Publié le 11 février 2026 à 22h58. Le PDG d’Instagram, Adam Mosseri, a témoigné devant un tribunal californien dans le cadre d’un procès retentissant accusant les réseaux sociaux de créer une dépendance chez les jeunes, tout en minimisant le caractère addictif de ses services.
- Adam Mosseri distingue « usage problématique » et « dépendance clinique », soulignant qu’il n’est pas un professionnel de la santé.
- Le procès vise Meta (maison mère d’Instagram), YouTube, TikTok et Snapchat, accusés d’induire en erreur sur la sécurité de leurs applications.
- Des échanges de courriels internes révèlent des débats au sein de Meta sur la régulation des filtres modifiant l’apparence physique.
Lors de son témoignage devant la Cour supérieure de Los Angeles, Adam Mosseri a affirmé qu’il reconnaissait un potentiel d’utilisation problématique d’Instagram, mais a refusé de qualifier cela de dépendance. Il a précisé qu’il faisait la distinction entre une utilisation excessive et une véritable addiction clinique, insistant sur le fait qu’il n’avait pas les compétences pour porter un tel jugement.
« Je suis sûr d’avoir dit cela, mais je pense qu’il est important de faire la différence entre la dépendance clinique et l’usage problématique. »
Adam Mosseri, PDG d’Instagram
Mosseri a même admis qu’il pouvait lui-même être un utilisateur assidu de plateformes comme Netflix, mais a précisé que cela ne constituait pas une dépendance au sens médical du terme. Il a reconnu qu’il était possible d’utiliser Instagram de manière excessive, mais a souligné que cette limite était subjective et personnelle.
Le procès, qui a débuté le 27 janvier 2026, vise plusieurs géants des réseaux sociaux. Les plaignants allèguent que Meta, YouTube, TikTok et Snapchat ont induit le public en erreur sur la sécurité de leurs applications, en sachant que certaines fonctionnalités et choix de conception pouvaient avoir des effets néfastes sur la santé mentale des jeunes utilisateurs. TikTok et Snapchat se sont toutefois désengagés de la procédure après avoir trouvé un accord avec les plaignants.
L’avocat des plaignants, Mark Lanier, a interrogé Mosseri sur les responsabilités d’Instagram dans les problèmes de santé mentale de la plaignante, identifiée uniquement sous le nom de « KGM ». Selon Meta, la question centrale du procès est de déterminer si Instagram a joué un rôle significatif dans les difficultés rencontrées par la plaignante.
Des documents internes présentés au tribunal révèlent des discussions au sein de Meta concernant la régulation des filtres numériques modifiant l’apparence physique, certains pouvant donner l’impression d’une chirurgie esthétique. En novembre 2019, des dirigeants de l’entreprise ont débattu de l’opportunité d’interdire ces filtres, craignant un impact négatif sur l’image corporelle et la santé mentale des utilisateurs. Un échange de courriels, dont le titre mentionnait un possible « brasier de relations publiques sur la chirurgie plastique », a révélé des inquiétudes quant aux critiques de la presse et des experts de la santé.
« Il s’inquiète de savoir si nous disposons de données suffisamment fiables pour que cela représente un réel préjudice. »
Andrew Bosworth, responsable de la technologie chez Meta, à propos de Mark Zuckerberg
Finalement, Meta a décidé de n’autoriser aucun effet numérique susceptible d’encourager la chirurgie plastique, après avoir pesé le pour et le contre. Un autre courriel interne, rédigé par John Hegeman, un ancien cadre de Meta, exprimait la crainte qu’une interdiction générale des filtres nuise à la compétitivité de l’entreprise sur les marchés asiatiques. Mosseri a cependant précisé qu’il ne pensait pas que Hegeman parlait d’argent, mais plutôt de pertinence culturelle.
Mosseri a également défendu la position de Meta, affirmant que l’entreprise ne tire pas de revenus directs de ses filtres et qu’elle souhaite avant tout offrir aux utilisateurs des outils pour s’exprimer de manière créative. Il a souligné que les revenus d’Instagram proviennent principalement de la publicité.
VOIR AUSSI : Raul Torrez, procureur général du Nouveau-Mexique, sur le procès Meta.