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Maladies infectieuses : quand la vérité ne convainc plus – actualités

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Alors que la France lance sa nouvelle campagne de vaccination contre la grippe et la Covid-19, une vague d’infodémie menace de saper les efforts de santé publique. Pour contrer la propagation des fausses informations, l’Inserm déploie une campagne grand public et des outils numériques ciblés, tandis que les chercheurs mettent en garde contre les manipulations, notamment sur les réseaux sociaux.

Mi-octobre 2025, coïncidant avec le début de la vaccination saisonnière, l’Inserm a lancé « Canal Détox », une plateforme destinée à déconstruire les idées reçues et les fausses informations concernant les vaccins. Cette initiative répond à la nécessité de naviguer dans un environnement informationnel saturé, comme l’a souligné Priscille Rivière, directrice adjointe de la communication de l’Inserm : « Dans un environnement saturé d’informations, qui nous empêche parfois de faire la part des choses entre le vrai et le faux, Canal Détox a pour objectif de « débunker » les fausses informations et de déconstruire des idées préconçues. » La méthodologie repose sur du contenu scientifique récent, validé par au moins deux experts et adaptable aux évolutions des connaissances.

La pandémie de Covid-19 a d’ailleurs poussé l’Inserm à renforcer ses moyens d’action, notamment avec la création de la cellule « Riposte », réunissant une centaine de chercheurs dédiés à la réfutation en temps réel des fausses nouvelles dans les médias.

Les leçons de la pandémie : la désinformation à l’œuvre

La crise sanitaire a révélé la propension des vaccins à devenir la cible de campagnes de désinformation. Leonard Heyerdahl, de l’Institut Pasteur, a présenté les résultats du projet européen RECOVER, qui a étudié l’impact de la mésinformation sur la confiance du public envers les autorités sanitaires et scientifiques, ainsi que sur l’acceptabilité vaccinale. L’étude a mis en lumière des formes de scepticisme prégnantes, souvent liées à des craintes sur la sécurité ou une perception faible du risque de la maladie.

Les chiffres révèlent l’ampleur du phénomène : entre 12 et 20 % des répondants étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les autorités veulent insérer des micropuces dans le vaccin Covid-19 pour contrôler la population ». L’hypothèse d’une « fuite délibérée du virus du Covid-19 » recueillait entre 10 et 32 % d’approbation, tandis que 2 à 7 % croyaient que « la 5G cause ou aggrave le Covid-19 ». Le chercheur a identifié quatre thèmes récurrents dans les sept pays étudiés : le contrôle démographique, l’avantage géopolitique, les rentes sanitaires liées aux grandes firmes pharmaceutiques, et le contrôle social des populations.

X, un amplificateur de désinformation

Parallèlement, les plateformes numériques sont pointées du doigt comme des vecteurs majeurs de manipulation. Gilles Brachotte, professeur en sciences de l’information et de la communication, analyse via son dispositif BEELZEBOT les stratégies de manipulation orchestrées par des armées de robots sur X (anciennement Twitter). « Nous étudions les discours sur le réseau depuis 2012, et notamment un corpus de plus de 700 millions de tweets sur la Covid-19 », explique-t-il. Selon lui, X est « un terrain privilégié de l’infodémie », agissant comme un « amplificateur de désordre » où les contenus les plus engageants sont mis en avant, favorisant la propagation rapide de rumeurs et d’opinions personnelles, parfois plus vite que les données scientifiques validées.

Il déplore que dans l’ère de la post-vérité, l’émotion l’emporte souvent sur la rationalité : « Un témoignage sur les forums ou une vidéo émotive a parfois plus force qu’une étude clinique. » Les « bulles de filtre » et les « chambres d’écho » algorithmiques renforcent cette tendance, isolant intellectuellement les internautes et confirmant leurs biais, ce qui entre en contradiction directe avec la démarche scientifique.

Une action de santé publique indispensable

Sylvie Briand, scientifique en chef de l’OMS, souligne que les épidémies ont toujours transformé la relation des populations à l’information, les peurs alimentant la recherche de compréhension et de protection. La crise de la Covid-19 a engendré une méfiance accrue envers les autorités publiques, rendant indispensable le renforcement de la littératie en santé et de l’esprit critique des citoyens. « En parallèle, les autorités sanitaires doivent cultiver l’écoute active et la confiance pour établir un dialogue durable avec les citoyens afin de se préparer aux futures crises sanitaires », préconise-t-elle.

La France s’engage sur plusieurs fronts pour lutter contre l’obscurantisme et la désinformation en santé. Ces efforts incluent une collaboration renforcée avec les plateformes numériques, conformément au Digital Services Act européen, la création d’un observatoire national, un programme national d’éducation critique à la santé et le renforcement des outils institutionnels. Yannick Neuder, alors ministre de la Santé, a d’ailleurs confié une mission d’expertise indépendante aux professeurs Mathieu Molimard et Dominique Costagliola, ainsi qu’au docteur Hervé Maisonneuve, pour des analyses et recommandations concrètes d’ici la fin de l’année.

Dans ce contexte, la nouvelle campagne de communication de l’Inserm, intitulée « Les fake news en santé sont un danger public », sera visible dès le début de semaine dans les métros parisiens, les grandes gares SNCF et certaines pharmacies, ainsi que sur les plateformes numériques France TV Replay et YouTube.

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