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Deux décennies de rébellion… – Slugger O’Toole

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Publié le 19 février 2026 à 09h24. Le gouvernement nord-irlandais, et plus précisément le DUP, suscite la controverse en consacrant 425 000 £ à la célébration de la Déclaration d’indépendance américaine, un geste qui interroge sur sa pertinence dans le contexte actuel de l’Irlande du Nord.

  • Le DUP souhaite souligner le rôle des émigrés d’Ulster dans la guerre d’indépendance américaine.
  • Les idées qui ont inspiré la rébellion américaine ont également influencé les mouvements de résistance en Irlande, notamment parmi les presbytériens.
  • L’investissement public soulève des questions sur l’utilisation des fonds publics et la nécessité de revisiter l’histoire presbytérienne locale.

La décision du ministre du DUP, Gordon Lyons, d’allouer 425 000 £ (environ 475 000 €) à la commémoration de la Déclaration d’indépendance américaine a ravivé le débat sur les liens historiques entre l’Irlande du Nord et les États-Unis. Au-delà de la simple célébration, cette initiative semble vouloir mettre en avant le rôle joué par les émigrés d’Ulster dans la lutte pour l’indépendance américaine, un récit souvent négligé.

Cependant, l’histoire est plus complexe qu’il n’y paraît. L’influence de cette époque fut loin d’être unilatérale. Si les idées d’indépendance ont voyagé de l’Ulster vers l’Amérique, elles sont également revenues en Irlande, alimentant les mouvements de résistance contre la domination britannique. Comme le souligne l’historien Robert Kee et Simon Schama, les idées et les événements peuvent avoir des répercussions bien au-delà de leurs frontières d’origine.

L’impact des idées révolutionnaires se manifeste notamment à travers la figure de Thomas Paine, un intellectuel anglais qui s’est rendu en Amérique en 1774. Son pamphlet, « Le Bon Sens », publié en 1776, a dénoncé l’idée d’une monarchie héréditaire et a plaidé pour l’autonomie de l’Amérique, où l’État de droit serait le « roi ». Ce texte a eu un retentissement considérable, non seulement aux États-Unis, mais aussi en Angleterre et en France. Les autorités ont tenté de le censurer, mais en vain. En France, Paine fut accueilli en héros lors de la Révolution française de 1789 et élu à la Convention nationale en 1792.

L’exemple de la rébellion américaine a encouragé d’autres mouvements de résistance. Treize ans plus tard, la Révolution française éclatait, suscitant des réactions contrastées en Angleterre. Le politicien anglais Edmund Burke, consterné par ces événements, publia en 1790 « Réflexions sur la Révolution française », un pamphlet dans lequel il mettait en garde contre les dangers du chaos et de la dictature militaire. Paine lui répondit avec son ouvrage « Les Droits de l’homme », défendant la Révolution française et diffusé à plus d’un million d’exemplaires au Royaume-Uni et des dizaines de milliers en Irlande. Ce livre, vendu à bas prix pour être accessible à la classe ouvrière, fut largement discuté dans les tavernes, les cafés et les lieux de culte presbytériens et quakers à travers l’Irlande.

À cette époque, les presbytériens d’Irlande, souvent considérés comme des dissidents par rapport à l’Église anglicane officielle, étaient particulièrement réceptifs à ces idées. Ils ne reconnaissaient pas le « droit divin des rois » et croyaient en un pacte entre Dieu, le souverain et le peuple, impliquant une loyauté conditionnelle. Ils étaient également confrontés à des discriminations, notamment le paiement de la dîme à l’Église anglicane, ce qui les rapprochait des catholiques. De nombreuses villes d’Ulster possédaient des terres, appelées « Le Glèbe », réservées au clergé anglican, privant les autres confessions de ces ressources.

En 1798, les presbytériens d’Irlande se joignirent à la rébellion contre la domination britannique, mais celle-ci fut brutalement réprimée. Les villes considérées comme unionistes furent incendiées par les forces britanniques, et de nombreux presbytériens furent pendus, torturés ou exilés en Amérique. Le pasteur presbytérien Robert Magill témoigna de l’horreur de ces événements, décrivant les têtes exposées sur des piques et les châtiments corporels infligés aux rebelles.

Après la répression, le gouvernement britannique prit des mesures pour diviser les presbytériens et les catholiques, en leur accordant des concessions distinctes. Les presbytériens furent autorisés à occuper des fonctions publiques et reçurent des subventions, tandis que les catholiques restèrent exclus. On les encouragea également à rejoindre les Yeomanry (milices locales) et l’Ordre d’Orange.

L’auteur de cet article, qui a grandi dans une famille presbytérienne à Ballymoney, souligne que l’histoire de l’implication presbytérienne dans la rébellion de 1798 a été largement oubliée. Ce n’est qu’en rencontrant John Robb qu’il a pris conscience de la complexité de cet héritage. Il estime que les 425 000 £ alloués par le DUP devraient être utilisés pour promouvoir une compréhension plus nuancée de l’histoire presbytérienne, en reconnaissant son rôle dans la lutte pour l’indépendance et la justice sociale.

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