Publié le 18 février 2024 06:36:00. Une enquête de la KPK révèle un système de corruption généralisée au sein des douanes indonésiennes, permettant à des entreprises d’éviter les contrôles et de faire passer de la contrebande en échange de pots-de-vin massifs, au détriment de l’industrie nationale et des consommateurs.
- La Commission d’éradication de la corruption (KPK) a identifié trois hommes d’affaires et trois douaniers comme suspects dans une affaire de corruption impliquant la société de transport de fret Blueray Cargo.
- Des paiements mensuels de 7 milliards de roupies (environ 420 000 €) auraient été versés pendant dix ans à des agents des douanes pour garantir que les conteneurs de Blueray soient placés sur la voie verte, évitant ainsi les inspections approfondies.
- Cette corruption favorise la contrebande de produits contrefaits et non conformes aux normes indonésiennes, portant atteinte à la compétitivité des entreprises locales et à la sécurité des consommateurs.
L’opération menée par la KPK à Lampung et à Jakarta a mis en lumière des pratiques de corruption profondément ancrées au sein de la Direction générale des douanes du ministère des Finances. Selon les enquêteurs, Blueray Cargo, spécialisée dans l’importation de marchandises en gros, a systématiquement corrompu des agents des douanes pour bénéficier d’un traitement de faveur. En échange de pots-de-vin substantiels, les conteneurs de l’entreprise étaient placés sur le « canal vert », ce qui signifiait qu’ils n’étaient pas soumis à l’inspection physique et documentaire rigoureuse qui aurait dû être appliquée, les classant à tort comme étant dans la filière rouge.
En contournant les contrôles, Blueray Cargo était en mesure d’importer illégalement des produits contrefaits et des articles ne respectant pas la norme nationale indonésienne (SNI). L’entreprise réalisait également des économies considérables en payant des taxes et des droits d’importation réduits, car le contenu réel des conteneurs ne correspondait pas aux déclarations faites aux douanes. La KPK estime que Blueray versait chaque mois 7 milliards de roupies aux douaniers, une collusion qui a duré une décennie.
Le modèle économique de Blueray Cargo était particulièrement lucratif. L’entreprise facturait 250 millions de roupies (environ 15 000 €) par conteneur, couvrant les frais de logistique, de gestion fiscale et autres dépenses. Avec un volume mensuel de 2 000 conteneurs, le chiffre d’affaires de Blueray atteignait environ 500 milliards de roupies (environ 30 millions d’euros) par mois.
L’affaire Blueray Cargo n’est probablement pas un cas isolé. La KPK soupçonne d’autres sociétés de transport de fret de se livrer à des pratiques frauduleuses similaires, dans le but de faciliter la contrebande. Les conséquences de cette corruption sont multiples et graves. Elle porte atteinte à l’industrie nationale, car les importations illégales, moins chères en raison de l’absence de taxes et de droits, concurrencent les produits locaux. La politique gouvernementale visant à développer les industries nationales est ainsi compromise.
Les consommateurs sont également touchés. Les entreprises peuvent répercuter les coûts cachés liés à la corruption sur les prix de détail, obligeant les consommateurs à payer plus cher. De plus, la présence de produits non conformes à la norme SNI, tels que des jouets pour enfants contenant des substances dangereuses, représente un risque pour la santé et la sécurité publiques. Le choix des consommateurs en matière de produits de qualité est ainsi limité.
Cet enchaînement de scandales de corruption met en évidence l’échec des réformes bureaucratiques mises en œuvre depuis l’administration du président Susilo Bambang Yudhoyono. Une surveillance insuffisante et un manque de responsabilisation permettent aux agents des douanes de manipuler les données et d’abuser de leur pouvoir. La nomination de Djaka Budhi Utama au poste de directeur général des douanes a également soulevé des questions, certains y voyant un simple arrangement politique plutôt qu’une véritable volonté de réforme. M. Utama est un ancien membre des forces spéciales de l’armée indonésienne (Kopassus) impliqué dans des affaires d’enlèvement de militants pro-démocratie à la fin de l’ère de Soeharto.
En 1985, le gouvernement de Soeharto avait fait appel à la Société Générale de Surveillance (SGS), une entreprise suisse, pour gérer les droits de douane. Cette mesure avait permis d’accélérer les opérations de chargement et de déchargement, de réduire la corruption dans les ports et d’augmenter les recettes de l’État grâce à une évaluation plus transparente des marchandises. Cependant, douze ans plus tard, la gestion des droits de douane a été restituée aux douanes indonésiennes.
Le ministère des Finances ne doit pas reproduire les erreurs du passé. Des réformes internes cohérentes, fondées sur les principes de bonne gouvernance, sont nécessaires. Les contrevenants doivent être sévèrement punis. Pour cela, la Direction générale des douanes doit être dirigée par un professionnel engagé dans l’amélioration du système, et non par un proche du cercle restreint de Prabowo Subianto.
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