Publié le 2025-10-28 06:51:00. Les autorités birmanes, sous la pression internationale, affirment avoir arrêté plus de 10 000 ressortissants étrangers en neuf mois, accusés d’opérations frauduleuses en ligne. Cette campagne semble viser à démanteler des réseaux criminels transnationaux tout en naviguant des tensions géopolitiques internes.
- Plus de 10 000 étrangers ont été interpellés au Myanmar pour leur implication présumée dans des escroqueries en ligne, dont environ 9 340 ont déjà été expulsés.
- La junte birmane accuse des groupes ethniques armés, notamment la KNU, de faciliter ces activités frauduleuses sur leur territoire.
- L’Union Nationale Karen (KNU) réfute ces accusations, les considérant comme une tentative de la junte de détourner la responsabilité face à la pression internationale.
Au cours des neuf derniers mois, le gouvernement militaire du Myanmar a procédé à l’arrestation de 10 119 ressortissants étrangers. Selon les informations fournies par le ministère de l’Information le 28 octobre, ces individus auraient été appréhendés pour être entrés illégalement dans le pays dans le cadre d’activités de cybercriminalité. La grande majorité d’entre eux, soit 9 340 personnes, ont été renvoyées dans leurs pays d’origine. Des démarches seraient en cours pour organiser le rapatriement des personnes encore détenues.
Cette vaste opération intervient dans un contexte où la communauté internationale exhorte la junte birmane à démanteler les réseaux de fraude qui brassent des milliards de dollars. En septembre, les États-Unis avaient d’ailleurs pris des sanctions contre plusieurs entreprises basées à Shwe Kokko, un hub d’escroqueries réputé, géré selon Washington par un groupe armé ethnique allié à la junte. Le porte-parole de la junte, le général Zaw Min Tun, a publiquement accusé l’Union Nationale Karen (KNU), un groupe ethnique en conflit avec l’armée birmane, d’avoir permis le développement de ces centres frauduleux dans le parc KK, situé près de la frontière thaïlandaise. Il a également suggéré que des dirigeants de la KNU bénéficiaient de la location de terrains et de la sécurité offerte à ces installations.
Ces allégations ont été fermement démenties par Saw Taw Nee, responsable des affaires étrangères de la KNU. Dans une interview, il a déclaré :
« Ils le font depuis des années dans leur propre intérêt, mais lorsque la communauté internationale fait pression sur eux, ils essaient de trouver un bouc émissaire et de nous rejeter la faute. »
Saw Taw Nee, chef des affaires étrangères de la KNU
D’après des médias locaux, les responsables de ces centres d’escroquerie auraient fui le parc KK après une récente opération de la junte. L’Agence France-Presse, citant les autorités thaïlandaises, rapporte que plus d’un millier de personnes, majoritairement chinoises, ont traversé la frontière du Myanmar vers la Thaïlande. Saw Taw Nee a décrit cette situation comme « la fin du monde », faisant état de plusieurs explosions dans la région.
Face aux restrictions d’accès à Internet, ces centres frauduleux au Myanmar dépendaient fortement des connexions Starlink. La semaine dernière, SpaceX, l’entreprise dirigée par Elon Musk, a annoncé avoir désactivé plus de 2 500 appareils Starlink suspectés d’être utilisés par des cybercriminels. Saw Taw Nee estime que le nombre réel pourrait être plus élevé, le réseau étant « largement utilisé » dans la région.
La KNU suggère que cette répression orchestrée par la junte vise à apaiser la pression chinoise et à obtenir le soutien de Pékin avant de futures élections. Le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, s’est engagé à organiser un scrutin et à transférer le pouvoir, des promesses jugées peu crédibles par les gouvernements occidentaux. Le rapport 2025 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) souligne que des pays comme le Myanmar, le Laos et le Cambodge sont devenus des centres d’opérations frauduleuses à grande échelle, orchestrées par des syndicats transnationaux et impliquant des réseaux complexes de blanchisseurs d’argent, de trafiquants d’êtres humains et d’autres facilitateurs spécialisés.