Home Économie Google a emprunté de l’argent pour rembourser en 2126. L’IA est déjà financée par la dette pour un siècle à venir

Google a emprunté de l’argent pour rembourser en 2126. L’IA est déjà financée par la dette pour un siècle à venir

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Publié le 10 février 2026 18h15. Alphabet, la maison mère de Google, a levé 20 milliards de dollars via une émission obligataire record, et se prépare à émettre des obligations d’une durée exceptionnelle de 100 ans, signalant l’ampleur des investissements massifs nécessaires pour financer son développement dans le domaine de l’intelligence artificielle.

  • Alphabet a conclu la plus importante transaction de dette de son histoire, émettant 20 milliards de dollars d’obligations.
  • L’entreprise envisage une émission en livres sterling incluant une obligation d’une durée de 100 ans, arrivant à échéance en 2126.
  • Cette démarche, rare pour une entreprise technologique, souligne les besoins de financement colossaux liés à l’essor de l’IA.

Alphabet a récemment levé 20 milliards de dollars (environ 18,5 milliards d’euros) sur le marché obligataire, une opération sans précédent pour le géant technologique. Mais l’annonce la plus surprenante est la préparation d’une émission d’obligations en livres sterling qui comprendra une obligation d’une durée de 100 ans, arrivant à échéance en 2126. Une telle longévité est extrêmement inhabituelle, et n’avait pas été observée chez une grande entreprise technologique depuis IBM en 1996.

Le marché a répondu favorablement à cette offre, avec une demande dépassant les 100 milliards de dollars, soit cinq fois le montant initialement visé par Alphabet. L’entreprise avait initialement prévu de lever 15 milliards de dollars, mais a finalement augmenté son offre à 20 milliards de dollars en raison de l’engouement des investisseurs.

Une obligation centenaire représente un engagement à long terme : l’entreprise emprunte de l’argent aujourd’hui et s’engage à le rembourser dans un siècle, en versant des intérêts périodiques. Cette démarche est interprétée comme un signal fort d’Alphabet, qui semble vouloir affirmer sa confiance dans la pérennité de l’intelligence artificielle et son impact transformateur sur l’économie mondiale, comparable à celui du chemin de fer ou de l’électricité.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans susciter des inquiétudes. Michael Burry, l’investisseur qui avait prédit la crise financière de 2008, a mis en garde contre cette émission obligataire, soulignant que Motorola avait également émis une obligation centenaire en 1997, juste avant de connaître un déclin rapide. Il s’interroge ainsi sur le fait qu’il s’agisse d’un signe de confiance ou d’un aveu de faiblesse, posé juste avant un changement de paradigme.

En 1997, Motorola figurait parmi les 25 plus grandes entreprises américaines, mais a rapidement été dépassée par Nokia, puis par l’iPhone, Android et les fabricants chinois. Aujourd’hui, Motorola appartient à Lenovo et peine à figurer parmi les dix premiers fabricants de téléphones portables.

Les dépenses d’Alphabet en infrastructures pourraient atteindre 185 milliards de dollars (environ 170 milliards d’euros) cette année, selon les chiffres publiés par l’entreprise, soit plus que les trois années précédentes réunies. Ces investissements massifs concernent les centres de données, les puces et les capacités de calcul nécessaires au développement de l’IA.

Les cinq autres grandes entreprises technologiques (Amazon, Google, Meta, Microsoft et Oracle) ont émis pour 121 milliards d’euros d’obligations l’année dernière, Apple ayant réduit ses investissements, soit quatre fois plus que la moyenne annuelle entre 2020 et 2024.

Alphabet semble être le principal bénéficiaire de cette situation, car l’émission de titres de créance à très long terme lui permet de garantir des taux d’intérêt favorables pendant des décennies. Si les taux d’intérêt augmentent, Alphabet aura déjà sécurisé son financement. Si les taux baissent, l’entreprise pourra racheter sa dette à moindre coût. De plus, les intérêts sur la dette sont déductibles des impôts, ce qui réduit le coût global du financement. Un véritable avantage à tous les niveaux.

L’ère où les entreprises technologiques pouvaient se développer en se finançant uniquement grâce à leurs propres bénéfices est révolue. Les investissements colossaux nécessaires à l’infrastructure de l’IA les obligent à recourir à des instruments financiers qu’elles n’avaient que peu besoin d’utiliser jusqu’à présent. Ces entreprises ne sont plus de simples startups logicielles, mais les plus grands constructeurs d’infrastructures du 21e siècle, et ont besoin de capitaux considérables pour mener à bien leurs projets.

La question qui se pose est de savoir si cette émission d’obligations à très long terme témoigne d’une vision à long terme ou d’un excès de confiance. Il est probable que ce soit un peu des deux. Ce qui est certain, c’est que les entreprises technologiques sont désormais en concurrence sur les marchés de la dette, au même titre que les banques et les grandes entreprises industrielles, ce qui reflète la transformation profonde de notre industrie.

Le luxe intellectuel de notre époque retient notre attention, l’IA aggrave la situation

Image en vedette | Mitchell Luo

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