Publié le 2025-11-03 12:28:00. Des avancées scientifiques récentes ouvrent la voie au développement d’un vaccin universel contre une bactérie courante responsable d’infections de l’oreille, une percée potentiellement cruciale pour lutter contre l’usage excessif d’antibiotiques.
- Une nouvelle étude révèle que la bactérie *Haemophilus influenzae* (Hi) présente une variation génétique minimale à l’échelle mondiale, facilitant le développement d’un vaccin.
- Ce vaccin pourrait réduire significativement la dépendance aux antibiotiques pour traiter les otites, une cause fréquente de prescription chez les jeunes enfants.
- L’absence de diversité génétique chez Hi contraste avec d’autres pathogènes respiratoires, renforçant l’espoir d’une protection vaccinale efficace contre toutes ses souches.
Chaque année, près de 700 millions de personnes, dont de nombreux enfants, souffrent d’otites. Un quart de ces infections sont attribuées à la bactérie *Haemophilus influenzae* (Hi), distincte du virus de la grippe malgré son nom. Ces infections, souvent douloureuses, peuvent entraîner une perte auditive. Cependant, le professeur Jukka Corander de l’Université d’Oslo met en lumière une autre menace : l’utilisation massive d’antibiotiques pour traiter les otites, principale raison de leur prescription chez les jeunes enfants. Cette surconsommation engendre des résistances bactériennes, rendant certains antibiotiques inefficaces.
Face à ce constat, le professeur Corander et son équipe s’attachent à trouver des alternatives, la création d’un vaccin universel contre *Haemophilus influenzae* étant une priorité. Le défi majeur résidait dans la compréhension de la variation génétique de cette bactérie à travers le monde. « Si nous découvrions de nombreuses variantes différentes de la bactérie d’une région à l’autre dans le monde, il serait plus difficile de créer un vaccin universellement efficace contre tous les types d’infections provoquées par cette bactérie », explique Jukka Corander.
Pour élucider cette question, les chercheurs ont analysé des milliers d’échantillons d’enfants, malades ou en bonne santé, collectés sur plusieurs années dans une région de Thaïlande où les infections à Hi sont prévalentes. Grâce aux technologies modernes de séquençage d’ADN, la première auteure de l’étude, Anna Kaarina Pöntinen, a pu cartographier les moindres variations génétiques de la bactérie.
La comparaison de ces données avec des échantillons provenant du monde entier a révélé une excellente nouvelle, publiée dans la revue *Nature Microbiology*. « Notre étude montre que, contrairement à d’autres bactéries qui sont des causes majeures d’infections respiratoires, il n’existe pas de variation génétique significative chez *Haemophilus influenzae* d’une région à l’autre », précise Anna Kaarina Pöntinen. Cette homogénéité génétique confirme la possibilité de développer un vaccin universellement protecteur. « Nos résultats confirment notre hypothèse initiale : que nous pouvons développer un vaccin universel pour protéger contre tous les types d’infections causées par *Haemophilus* », ajoute-t-elle.
Forts de ces conclusions prometteuses, les chercheurs cherchent désormais à obtenir le financement nécessaire pour entamer le développement du vaccin. « Nous avons découvert une quantité alarmante de résistance aux antibiotiques dans notre matériel génétique et ont pu montrer que cette résistance s’est répandue dans le monde entier. Cela signifie qu’il existe un besoin urgent d’un tel vaccin », souligne Jukka Corander. Il mentionne également que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment intégré *Haemophilus influenzae* dans son système de surveillance GLASS, bien que l’ampleur mondiale des infections à Hi multirésistantes reste à évaluer précisément.
Au-delà des otites, la bactérie *Haemophilus influenzae* est également impliquée dans des affections telles que la pneumonie, la sinusite, la conjonctivite et la méningite. La pneumonie à Hi était d’ailleurs la troisième cause de mortalité chez les jeunes enfants dans les pays à faible revenu, selon une étude datant de 2024. L’attention particulière portée aux infections de l’oreille s’explique par leur haute fréquence, qui exerce une pression de sélection accrue sur les bactéries et favorise l’émergence de résistances aux antibiotiques.
Anna Kaarina Pöntinen lance un avertissement : la poursuite de la surconsommation d’antibiotiques risque de rendre obsolètes les traitements actuels, menant à une situation où des maladies aujourd’hui curables pourraient devenir mortelles. « Avec plusieurs sous-types d’*Haemophilus*, il ne reste désormais en pratique qu’un seul type d’antibiotique efficace », déplore-t-elle, précisant que ce traitement coûteux pose des difficultés d’accès dans les pays défavorisés.
L’étude a été dirigée par Jukka Corander, également professeur associé à l’institut Wellcome Sanger, et le professeur Paul Turner de l’Université d’Oxford. Le financement a été assuré par la Trond Mohn Research Foundation, le Wellcome Trust (Royaume-Uni), le Conseil européen de la recherche et le programme Horizon2020.
Source :
Référence du journal :
McAlister, N., et coll. (2025). Genetic structure of the population of Haemophilus influenzae locally and globally. Nature Microbiology. https://doi.org/10.1038/s41564-025-02171-9