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Combler l’écart entre les sexes dans les soins

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Des douleurs intenses, de la fatigue chronique, des sautes d’humeur invalidantes : pour des millions de femmes, ces symptômes liés au cycle menstruel sont trop souvent minimisés par la médecine, relégués au rang de simples désagréments. Pourtant, le syndrome prémenstruel (SPM) et le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) peuvent avoir un impact majeur sur la vie quotidienne et la santé mentale.

Jusqu’à 75 % des femmes déclarent ressentir des symptômes du SPM, et entre 3 et 8 % souffrent de TDPM, un trouble de l’humeur sévère, parfois comparable à une dépression majeure. Ces troubles affectent le travail, les relations et la qualité de vie, mais demeurent largement sous-diagnostiqués et sous-financés.

Une étude menée auprès de plus de 3 000 femmes actives au Japon a révélé que seulement 4,9 % avaient consulté un médecin en huit mois malgré des symptômes prémenstruels importants. Celles qui avaient pris rendez-vous signalaient une baisse significative de leur productivité, soulignant un besoin criant de reconnaissance et de prise en charge plus précoces.

Le problème ne réside pas dans la rareté ou la subtilité des symptômes, mais dans le manque de considération de la part des systèmes de santé. Le TDPM est même associé à un risque accru d’idées suicidaires et de dépression. Il est difficile d’imaginer un tel décalage entre la prévalence d’une affection et l’attention qu’elle suscite de la part de la recherche si les symptômes étaient liés à un autre organe.

Aujourd’hui, le traitement du SPM et du TDPM repose souvent sur des antidépresseurs, comme les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), ou sur des contraceptifs oraux. Si ces traitements peuvent être efficaces pour certaines patientes, d’autres continuent de souffrir de symptômes persistants ou d’effets secondaires indésirables. Les soins restent souvent peu personnalisés et la compréhension des mécanismes à l’origine de ces troubles est encore limitée.

Ce sous-financement de la santé menstruelle est en partie dû à des biais historiques dans la recherche médicale. Pendant des décennies, les femmes ont été exclues des essais cliniques et des études sur les animaux afin d’« éviter la variabilité hormonale ». Cette exclusion a entraîné d’importantes lacunes dans la compréhension de l’influence des cycles hormonaux sur la santé physique et mentale, transformant la physiologie menstruelle en une sorte de « boîte noire » pour la médecine.

Il est temps de changer les choses. Les professionnels de santé doivent prendre au sérieux les expériences menstruelles de leurs patientes, en offrant une écoute attentive et une prise en charge individualisée. Valider les symptômes, rechercher d’éventuelles comorbidités, utiliser des questionnaires standardisés et assurer un suivi régulier devraient devenir la norme.

La formation médicale doit également évoluer. La santé menstruelle est généralement abordée de manière superficielle dans les cours précliniques, souvent en lien avec la physiologie de la reproduction. Elle est rarement présente dans les programmes de psychiatrie, de médecine générale ou de médecine interne. Une meilleure intégration du SPM et du TDPM dans la formation clinique permettrait aux futurs médecins de diagnostiquer et de traiter ces affections avec la même rigueur que les autres troubles chroniques.

Des changements politiques sont également nécessaires. Les médecins peuvent jouer un rôle important en influençant les politiques des employeurs, la législation et les normes d’assurance. L’Espagne a été le premier pays européen à adopter une loi sur le congé menstruel en 2023. Les États-Unis ne disposent actuellement d’aucune protection fédérale comparable. Reconnaître le TDPM comme une condition médicale légitime justifiant des aménagements sur le lieu de travail et une couverture d’assurance pourrait soulager le fardeau de millions de femmes.

Reconnaître et traiter les troubles menstruels n’est pas un sujet de niche. Les cycles menstruels sont une réalité biologique centrale pour près de la moitié de la population. Combler le fossé entre l’expérience des patientes et la compréhension des professionnels de santé est à la fois un impératif scientifique et une question d’équité.

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