Publié le 18 février 2026 10h00:00. À l’approche de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, des milliers d’Argentins s’inquiètent de l’obtention ou du renouvellement de leur visa, un processus désormais scruté de près par les autorités américaines, y compris via l’analyse des réseaux sociaux.
- Les États-Unis exigent depuis plusieurs années la déclaration des réseaux sociaux des demandeurs de visa, et dans certains cas, leur accès public.
- Des plateformes utilisant l’intelligence artificielle sont apparues pour analyser l’« empreinte digitale » numérique des candidats et identifier des éléments potentiellement problématiques.
- Une entreprise argentine, WeCheck IA, propose un outil, « Miroir social », pour aider les demandeurs à identifier les contenus de leurs réseaux sociaux qui pourraient compliquer leur demande.
L’excitation autour de la Coupe du monde 2026, qui se déroulera aux États-Unis, est tempérée par une anxiété croissante chez de nombreux Argentins : obtenir ou renouveler un visa américain à temps pour pouvoir assister à l’événement. Si les réservations de vols et d’hôtels sont en cours, un obstacle moins visible mais de plus en plus important se profile : le contrôle des réseaux sociaux par les autorités d’immigration américaines.
Depuis plusieurs années, les États-Unis demandent aux candidats à un visa de déclarer leurs comptes sur les réseaux sociaux sur les formulaires de demande. Dans certains cas, ils exigent même que ces comptes soient rendus publics. Cette exigence a donné naissance à un nouveau marché : des plateformes utilisant l’intelligence artificielle pour analyser l’« empreinte digitale » numérique des demandeurs et détecter les publications, interactions ou contenus qui pourraient compromettre leur demande.
Parmi ces outils, « Miroir social », développé par l’Argentin Matías Simone, co-fondateur de l’entreprise WeCheck IA. L’objectif, selon Simone, n’est pas de garantir l’obtention d’un visa, mais d’éviter les mauvaises surprises.
« Aujourd’hui, les procédures d’immigration aux États-Unis exigent que l’on donne ses réseaux sociaux, donc ce ne serait pas ‘au cas où ils les regarderaient’, mais plutôt ‘quand ils les regarderaient’. Ce que nous cherchons, c’est d’aider à améliorer vos chances d’obtenir un visa »
Matías Simone, co-fondateur de WeCheck IA
Simone compare ce processus à l’examen d’un curriculum vitae avant de le soumettre, avec une différence cruciale : l’empreinte digitale numérique n’est pas toujours sous le contrôle de l’individu.
« Nous aimons dire qu’aujourd’hui, nous avons tous deux CV : l’un est celui que vous avez rédigé pour vous présenter, et un autre est celui créé par les algorithmes. Vous ne voyez pas cette seconde, vous ne la contrôlez pas et elle est dispersée sur plusieurs réseaux, avec d’anciens posts, likes, partages et mentions qui s’accumulent pendant des années »
Matías Simone, co-fondateur de WeCheck IA
La plateforme « Miroir social » vise à organiser ce puzzle numérique. Elle demande d’abord à l’utilisateur de rendre publics tous ses réseaux sociaux dans les paramètres de confidentialité (sinon, l’IA ne peut pas effectuer l’analyse). Ensuite, elle analyse les profils, détecte des schémas et signale les éléments susceptibles d’attirer l’attention des autorités d’immigration. La plateforme ne supprime pas le contenu et n’accède pas aux messages privés.
« Nous présentons les drapeaux rouges », explique Simone. « Ensuite, ce que l’utilisateur en fait est une décision personnelle : s’il doit le supprimer, l’affiner ou le laisser tel quel ».
Qu’est-ce que l’ambassade américaine exige de vos réseaux ?
« Le processus de visa aux États-Unis comprend des contrôles de sécurité approfondis, car un visa américain est un privilège, pas un droit », explique un porte-parole de l’ambassade américaine en Argentine.
Depuis 2019, tous les demandeurs de visa, qu’ils soient immigrants ou non, doivent fournir leurs identifiants de réseaux sociaux sur les formulaires de demande. Ces informations sont utilisées comme l’un des nombreux éléments du processus de sélection et de vérification des antécédents. Tous les demandeurs sont soumis à un contrôle de sécurité continu, dès le dépôt de la demande, tout au long du processus d’attribution et pendant toute la durée du visa.
L’obligation de rendre publics les paramètres de confidentialité des réseaux sociaux ne s’applique pas à tous les types de visa. Depuis juin 2025, les demandeurs de visas non-immigrant F, M et J (destinés aux études, à la formation et aux échanges culturels) doivent rendre public leur profil sur les réseaux sociaux pour faciliter des contrôles supplémentaires. Depuis le 15 décembre, cette exigence a été étendue aux demandeurs de visa H-1B et aux personnes à leur charge (H-4) pour des motifs d’emploi.
Les demandeurs de visa touristique (B-1/B-2) sont tenus de fournir leurs identifiants de réseaux sociaux, mais ils ne sont pas actuellement tenus de modifier les paramètres de confidentialité de leurs comptes.
« Même si vous avez un visa, lors d’un contrôle, ils peuvent examiner votre empreinte digitale à la recherche de drapeaux rouges, et cela peut entraîner des retards ou des questions supplémentaires », souligne Simone.
L’étendue de ce « miroir social » surprend même ceux qui pensent maîtriser leur présence en ligne. Simone raconte avoir découvert, lors de l’analyse de sa propre empreinte digitale, qu’il apparaissait dans une vidéo YouTube enregistrée par un spectateur lors de vacances au Mexique. « Je ne savais même pas que ça existait, mais mon visage était là », témoigne-t-il, illustrant à quel point l’identité en ligne dépasse ce que l’on publie consciemment.
En Argentine, plusieurs options se développent pour aider les candidats à se préparer avant une procédure d’immigration. Au niveau international, des plateformes telles que VisaProfileScan proposent une analyse des médias sociaux spécifiquement adaptée aux demandes de visa américain. Bien qu’il ne s’agisse pas de développements locaux, elles sont de plus en plus mentionnées dans les forums et les communautés de voyageurs.
Les réseaux sociaux ont cessé d’être un espace personnel pour devenir une source de données complémentaire pour les gouvernements et les organisations. Un commentaire sorti de son contexte, une vieille blague ou une interaction controversée peuvent ouvrir la porte à davantage de questions lors d’un entretien consulaire.
Dans ce contexte, la Coupe du monde agit comme un catalyseur. « Nous avons remarqué une augmentation significative des demandes liées au contenu de la Coupe du monde. L’intérêt était déjà croissant, mais l’événement accélère ce type d’adoption, notamment en raison du flux migratoire attendu », explique Simone.
Le service de WeCheck IA est proposé avec des tarifs régionalisés : en Argentine, l’abonnement mensuel coûte environ 15 000 $ (dans le cas où, en plus du profil de visa, vous choisissez de scanner votre empreinte digitale pour des entretiens d’embauche ou d’autres usages) et il est également possible de payer pour un seul avis, à environ 19 000 $.
« Cela dépend de la taille de votre empreinte digitale, mais normalement, l’analyse prend environ 5 minutes », conclut Simone.
Les drapeaux rouges
Comme dans toute procédure d’immigration, certains contenus sur les réseaux sociaux déclenchent l’alerte. Les propos antisémites ou le soutien à des organisations terroristes sont les premiers drapeaux rouges détectés par les autorités américaines et par les services d’analyse d’IA.
La preuve d’un dépassement de séjour aux États-Unis est également facilement détectable grâce aux dates mentionnées dans les messages ou les commentaires.
Les contenus critiques, en particulier ceux liés à la participation à des manifestations ou à un activisme politique considéré comme sensible par le gouvernement américain, sont également scrutés par l’IA.