Publié le 9 février 2026 20:11:00. Le gouvernement vénézuélien a annoncé la libération de près de 900 prisonniers politiques dans le cadre d’une loi d’amnistie controversée, une initiative saluée par Caracas comme un pas vers la réconciliation nationale, mais perçue par l’opposition et les organisations de défense des droits de l’homme comme une mesure motivée par la pression internationale et manquant de garanties contre de nouvelles répressions.
- Une loi d’amnistie a été approuvée par le Parlement vénézuélien, suscitant des critiques quant à son application et à son objectif réel.
- Le gouvernement affirme avoir libéré près de 900 prisonniers politiques depuis décembre, un chiffre contesté par les organisations de défense des droits de l’homme.
- L’arrestation récente d’un leader de l’opposition peu après sa libération soulève des doutes sur la sincérité de l’amnistie.
L’annonce d’une loi d’amnistie pour les prisonniers politiques au Venezuela ne surprend plus. Le président par intérim Delcy Rodriguez a mis l’accent sur l’unité nationale lors de la présentation de ce texte en janvier, affirmant qu’il devait servir « la paix et la réconciliation » au Venezuela, dans l’esprit du défunt Hugo Chávez. Selon le député proche de Nicolas Maduro, cette loi est une initiative essentielle pour apaiser les tensions politiques.
Cependant, cette démarche intervient dans un contexte de contestation de la légitimité du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) au pouvoir, accusé de fraude électorale par les observateurs internationaux. Le comité parlementaire dominé par le PSUV a adopté la loi à l’unanimité en première lecture le mois dernier, et une seconde lecture est prévue ce mardi 10 février 2026.
Le gouvernement vénézuélien affirme avoir concrétisé cette initiative par des actes, libérant près de 900 prisonniers politiques depuis décembre. L’opposition et les organisations de défense des droits de l’homme confirment ces libérations, mais estiment le nombre bien inférieur. Le « Foro Penal », une organisation de défense des droits de l’homme, estime actuellement le nombre de prisonniers politiques à 687 (contre 887 en novembre 2025). Le Foro Penal adopte une définition plus restrictive de l’emprisonnement pour motifs politiques. La Plataforma Unitaria Democrática (PUD), une alliance d’opposition, recense quant à elle 391 personnes libérées.
Malgré ces libérations, de nombreux Vénézuéliens restent sceptiques quant à la fin réelle de la répression politique. Une victime anonyme, citée par le journal espagnol « El País », a déclaré que le vaste réseau d’informateurs mis en place par le gouvernement continue de fonctionner et que la peur persiste. Le politologue vénézuélien Benigno Alarcón Deza souligne que « la capacité de répression de l’État est intacte », même avec la fermeture annoncée du centre de détention des services secrets « El Helicoide » à Caracas.
L’arrestation de Juan Pablo Guanipa, un proche collaborateur de Maria Corina Machado, quelques heures seulement après sa libération dimanche, illustre ce scepticisme. Il a été arrêté pour « violation des conditions » après avoir participé à une manifestation réclamant la libération de tous les prisonniers politiques. L’arrestation de Juan Pablo Guanipa a suscité l’indignation de l’opposition.
La loi d’amnistie elle-même est également critiquée sur le fond. Gonzalo Himiob, vice-président du Foro Penal, estime que la qualification de la loi comme un « acte de miséricorde » est une « erreur juridique » fondamentale. Il souligne que l’amnistie doit être comprise comme une renonciation à la punition pour des raisons politiques, et non comme un pardon moral.
Les critiques soulignent également le manque de clarté dans le texte de la loi concernant la culpabilité et la responsabilité. De plus, le projet exclut les crimes graves tels que les violations des droits de l’homme, le trafic de drogue et les meurtres. Selon le politologue Alarcón, cette exclusion n’est pas surprenante si l’on considère qu’il s’agit d’une amnistie qui pourrait bénéficier à des membres du gouvernement lui-même.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont eu l’occasion de présenter leurs préoccupations et leurs suggestions de modifications à la commission parlementaire compétente. Elles ont souligné des formulations qui pourraient servir de prétexte à de nouvelles arrestations arbitraires ou à l’absence de libération de prisonniers politiques.
Le journaliste vénézuélien Maibort Petit, basé aux États-Unis, met en garde sur le portail en ligne « Venezuela Política » :
« Le pardon général peut être perçu davantage comme une solution politique rapide que comme un véritable processus de réconciliation. »
Maibort Petit, journaliste
Il souligne l’absence de réformes structurelles du système judiciaire ou des forces de sécurité, qui sont essentielles pour prévenir de futures répressions.
L’avocat Himiob insiste sur la nécessité d’une réforme fondamentale des lois et des règles existantes qui permettent actuellement la persécution politique, afin de garantir que la répression étatique ne se reproduise pas.