Publié le 2024-02-29. Les acouphènes, ces « tempêtes dans l’oreille » comme ils étaient déjà décrits dans l’Égypte antique, touchent une part croissante de la population et s’accompagnent fréquemment de troubles psychologiques. Une approche personnalisée et une prise en charge globale sont essentielles pour améliorer la qualité de vie des personnes concernées.
- Près de 14 % des adultes âgés de 45 à 64 ans souffrent d’acouphènes, et ce chiffre grimpe à plus de 25 % chez les plus de 64 ans.
- La distinction entre acouphènes aigus et chroniques est cruciale, la limite étant fixée à trois mois.
- La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est la méthode la plus étudiée et la plus efficace pour gérer les acouphènes.
Les acouphènes, ces perceptions auditives fantômes, sont bien plus qu’une simple nuisance. Ils représentent un véritable problème de santé publique, impactant significativement la qualité de vie de millions de personnes. Le Dr Eliane Ebnöther, médecin-chef à l’hôpital cantonal d’Olten, souligne que, si les acouphènes étaient connus depuis l’Antiquité, leur prévalence semble augmenter dans notre société moderne. Elle explique :
« En Égypte, les acouphènes étaient déjà connus il y a 2000 ans sous le nom de « tempête dans l’oreille », mais aujourd’hui, on parle beaucoup plus souvent de « tempête dans la pratique quotidienne ».
Dr Eliane Ebnöther, médecin-chef à l’hôpital cantonal d’Olten
Selon une revue systématique récente (étude publiée dans JAMA Neurology), 13,7 % des personnes âgées de 45 à 64 ans sont atteintes d’acouphènes, un chiffre qui dépasse les 25 % chez les plus de 64 ans. Cette augmentation est liée à plusieurs facteurs, notamment les conditions psychosociales de la vieillesse et la perte auditive progressive liée à l’âge, une condition connue sous le nom de presbyacousie.
Les acouphènes peuvent être classés en deux catégories principales : les acouphènes subjectifs, perçus uniquement par le patient et représentant 95 % des cas, et les acouphènes objectifs, plus rares, audibles par un examinateur. Les causes des acouphènes subjectifs sont multiples : exposition au bruit, presbyacousie, inflammation de l’oreille moyenne, perte auditive soudaine, maladie de Ménière, otosclérose, ou encore certains traitements médicamenteux ototoxiques comme le cisplatine utilisé en chimiothérapie. Le stress et la tension psychologique peuvent également jouer un rôle important.
Il est crucial d’identifier et d’éliminer les causes potentiellement dangereuses d’acouphènes pulsátiles, synchronisés avec le rythme cardiaque, qui peuvent signaler des malformations vasculaires ou des rétrécissements artériels. Une évaluation approfondie, incluant la mesure de la pression artérielle, l’auscultation du cou et des examens d’imagerie comme l’échographie Doppler, l’angio-IRM ou l’angio-TDM, peut être nécessaire.
Le diagnostic des acouphènes repose sur une évaluation complète, incluant l’utilisation de l’Inventaire des handicaps liés aux acouphènes (selon Goebel et Hiller), un outil permettant de mesurer la gravité des symptômes et leur impact sur les émotions, les interactions sociales, les fonctions cognitives et le comportement. Ce questionnaire permet également de suivre l’évolution de la maladie au cours du traitement.
Une fois les causes organiques écartées, la première étape consiste à informer et à rassurer le patient. Le Dr Ebnöther insiste sur l’importance d’une approche thérapeutique personnalisée, tenant compte de la gravité des symptômes, du niveau de souffrance, des attentes du patient, de ses comorbidités et de l’origine des acouphènes. Les lignes directrices S3 recommandent d’éviter les médicaments spécifiques pour les acouphènes chroniques en raison du manque de preuves de leur efficacité, à l’exception des cas de perte auditive soudaine en phase aiguë.
La rééducation auditive, avec ou sans aide auditive, joue un rôle essentiel en cas de perte auditive associée. Les appareils générant du bruit blanc, censés masquer les acouphènes, n’ont pas démontré leur efficacité. La mélatonine peut être utile pour traiter les troubles du sommeil souvent associés aux acouphènes, tandis que d’autres traitements comme la bétahistine, les cannabinoïdes et les compléments alimentaires ne sont pas recommandés en raison du manque de preuves scientifiques.
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est actuellement considérée comme le traitement le plus efficace pour les acouphènes, améliorant non seulement l’intensité subjective des symptômes, mais aussi les symptômes dépressifs et la qualité de vie (Revue Cochrane). Des applications mobiles peuvent également aider les patients à s’habituer aux acouphènes, bien qu’elles soient généralement moins efficaces que la TCC.
Enfin, il est essentiel de prendre en compte et de traiter les troubles psychiatriques associés, tels que l’anxiété, la dépression et les troubles du sommeil. Dans les cas les plus sévères, une hospitalisation de six semaines, proposant une gamme de thérapies (acupuncture, relaxation, physiothérapie, psychothérapie, soins auditifs), peut être envisagée.