La nomination potentielle de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine suscite des débats, tandis que le directeur du Conseil économique national, Kevin Hassett, esquisse un scénario économique optimiste pour 2026, fondé sur une vague d’innovations et une relocalisation industrielle.
La réaction initiale des marchés à l’éventuelle arrivée de Kevin Warsh à la Fed a été négative. Son profil de faucon, critique de la politique monétaire actuelle et des déficits budgétaires, laisse craindre un resserrement monétaire qui pourrait peser sur les marchés boursiers et affaiblir le dollar. Cependant, les experts soulignent que la réduction des déficits dépendra de la maîtrise de l’inflation, de futures baisses de taux et d’une volonté politique de réduire les dépenses publiques, un processus de longue haleine.
Kevin Hassett, quant à lui, présente une vision résolument positive, qualifiée de « scénario Boucle d’or ». Il anticipe un choc d’offre positif majeur pour l’économie américaine, une situation où l’offre de biens et de services augmente plus rapidement que la demande, entraînant une croissance économique soutenue et une baisse de l’inflation. Contrairement à l’idée reçue, il considère ce choc d’offre comme un facteur positif, contrairement aux chocs d’offre négatifs observés dans le passé, comme la crise pétrolière des années 1970.
Selon Hassett, plusieurs éléments clés soutiennent cette perspective. Il met en avant l’essor des innovations industrielles, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs, de l’énergie et des technologies, comme le signe d’un véritable boom industriel. Cette relocalisation des activités de production devrait générer une augmentation significative de l’offre, permettant de maintenir les prix sous contrôle malgré une demande soutenue.
Hassett établit un parallèle avec le boom internet de la fin des années 1990, estimant que l’intelligence artificielle (IA) pourrait stimuler la productivité à un niveau comparable, permettant une croissance économique sans provoquer de surchauffe et d’augmentation des taux d’intérêt. Il attribue également cette dynamique positive aux mesures prises par l’administration en place, telles que l’augmentation des investissements en capital et la déréglementation financière, qui ont levé des obstacles à la production.
Une partie de l’analyse de Hassett repose sur une critique implicite de la politique de la Réserve fédérale. Il estime que, dans un contexte de choc d’offre positif, la Fed adopte une attitude trop prudente en maintenant des taux d’intérêt élevés. « Nous sommes confrontés à un choc d’offre positif massif, comme nous n’en avons pas vu depuis la fin des années 90… l’idée selon laquelle la courbe de Phillips contraint la Fed à toujours réagir négativement aux bonnes nouvelles est contredite par les données », a-t-il déclaré.
Cependant, l’optimisme de Hassett n’est pas partagé par tous les économistes. Certains mettent en garde contre des chocs d’offre potentiels de nature différente. Plusieurs analystes soulignent que les droits de douane agressifs sur les importations, notamment en provenance de Chine, pourraient constituer un choc d’offre négatif, poussant l’inflation à 3,5 % d’ici le milieu de l’année 2025.
La diminution de l’immigration nette suscite également des inquiétudes quant à un possible choc d’offre de main-d’œuvre, susceptible de créer des tensions inflationnistes et d’entraîner une hausse des salaires. Par ailleurs, les critiques soulignent que la construction de nouvelles usines prend du temps et que les gains de productivité liés à l’IA ne se matérialiseront pas avant plusieurs mois, voire plusieurs années.
En outre, l’augmentation de 94 % du déficit commercial en novembre 2025, passant de 29,2 milliards de dollars à 56,8 milliards de dollars – la plus forte hausse en pourcentage depuis près de 34 ans – est pointée du doigt. Hassett a minimisé cette augmentation, la qualifiant de distorsion temporaire, et affirme que le boom de l’offre sous-jacent finira par réduire structurellement le déficit commercial à mesure que la production intérieure augmentera en 2026.
L’impact de l’IA sur l’emploi est également un sujet de préoccupation, avec des annonces de licenciements dans plusieurs entreprises lors de la récente saison des résultats. Cependant, il est difficile d’évaluer précisément le nombre total d’emplois créés par la vague actuelle de relocalisation, car il faut distinguer les emplois temporaires dans la construction, les emplois directs dans le secteur manufacturier et les emplois indirects ou d’entraînement (fournisseurs, services locaux, notamment dans les secteurs de l’alimentation, de l’hôtellerie, du logement, de la santé, de l’éducation et du commerce de détail).
Sur la base des projets en cours pour 2026 et des estimations du Conseil économique national (NEC), les projections actuelles suggèrent que les projets de relocalisation annoncés depuis 2025 pourraient créer entre 250 000 et 450 000 emplois permanents directs d’ici la fin de la décennie. En tenant compte des retombées indirectes, le nombre total de nouveaux emplois pourrait dépasser le million. Si ces chiffres se confirment, le marché du travail devrait rester proche du plein emploi.
En ce qui concerne l’inflation et les taux d’intérêt, il est difficile de faire des prévisions à long terme, mais les deux évoluent lentement dans la bonne direction – à la baisse. Cette situation serait très favorable aux marchés boursiers et obligataires en 2026.