer un paysage sonore intégrant tous ces éléments dans une pièce cohérente. Il s’agissait de partager activement ce sentiment brut et d’inviter l’auditeur à ressentir la même urgence », poursuit-il. « C’est une œuvre qui n’offre pas de réponses faciles, mais nous demande plutôt d’être témoins, de ressentir et de confronter la vérité inconfortable de ce qui se passe dans notre monde. » Pour Soumik Datta, la musique transcende les frontières, lui rappelant que ce n’est pas simplement un métier.
« Travellers » aborde la notion de nation et de territoire par le biais d’un paysage sonore riche, mêlant enregistrements sur le vif et conception sonore immersive à un groupe virtuose pour transporter le public au-delà des frontières invisibles qui divisent terres, lieux et peuples. Au cœur de la musique, on entend les cris des réfugiés expulsés, les plaidoyers des journalistes à Gaza et les avertissements solennels de figures historiques comme Oppenheimer. Le son des missiles résonne, contrebalancé par celui du sarod, du violon et des percussions. « Nous vivons dans un monde où la question des frontières et de l’accès est un sujet inévitable », affirme Soumik Datta. « Qui a la permission de passer ? Qui se voit refuser le passage en toute sécurité ? La fragmentation culturelle et une focalisation erronée sur la force économique d’un pays ont encore accentué ce sentiment de division. »
À un moment du spectacle, une transition s’opère vers la chanson de Pete Seeger, « This Land is Your Land », chantée et jouée par le groupe, parfois en collaboration avec le public. « Et il est réconfortant de constater qu’en musique, il n’y a ni permission ni refus. N’importe qui peut se joindre et en faire partie », conclut-il.
« Travellers » s’inscrit dans le cadre d’une tournée indienne de sept mois intitulée « Melodies in Slow Motion », qui mènera Soumik Datta aux quatre coins du pays pour des représentations, des collaborations avec de jeunes musiciens, des enregistrements dans des lieux insolites et des interventions dans des écoles. Ce nouveau modèle de tournée vise à prendre le temps de rencontrer les gens à travers l’Inde. Entre les concerts, Soumik Datta prévoit de visiter des écoles pour animer des ateliers démontrant comment la musique peut être un outil de construction de l’empathie. « Je veux encourager les élèves à réfléchir à la santé mentale de leurs amis et de leurs professeurs, et à la manière dont elle est liée à leur environnement commun. Je souhaite qu’ils entrevoient les interconnexions entre la compassion, la classe sociale, la caste et le changement climatique », explique-t-il.
Soumik Datta envisage également de lancer « Travellers » sous forme d’album et d’entreprendre une tournée au Royaume-Uni et en Europe.