Publié le 5 février 2026 14:16:00. La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses taux directeurs inchangés pour la cinquième fois consécutive, malgré une appréciation récente de l’euro qui pourrait freiner l’inflation. L’institution reste prudente et privilégie une approche attentive aux données économiques, sans s’engager sur une trajectoire précise pour les taux d’intérêt.
- La BCE maintient ses taux directeurs à 2 %, conformément à son objectif.
- L’appréciation de l’euro est surveillée de près, car elle pourrait contribuer à une baisse de l’inflation.
- La présidente de la BCE, Christine Lagarde, insiste sur une approche « réunion par réunion » et dépendante des données.
La Banque centrale européenne a confirmé jeudi sa politique monétaire actuelle, laissant ses taux directeurs inchangés à 2 %. Cette décision, largement anticipée par les marchés, intervient dans un contexte économique mondial incertain et marqué par des tensions géopolitiques persistantes. L’inflation, bien que en baisse, reste un sujet de préoccupation pour l’institution.
Selon la BCE, l’inflation devrait converger vers l’objectif de 2 % à moyen terme, soutenue par une économie européenne qui se montre résiliente. Le chômage faible, la solidité des bilans des entreprises et le déploiement progressif des dépenses publiques dans des secteurs stratégiques comme la défense et les infrastructures contribuent à cette dynamique positive. Les effets des précédentes baisses de taux d’intérêt continuent également de se faire sentir.
Cependant, la BCE souligne que les perspectives économiques restent fragiles. L’incertitude liée à la politique commerciale mondiale et les tensions géopolitiques constituent des facteurs de risque importants. L’euro, qui a connu une appréciation notable ces derniers mois, est également scruté de près. Il se stabilisait à 1,179 $ face au dollar après l’annonce de la décision.
Lors d’une conférence de presse, Christine Lagarde a réaffirmé l’engagement de la BCE à adopter une approche pragmatique et à prendre ses décisions en fonction de l’évolution de la situation économique. Elle a précisé que la banque centrale ne s’engagerait pas à l’avance sur une trajectoire de taux d’intérêt particulière.
« Nos décisions en matière de taux d’intérêt seront basées sur notre évaluation des perspectives d’inflation et des risques qui les entourent. »
Christine Lagarde, présidente de la BCE
Si la décision de la BCE peut sembler anodine à première vue, les économistes soulignent qu’elle ne doit pas être interprétée comme un simple non-événement. L’environnement économique actuel est marqué par une forte incertitude et des risques importants.
« Il serait erroné de qualifier la réunion de février de non-événement. L’environnement est marqué par une forte incertitude et des risques bilatéraux. »
Économistes de Deutsche Bank
L’appréciation de l’euro, qui a augmenté de 0,75 % par rapport au dollar au cours du dernier mois et de près de 14 % sur les 12 derniers mois, est particulièrement surveillée. Une monnaie plus forte peut contribuer à freiner l’inflation en rendant les importations moins chères, mais elle peut également peser sur la compétitivité des entreprises européennes. Le taux de change de l’euro est donc un outil de politique monétaire important, surtout lorsque l’inflation dans la zone euro est déjà inférieure à l’objectif de 2 % de la BCE (elle s’est établie à 1,7 % en janvier, selon les données préliminaires).
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a récemment exprimé son inquiétude quant à l’appréciation de l’euro et à son impact potentiel sur l’inflation. Il a commenté la semaine dernière que la BCE suivait de près cette évolution et ses implications possibles.
Christine Lagarde a confirmé que le Conseil des gouverneurs de la BCE avait discuté des risques de baisse de l’inflation et de l’évolution du taux de change de l’euro lors de sa dernière évaluation des risques économiques. Elle a souligné que l’inflation pourrait être plus faible si les droits de douane réduisaient la demande d’exportations de la zone euro ou si les pays en surcapacité augmentaient leurs exportations vers la région.
La plupart des économistes interrogés par Reuters s’attendent à ce que la BCE maintienne ses taux inchangés jusqu’à la fin de 2026. Deutsche Bank prévoit également que la BCE conservera ses taux à 2 % jusqu’en 2026, avant une éventuelle hausse au milieu de l’année 2027, motivée par un assouplissement budgétaire, un marché du travail tendu et des risques inflationnistes.
Taux de change EUR/USD au cours des 12 derniers mois