Publié le 9 février 2024 à 03h30. Jimmy Lai, figure emblématique de la démocratie à Hong Kong et critique virulent de Pékin, a été condamné à 20 ans de prison dans une affaire retentissante liée à la loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine, marquant un nouveau coup dur pour la liberté de la presse dans l’ancienne colonie britannique.
- Jimmy Lai a été condamné à 20 ans de prison pour collusion et publication d’articles séditieux.
- Six anciens employés de son journal, Apple Daily, et deux militants ont également été condamnés à des peines allant de 6 ans et demi à 10 ans.
- Cette condamnation suscite une vague de critiques internationales et des inquiétudes quant à l’avenir des libertés à Hong Kong.
La juge Esther Toh a annoncé que les 18 années de peine prononcées contre Lai s’ajouteront à sa condamnation précédente de cinq ans et neuf mois pour fraude. L’ancien magnat des médias, âgé de 78 ans, a la possibilité de faire appel. Bien que les juges aient écarté la peine maximale à perpétuité pour conspiration visant à menacer la sécurité nationale, la durée de la peine pourrait le maintenir en prison jusqu’à la fin de sa vie.
Ses coaccusés, six anciens membres du personnel d’Apple Daily et deux militants, ont écopé de peines de prison pour collusion avec des forces étrangères. Parmi eux figurent Cheung Kim-hung, l’éditeur ; Chan Pui-man, l’éditeur associé ; Ryan Law, le rédacteur en chef ; Lam Man-chung et Fung Wai-kong, rédacteurs en chef exécutifs ; et Yeung Ching-kee, éditorialiste.
L’arrestation et le procès de Lai, un fervent défenseur de la démocratie, ont mis en lumière le déclin de la liberté de la presse à Hong Kong, autrefois un bastion de l’indépendance des médias en Asie. Le gouvernement chinois insiste sur le fait que cette affaire ne concerne pas la liberté de la presse, mais plutôt des actes préjudiciables à la Chine et à Hong Kong, déguisés sous le couvert de l’information.
Jimmy Lai a été l’une des premières personnalités arrêtées en vertu de la loi sur la sécurité nationale en 2020. Dans la foulée, plusieurs journalistes d’Apple Daily ont également été interpellés. Des perquisitions policières, des poursuites judiciaires et le gel de ses avoirs ont contraint le journal à cesser ses activités en juin 2021. Le dernier numéro s’est écoulé à un million d’exemplaires.
La condamnation de Lai a provoqué une réaction internationale immédiate. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a appelé les autorités à accorder à Lai une libération conditionnelle humanitaire, affirmant que cette sentence démontre la détermination de Pékin à réprimer toute voix s’élevant en faveur des libertés fondamentales à Hong Kong.
« Cette phrase montre au monde que Pékin fera des efforts extraordinaires pour faire taire ceux qui prônent les libertés fondamentales à Hong Kong. »
Marco Rubio, secrétaire d’État américain
L’Union européenne a également réitéré son appel à la libération immédiate et inconditionnelle de Lai, en tenant compte de son âge avancé et de son état de santé. L’Alliance interparlementaire sur la Chine (IPAC), regroupant 86 hommes politiques de près de 30 pays et de l’Union européenne, a appelé les gouvernements démocratiques à exercer une pression diplomatique coordonnée. Plus d’informations sur l’appel de l’IPAC.
Amnesty International a dénoncé une nouvelle étape sombre pour Hong Kong, soulignant que l’emprisonnement d’un homme de 78 ans pour l’exercice de ses droits fondamentaux témoigne d’un mépris total pour la dignité humaine.
« Emprisonner un homme de 78 ans pour avoir simplement exercé ses droits témoigne d’un mépris total pour la dignité humaine. »
Sarah Brooks, directrice régionale adjointe d’Amnesty International
Robert Pang, l’un des avocats de Lai, a révélé que son client souffre de problèmes de santé, notamment de palpitations cardiaques, d’hypertension artérielle et de diabète. Le fils de Lai, Sébastien, a déclaré dans un communiqué que la sentence draconienne était dévastatrice pour sa famille et mettait la vie de son père en danger. Sa sœur, Claire, a qualifié la sentence de « déchirante et cruelle », craignant qu’il ne meure en martyr derrière les barreaux.
Lors de l’audience, Jimmy Lai est apparu grave tandis que des murmures de soutien se faisaient entendre dans la salle. Le cardinal Joseph Zen, figure catholique influente à Hong Kong, était présent pour soutenir l’épouse de Lai.
À Pékin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a affirmé que les affaires judiciaires relèvent des affaires intérieures de Hong Kong et a exhorté les autres pays à ne pas s’ingérer dans les affaires judiciaires ou intérieures de la Chine. Il a décrit Lai comme un « planificateur majeur » et un participant à des activités déstabilisatrices anti-Chine.