Publié le 11 février 2026 à 10h28. Une étude nationale révèle que les femmes ayant subi des discriminations dans l’accès aux soins de santé sont nettement plus enclines à privilégier l’auto-prélèvement pour le dépistage du cancer du col de l’utérus, soulevant des questions cruciales sur l’équité et l’efficacité des stratégies de dépistage.
- Environ 20 % des femmes préfèrent l’auto-prélèvement à domicile pour le dépistage du cancer du col de l’utérus.
- Les femmes ayant déclaré avoir été victimes de discrimination dans le système de santé sont deux fois plus susceptibles de choisir cette option.
- L’étude souligne la nécessité d’adapter les recommandations nationales pour mieux répondre aux besoins des populations sous-dépistées.
Les programmes de dépistage du cancer du col de l’utérus ont permis une réduction significative de l’incidence et de la mortalité liées à cette maladie au cours des cinq dernières décennies. Cependant, une tendance à la baisse de la couverture de dépistage a été observée aux États-Unis (75,8 % en 2023 contre 86,5 % en 2000), coïncidant avec une augmentation de l’incidence du cancer du col de l’utérus, en particulier chez les femmes âgées de 30 à 44 ans (une augmentation de 1,7 % par an entre 2012 et 2019). L’Institut national du cancer prévoit près de 13 500 nouveaux cas et 4 500 décès pour 2025, un fardeau qui pèse de manière disproportionnée sur les femmes issues de milieux socio-économiques défavorisés et les minorités.
Le test du papillomavirus humain (VPH), virus très contagieux transmis par contact cutané, est plus sensible que la cytologie traditionnelle pour détecter les lésions précancéreuses. En 2018 et 2020, le groupe de travail sur les services préventifs et l’American Cancer Society ont approuvé les tests VPH réalisés à partir d’échantillons prélevés par des professionnels de santé comme méthode de dépistage privilégiée. Il est désormais établi que ces tests peuvent être effectués avec précision sur des échantillons que les femmes prélèvent elles-mêmes à domicile.
L’auto-prélèvement à domicile pourrait lever de nombreux obstacles au dépistage, tels que la gêne, la méfiance envers le système de santé, les contraintes de temps, les difficultés de transport et l’éloignement géographique des établissements médicaux. Des essais cliniques ont démontré que l’envoi de kits d’auto-prélèvement peut augmenter les taux de dépistage chez les femmes sous-dépistées. Toutefois, le groupe de travail sur les services préventifs (USPSTF) n’a pas encore intégré l’auto-échantillonnage dans ses recommandations officielles. Le 9 mai 2025, la Food and Drug Administration (FDA) a approuvé le premier dispositif d’auto-prélèvement à domicile pour le dépistage du cancer du col de l’utérus aux États-Unis, une étape considérée comme majeure pour l’intégration de cette méthode dans les directives nationales et l’amélioration de l’accès pour les populations à risque.
Une étude transversale récente, basée sur les données de l’Enquête nationale sur les tendances en matière d’information sur la santé de 2024 (NHIS 7), a examiné les préférences des femmes en matière de dépistage du cancer du col de l’utérus et les raisons qui les motivent. L’enquête, menée en anglais et en espagnol entre mars et septembre 2024, a obtenu un taux de réponse de 27,3 %. Les participantes éligibles au dépistage selon les recommandations de l’USPSTF ont été interrogées sur leurs préférences, en excluant celles qui n’avaient pas de col de l’utérus.
L’analyse des données a révélé que 20,4 % des femmes préféraient l’auto-prélèvement à domicile, 60,8 % les tests traditionnels en clinique et 18,8 % n’avaient pas d’opinion tranchée. Les femmes ayant signalé avoir été victimes de discrimination dans le domaine de la santé étaient près de deux fois plus susceptibles de préférer l’auto-prélèvement à domicile. L’âge, le revenu, le niveau d’éducation, l’état civil, le lieu de résidence et l’orientation sexuelle n’étaient pas associés à cette préférence après ajustement statistique.
Les femmes ayant des revenus plus faibles, une moindre confiance dans le système de santé et une orientation sexuelle incertaine étaient plus susceptibles d’hésiter quant à leurs préférences en matière de dépistage. Les raisons les plus fréquemment citées par les femmes qui préféraient l’auto-prélèvement à domicile ou qui n’étaient pas sûres étaient la confidentialité, la flexibilité des horaires, le désir d’éviter la gêne liée aux examens cliniques et la réduction des coûts de transport.
Cette étude souligne l’importance de prendre en compte les préoccupations en matière d’équité lors de l’élaboration des politiques de dépistage. L’intégration de l’auto-prélèvement à domicile comme option alternative pourrait contribuer à réduire les disparités en matière de prévention du cancer du col de l’utérus. Les décideurs politiques devraient envisager d’approuver officiellement cette méthode dans les directives nationales, et les professionnels de santé et les organismes de santé publique devraient mettre en place des campagnes d’information ciblées pour répondre aux besoins spécifiques des populations sous-dépistées.