Le Pérou est plongé dans une nouvelle crise politique. José Jerí, président par intérim du pays, a été destitué mardi par le Congrès, seulement quatre mois après sa prise de fonction, suite à un scandale lié à des rencontres non déclarées avec des hommes d’affaires chinois.
La décision, adoptée par 75 voix contre 24 avec trois abstentions, marque un nouveau coup dur pour la stabilité politique péruvienne. C’est la deuxième destitution présidentielle en moins de six mois et la sixième fois en une décennie qu’un président péruvien quitte ses fonctions avant la fin de son mandat.
L’affaire a éclaté après la diffusion de vidéos montrant M. Jerí entrant dans des établissements appartenant à Yang Zhihua, un homme d’affaires chinois détenteur d’une concession énergétique et propriétaire de plusieurs commerces. Les images, datant de fin décembre et de début janvier, le montrent portant un sweat à capuche et des lunettes de soleil, entrant dans un restaurant et un magasin appartenant à M. Yang. La loi péruvienne exige que les présidents rendent compte de leurs activités officielles, ce que M. Jerí n’a pas fait.
M. Jerí a reconnu l’authenticité des vidéos, admettant n’avoir pas déclaré ces visites, mais a nié toute faute. « Je n’ai commis aucun crime », a-t-il déclaré dimanche. Il a affirmé avoir connu M. Yang avant d’accéder à la présidence et que ce dernier lui avait offert des bonbons et des tableaux sans qu’il ait à les payer, « par gentillesse ». Il avait refusé de fournir ses relevés téléphoniques aux législateurs.
L’enquête a révélé que Ji Wu Xiaodong, un autre homme d’affaires chinois visé par une enquête pour exploitation forestière illégale, s’était également rendu à plusieurs reprises au palais présidentiel pendant la présidence de M. Jerí. Ce dernier a nié connaître Ji Wu, affirmant qu’il était un ami de Yang Zhihua.
Les sondages d’opinion avaient montré une chute de 10 points de la popularité de M. Jerí depuis le début du scandale, passant de 51% à 41%.
À la suite de la destitution de M. Jerí, Fernando Rospigliosi, le chef par intérim du Congrès, aurait dû lui succéder conformément à la Constitution, mais il a renoncé à ce droit. Le Parlement doit donc choisir mercredi un nouveau chef d’État, les partis ayant jusqu’à 18h00 heure locale pour présenter leurs candidats, selon M. Rospigliosi.
Des élections générales sont prévues le 12 avril, et le nouveau président élu prendra ses fonctions le 28 juillet.
Ce nouveau rebondissement intervient après la destitution de Dina Boluarte en octobre, en raison de critiques concernant la criminalité et des enquêtes pour corruption. M. Jerí avait alors assumé la présidence en tant que chef du Congrès. Boluarte était elle-même devenue présidente en 2022 après la destitution de Pedro Castillo, qui avait tenté de dissoudre le Congrès et de gouverner par décret. Castillo a été condamné à 11 ans de prison pour complot et rébellion. D’autres anciens présidents péruviens, tels qu’Alejandro Toledo (20 ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent) et Ollanta Humala (15 ans de prison pour financement illégal de campagne), ont également été condamnés à de lourdes peines.