Publié le 2024-04-04 12:00:00. L’usage des médicaments antidiabétiques Ozempic et Mounjaro pour la perte de poids, popularisé sur les réseaux sociaux, suscite l’inquiétude des professionnels de santé. Ces traitements, efficaces mais non dénués de risques, ne sont pas des solutions cosmétiques anodines.
- Les médicaments comme Ozempic et Mounjaro, initialement conçus pour le diabète, sont détournés pour une perte de poids esthétique.
- Les experts mettent en garde contre les effets secondaires et la reprise de poids à l’arrêt du traitement.
- Ces substances agissent en régulant l’appétit, mais ne modifient pas durablement le métabolisme ni les habitudes de vie.
Autrefois, la minceur se conquiert au prix de régimes stricts et d’efforts physiques. Aujourd’hui, une nouvelle tendance, largement relayée sur TikTok, propulse les injections d’Ozempic, de Mounjaro et de Wegovy au rang de solutions miracles pour sculpter sa silhouette. Ces médicaments, dont le sémaglutide est un composant clé, ont pourtant été développés pour aider les personnes atteintes de diabète de type 2 à mieux contrôler leur glycémie. Leur utilisation hors indication médicale pour des raisons purement esthétiques inquiète le corps médical.
« Ce sont des thérapies médicales, pas des solutions cosmétiques », souligne le Dr Rajeshwari Panda, responsable de la diététique à l’hôpital Medicover de Navi Mumbai. « Ozempic et Mounjaro ont été conçus pour la gestion du diabète, pas pour les personnes en bonne santé essayant de perdre quelques kilos pour des vacances ou un événement. » Cette préoccupation est partagée à l’échelle mondiale face à l’engouement croissant pour les agonistes des récepteurs du GLP-1 (peptide-1 similaire au glucagon) chez les personnes non diabétiques, largement alimenté par des célébrités et des vidéos virales promettant des transformations spectaculaires.
Le Dr Rajiv Kovil, diabétologue et co-fondateur de l’Initiative Rang De Neela, explique le mécanisme d’action de ces traitements : ils ralentissent la digestion et envoient des signaux de satiété au cerveau en imitant les hormones intestinales naturelles appelées incrétines. Cela permet de réduire l’appétit et les envies, conduisant à une diminution de la prise alimentaire sans effort conscient. Mounjaro va plus loin en ciblant également les récepteurs GIP, améliorant ainsi le métabolisme des graisses et la sensibilité à l’insuline.
Cependant, le revers de la médaille est souvent le retour du poids perdu. « Dès que vous arrêtez le traitement, l’appétit et le poids reprennent généralement », prévient le Dr Panda. Ces médicaments agissent sur la gestion de l’appétit de manière temporaire, sans modifier le métabolisme de fond ni les habitudes de vie. Sans une adaptation parallèle de l’alimentation, de l’exercice physique et de la gestion des émotions liées à l’alimentation, la perte de poids devient insoutenable.
Les risques pour la santé ne sont pas négligeables. « Les nausées, la constipation, les ballonnements et la fatigue sont extrêmement fréquents », indique le Dr Kovil. Ces symptômes peuvent s’aggraver chez les personnes souffrant de gastrite chronique ou de constipation. De plus, les patients ayant des antécédents de pancréatite, de cancer médullaire de la thyroïde ou du syndrome MEN-2 doivent impérativement éviter ces médicaments. « La prudence et la surveillance médicale ne sont pas négociables », insiste le Dr Kovil. « Ce ne sont pas des ‘shots minceur’ inoffensifs, ce sont de puissants modulateurs hormonaux. »
Une perte de poids trop rapide peut également engendrer des complications, comme la perte musculaire, des carences nutritionnelles, des changements d’humeur, ou encore le développement de troubles du comportement alimentaire, certains patients associant la satiété au sentiment de contrôle. Le plus grand danger réside peut-être dans le faux sentiment de sécurité que ces traitements peuvent procurer, donnant l’impression d’avoir « résolu » le problème du poids, alors qu’il ne s’agit que d’une gestion temporaire.
Les experts s’accordent toutefois à dire que les GLP-1 peuvent être d’une aide précieuse lorsqu’ils sont utilisés sous stricte supervision médicale et pour les bonnes indications. « Ces médicaments peuvent changer la vie des personnes souffrant d’obésité ou de diabète de type 2 », précise le Dr Kovil. Une approche individualisée, un dosage progressif, une bonne hydratation, un apport suffisant en fibres et une surveillance gastro-intestinale permettent de minimiser les effets secondaires. Entre de bonnes mains, ils sont des outils puissants, pas des raccourcis.
En conclusion, si la culture Ozempic reflète une impatience face aux progrès lents, la biologie ne se plie pas aux solutions de facilité. Ces médicaments peuvent aider le corps à coopérer, mais seulement temporairement. Pour des résultats durables, c’est une harmonisation naturelle du cerveau, des intestins et des habitudes de vie qui est nécessaire. La discipline, l’équilibre et la conscience sont les clés d’une santé pérenne, bien plus qu’une simple injection.