Publié le 16 février 2026 à 08h10. Face à une crise économique et humanitaire aiguë, Cuba est désormais déconseillée aux voyageurs par plusieurs pays, dont l’Irlande, qui mettent en garde contre des risques pour la santé et la sécurité.
L’Irlande a rejoint le Royaume-Uni et le Canada en recommandant à ses citoyens d’éviter tout déplacement non essentiel vers Cuba. Cette mise en garde, actualisée ces derniers jours, intervient alors que l’île caribéenne est confrontée à une détérioration rapide de sa situation économique, exacerbée par la pression exercée par l’administration américaine sur le gouvernement communiste.
Selon le ministère irlandais des Affaires étrangères et du Commerce, Cuba se trouve désormais au deuxième niveau d’alerte le plus élevé, signalant un « danger clair et présent » pour la santé et la sécurité des voyageurs. Cette décision reflète « la situation économique et humanitaire de plus en plus grave » sur l’île, marquée par des pénuries sévères en nourriture, carburant, électricité et un accès limité aux soins médicaux.
La crise actuelle a été précipitée par l’interruption des livraisons de pétrole américain au Venezuela, principal fournisseur de Cuba, suite à l’éviction de Nicolas Maduro. Quelques semaines plus tard, l’ancien président Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane à tout autre pays fournissant du carburant à Cuba, tentant ainsi d’imposer un blocus pétrolier.
Les analystes estiment que cette situation plonge la population cubaine, qui compte environ dix millions d’habitants, dans l’une des pires crises humanitaires de son histoire récente. Les Nations Unies se sont déclarées « extrêmement inquiètes », soulignant que la pénurie de carburant met en péril « la disponibilité des services essentiels » tels que les soins hospitaliers, l’approvisionnement alimentaire et les réseaux de communication.
Les coupures de courant, déjà fréquentes, sont devenues plus longues et plus régulières, pouvant durer plusieurs jours. Les habitants font face à de longues files d’attente pour obtenir des produits de première nécessité, et se lèvent souvent avant l’aube pour espérer pouvoir faire leurs achats.
« Cela a un impact de plus en plus grave sur les droits humains de la population cubaine. Plus de 80 % des équipements de pompage d’eau dépendent de l’électricité, et les coupures compromettent l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène… les groupes les plus vulnérables étant touchés de manière disproportionnée. »
Marta Hurtado, porte-parole du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme
Cette crise s’inscrit dans un contexte de tensions de longue date entre les États-Unis et Cuba. Depuis les années 1960, les États-Unis ont imposé diverses sanctions économiques à Cuba après le renversement du gouvernement soutenu par Washington par Fidel Castro.
Aujourd’hui, les États-Unis considèrent Cuba comme une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour leur sécurité nationale, l’accusant de soutenir des « groupes terroristes transnationaux ». Le gouvernement cubain rejette ces accusations et plaide pour « un engagement constructif, une coopération légale et une coexistence pacifique ».
« L’embargo sur le carburant est l’équivalent d’une guerre, et la punition collective massive est un crime. »
Carlos de Cossio, vice-ministre cubain des Affaires étrangères
Les efforts diplomatiques internationaux pour assouplir les sanctions contre Cuba n’ont pas encore abouti à un changement significatif de la politique américaine. L’Irlande, comme de nombreux autres pays, a voté en faveur des résolutions de l’ONU appelant à la fin de l’embargo, notamment lors de la dernière session de l’Assemblée générale en octobre dernier.
Le ministère irlandais des Affaires étrangères et du Commerce a réaffirmé sa position, estimant que les sanctions « ne servent aucun objectif constructif » et ont eu des « conséquences négatives importantes » pour le peuple cubain pendant de nombreuses années. Il a également réitéré son appel à la « démocratisation et à la transition politique » à Cuba, soulignant les restrictions imposées aux droits humains fondamentaux, tels que la liberté d’expression et de réunion.
La crise actuelle porte également un coup dur au tourisme, autrefois une source importante de revenus pour Cuba. L’Irlande ne dispose ni d’ambassade ni de consulat sur l’île, mais le ministère des Affaires étrangères assure un suivi régulier de la situation des rares citoyens irlandais résidant à Cuba, via l’ambassade d’Irlande au Mexique.
Le nombre de touristes irlandais se rendant à Cuba est déjà très faible, en raison de l’absence de vols directs et de la nécessité d’obtenir un visa américain pour les voyageurs souhaitant ensuite se rendre aux États-Unis. Plusieurs compagnies aériennes, dont Air Canada, ont d’ailleurs annoncé la suspension de leurs vols vers l’île en raison de la pénurie de carburant.
