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Nestlé est sur la bonne voie

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Publié le 19 février 2026 à 21h50. Le géant agroalimentaire Nestlé affiche un bilan 2025 en demi-teinte, marqué par une croissance organique encourageante mais confronté à des défis structurels. Le nouveau PDG, Philipp Navratil, doit désormais traduire ses annonces stratégiques en résultats concrets.

  • Nestlé a terminé l’année 2025 avec une croissance organique de 4,2% au second semestre, dépassant légèrement les attentes des analystes.
  • Le groupe a dégagé un flux de trésorerie disponible de plus de 9 milliards de francs suisses (environ 9,7 milliards d’euros).
  • Philipp Navratil a présenté sa stratégie, axée sur quatre piliers : café, produits pour animaux de compagnie, nutrition et produits culinaires et snacks.

Nestlé tient bon le cap. L’entreprise agroalimentaire, numéro un mondial de son secteur, a clôturé l’année 2025 sur une note positive, malgré un contexte économique complexe. La croissance organique s’est accélérée au second semestre, atteignant 4,2%. Les résultats financiers, notamment un flux de trésorerie disponible conséquent de plus de 9 milliards de francs suisses, ont légèrement dépassé les prévisions des analystes. Le nouveau directeur général, Philipp Navratil, a profité de la publication de ces chiffres pour détailler sa stratégie et son plan d’action pour l’avenir.

L’annonce de ces résultats a entraîné une hausse de près de 3% du cours de l’action en bourse, mais celle-ci reste inférieure aux niveaux observés en octobre dernier, lors des premières annonces de Navratil. Ce chiffre reflète les difficultés persistantes de l’entreprise, qui a perdu du terrain face à ses concurrents ces dernières années, tout en voyant son endettement augmenter.

Le groupe a également été confronté à des controverses liées à des affaires personnelles impliquant certains de ses dirigeants, ternissant son image. Comme nous l’écrivions en octobre dernier, Nestlé avait besoin d’un nouveau départ.

L’arrivée de Philipp Navratil aux commandes représente un premier pas dans cette direction. Le nouveau PDG a su convaincre par sa compétence et sa capacité à communiquer. Lors de la présentation des résultats annuels, il a affirmé avec conviction : « Nos mesures fonctionnent, la stratégie est claire ». Il insiste désormais sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre de cette stratégie, consciente du long chemin qui reste à parcourir.

Pas de révolution en vue à Vevey

Les investisseurs, après le départ précipité de Laurent Freixe, l’ancien PDG contraint de quitter ses fonctions en août 2025 suite à une affaire personnelle, avaient exprimé leur souhait de voir des mesures drastiques prises concernant le portefeuille de produits et la stratégie globale de l’entreprise. L’affaire Freixe avait ravivé les appels à une restructuration profonde, évoquant même la possibilité d’une scission de Nestlé, d’une séparation de ses activités santé ou d’une introduction en bourse de Nespresso.

Cette révolution ne se produira pas. Dès ses premières apparitions publiques, Philipp Navratil a clairement indiqué qu’il ne souhaitait pas mettre fin, sans gloire, aux plus de 160 ans d’histoire de Nestlé. L’homme de 49 ans, profondément ancré dans la culture de l’entreprise, a réaffirmé, avec le soutien du président du conseil d’administration Pablo Isla, sa détermination à s’attaquer aux acquis et aux habitudes bien établies.

La mise à jour de la stratégie présentée aujourd’hui constitue plutôt une évolution des efforts antérieurs visant à relancer la croissance et à améliorer la rentabilité, en affinant le portefeuille de produits. La négligence des années précédentes ouvre indéniablement des perspectives intéressantes.

Nestlé entend désormais concentrer ses efforts sur quatre domaines clés : le café (un chiffre d’affaires annuel d’environ 25 milliards de francs suisses), les produits pour animaux de compagnie, la nutrition (18 milliards de francs suisses chacun) et les produits culinaires et snacks (25 milliards de francs suisses). La quatrième unité commerciale sera recentrée. Dans ce cadre, Nestlé va céder l’intégralité de ses activités de glaces à son partenaire dans la coentreprise Froneri. En revanche, ses activités américaines de produits surgelés resteront pour l’instant au sein du groupe.

Navratil a également souligné que le processus de rationalisation n’était pas encore achevé. Les petites marques du secteur culinaire et des snacks recevront moins d’attention, conformément à cette stratégie globale. Selon lui, Nestlé ne dispose pas des ressources nécessaires pour exceller sur tous les fronts. Les investissements marketing, négligés par le passé, seront renforcés, car les marques phares comme Kitkat et Maggi montrent déjà des signes de regain d’attractivité.

Navratil a balayé les craintes d’une perte des racines locales des marques, en affirmant que Nestlé souhaite rester mondial tout en étant ancré dans les marchés individuels. Il a souligné la nécessité de clarifier les responsabilités, citant l’Europe comme modèle, où l’entreprise est déjà davantage axée sur les marchés locaux. La croissance dans cette région s’est d’ailleurs améliorée.

Cette discipline en matière de produits s’accompagne de mesures de réduction des coûts. Le potentiel d’amélioration par ses propres moyens est considérable. Navratil a constaté d’importantes inefficacités dans de nombreux domaines à son arrivée. 50% des économies précédentes, soit 1,1 milliard de francs suisses, provenaient uniquement des achats. La directrice financière, Anna Manz, est convaincue que de nouvelles économies peuvent être réalisées, avec un objectif de 3 milliards de francs suisses d’ici 2028.

La gestion plus prudente des actifs circulants – chaînes d’approvisionnement, stocks et facturation – devrait également contribuer à améliorer le flux de trésorerie disponible. Cet élément est important, car Nestlé continue de promettre des distributions annuelles plus élevées. Les actionnaires recevront ainsi 3,10 francs suisses par action pour 2025, comme prévu.

Le groupe vise également à réduire son endettement, avec un ratio dette nette/bénéfice d’exploitation d’environ 2,5 à moyen terme. Fin 2025, ce ratio s’élevait à 2,85.

En termes de communication, les débuts sont prometteurs

Le PDG Navratil et la directrice financière Manz ont impressionné par leur présentation. Cela confirme l’impression positive qu’ils ont laissée à l’automne dernier. L’ensemble de la direction semble consciente que 2026 sera une année cruciale. « Au cours des 12 à 24 prochains mois, nous souhaitons nous recentrer sur la création de valeur pour les actionnaires », a déclaré Navratil.

Dans ce contexte, la nomination de Fatima Francisco au conseil d’administration, annoncée hier, est un signe encourageant. Francisco, experte du secteur des biens de consommation, dirige la deuxième plus grande division du groupe britannique Procter & Gamble, spécialisée dans les produits pour bébés et femmes. L’arrivée de l’ancien président de la Banque nationale suisse, Thomas Jordan, est également notable.

La communication s’est améliorée ces dernières semaines. En divulguant les points clés de la restructuration de l’entreprise au journal économique « Financial Times », la direction a probablement réussi à gérer les attentes.

Ces éléments confirment que Nestlé a largement dépassé les prévisions des analystes pour 2025. La croissance organique, légèrement meilleure que prévu à 3,5%, a été tirée par une augmentation des volumes et répartie dans toutes les régions et tous les produits.

La marge bénéficiaire d’exploitation sous-jacente a diminué de 1,1 point de pourcentage, à 16,1%, mais elle correspondait aux attentes. La pression exercée par la hausse des prix du café et du cacao n’a pas pu être entièrement compensée par des améliorations de l’efficacité et des augmentations de prix. En conséquence, le rendement du capital investi a également diminué, passant de 14,1% à 12,7%.

Les analystes ont été impressionnés par les détails des chiffres de 2025. Mais cela en dit long sur Nestlé : même lors d’une année difficile, l’entreprise génère un flux de trésorerie disponible de 9,2 milliards de francs suisses.

En 2026, le groupe prévoit une croissance organique comprise entre 3 et 4%, grâce à une augmentation des volumes de ventes. Ce chiffre pourrait dépasser 4% à moyen terme. Anna Manz a également souligné que la pression sur les marges persiste. Cependant, à partir du second semestre, une amélioration de la marge brute et donc de la marge bénéficiaire opérationnelle sous-jacente sont attendues pour l’ensemble de l’année. Le flux de trésorerie disponible devrait à nouveau dépasser les 9 milliards de francs suisses.

Lors de la conférence téléphonique, les journalistes se sont également interrogés sur le scandale lié à la poudre de lait pour bébé contaminée. Navratil a abordé ces questions avec assurance, estimant que cet incident ne constituerait pas un fardeau à long terme pour l’entreprise. Toutefois, le rappel et l’arrêt de la production auront un impact sur la croissance organique d’environ 90 points de base au premier trimestre.

Les défis restent nombreux

Mais Nestlé n’est pas à l’abri des défis. Aux États-Unis en particulier, on observe une polarisation croissante de la demande : les consommateurs à faibles revenus sont de plus en plus sensibles aux prix, tandis que le segment haut de gamme connaît une forte croissance. Certains investisseurs pourraient être déçus que le secteur américain des produits surgelés, encore peu performant, ne soit pas vendu. Pour Navratil, des produits comme Hot Pockets offrent un bon point de contact avec les clients.

La fusion de la division santé avec la division nutrition marque la fin d’un chapitre. Les sciences de la santé n’ont jamais répondu aux attentes. Mais la croissance structurellement élevée de cette nouvelle unité commerciale ne s’est pas encore concrétisée. Parallèlement, la recherche d’un partenaire pour le secteur de l’eau, également en difficulté, s’est accélérée en janvier. Selon Navratil, Nestlé Waters devrait être déconsolidée d’ici 2027.

De nombreux observateurs auraient préféré des mesures encore plus radicales. Lors de la conférence téléphonique, Navratil a également dû expliquer pourquoi, selon lui, Nestlé n’est pas trop grande. Sa conviction qu’une approche de portefeuille large, avec des marques mondiales et une présence locale, est viable semblait sincère. Le PDG devra prouver que cette voie est la bonne à long terme.

Dans ce contexte, il a livré aujourd’hui la première partie de son programme. La pire chose à faire serait maintenant de créer des attentes trop élevées. Nestlé ne peut pas se permettre de nouvelles déceptions. Le PDG Navratil et la directrice financière Manz en sont pleinement conscients. En conséquence, je considère que les perspectives sont conservatrices et que le redressement est bien engagé.

Je maintiens donc ma recommandation d’achat sur les actions.

Cordialement,

Gabriella Chasseur

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