Las Vegas : le Strip enregistre une baisse des revenus de jeu et du tourisme, signe d’un été difficile pour la ville.
En septembre, le célèbre Strip de Las Vegas a connu sa première baisse mensuelle des revenus de jeu depuis mai. Cette contraction, de près de 5,5 %, n’a toutefois pas surpris les grands opérateurs de la ville, déjà confrontés à un recul de la fréquentation et des dépenses des visiteurs depuis les mois d’été.
Le poids des « high rollers » et la baisse des visites
Selon le Gaming Control Board, les revenus de jeu du Strip ont chuté à 687,8 millions de dollars en septembre. Cette baisse s’explique en grande partie par un effondrement de 42,7 % des recettes issues du baccara, un jeu prisé des grands joueurs (« high rollers »). Ce même jeu, dont les fortunes fluctuantes peuvent fortement impacter les résultats, avait contribué à une hausse de plus de 5 % des revenus en juillet et août, malgré un nombre de visiteurs en déclin.
À l’échelle de l’État du Nevada, les revenus de jeu ont également reculé pour la première fois depuis mai, s’établissant à 1,28 milliard de dollars, soit une diminution de 2,3 % par rapport à l’année précédente.
Une fréquentation en berne depuis plusieurs mois
Le volume des visiteurs sur le Strip continue quant à lui sa tendance baissière, enregistrant le neuvième mois consécutif de recul. La Las Vegas Convention and Visitors Authority indique une baisse de 8,8 %, avec un peu moins de 3,1 millions de visiteurs en septembre. Sur les neuf premiers mois de l’année, la fréquentation globale de Las Vegas est en baisse de 8 % par rapport à 2024, avec des reculs à deux chiffres constatés en juin et juillet.
« Ce fut un été difficile », a admis Tom Reeg, PDG de Caesars Entertainment, lors de la conférence téléphonique sur les résultats du troisième trimestre de son entreprise. « Il y a incontestablement eu une faiblesse dans la demande de loisirs à Las Vegas. » Caesars Entertainment, qui exploite huit établissements sur le Strip, a vu son chiffre d’affaires trimestriel global chuter de près de 10 % pour atteindre 952 millions de dollars.
Les opérateurs s’adaptent face aux défis
MGM Resorts International a également fait état d’une baisse de 7 % des revenus de ses dix complexes hôteliers du Strip sur la même période, s’élevant à 2 milliards de dollars. Une partie de ce recul est imputée aux rénovations en cours au MGM Grand.
Face à cette conjoncture, les opérateurs cherchent à ajuster leur stratégie. Bill Hornbuckle, PDG de MGM Resorts, a souligné que l’entreprise avait entendu les retours des clients sur la valeur de Las Vegas et y avait répondu par des « ajustements pour garantir une expérience rationalisée et de qualité supérieure ». Il a ajouté que l’entreprise avait participé à une opération promotionnelle de cinq jours en septembre, durant laquelle plus de 300 000 nuitées ont été vendues, reflétant une « forte demande » pour leurs offres.
Les analystes du secteur, tels que Steven Wieczynski de Stifel Financial, pointent une combinaison de facteurs expliquant cette faiblesse : une clientèle de loisirs moins aisée, une diminution des visites internationales et une perception que Las Vegas perdrait de son attrait financier. Néanmoins, certains observateurs, comme Chad Beynon de Macquarie Securities, restent optimistes quant aux perspectives à plus long terme, anticipant une amélioration de l’activité de groupe dans les prochains trimestres.
Chiffres clés
- Revenus de jeu du Strip en septembre : 687,8 millions de dollars (‑5,5 %)
- Revenus de jeu de l’État du Nevada en septembre : 1,28 milliard de dollars (‑2,3 %)
- Visiteurs sur le Strip en septembre : 3,1 millions (‑8,8 %)
- Taux d’occupation des hôtels sur le Strip en septembre : 78,7 % (‑5,2 points de pourcentage par rapport à septembre 2024)
- Revenu par chambre disponible (RevPAR) sur le Strip en septembre : 149,97 dollars (‑9 %)
Le trafic aérien également touché
L’aéroport international Harry Reid n’échappe pas à cette tendance, enregistrant son huitième mois consécutif de baisse du nombre de passagers en septembre. La diminution atteint 6,4 %, avec près de 4,5 millions de voyageurs. Le segment des vols internationaux accuse une baisse particulièrement marquée de 13,5 %, la plus forte depuis la pandémie, principalement due à une diminution des vols en provenance du Canada et du Mexique.
Plusieurs analystes attribuent également une partie de ce déclin à la réduction des capacités de Spirit Airlines, confrontée à une réorganisation judiciaire et ayant annulé plusieurs liaisons.
« La réduction des capacités de Spirit Airlines et les tensions géopolitiques liées à l’immigration et au Canada ont eu un impact significatif sur les visites », note John DeCree, analyste chez CBRE Equity Research. « Même si certains de ces vents contraires pourraient persister, nous espérons que le pire est passé. »