Publié le 21 février 2026 à 12h54. L’artiste et prêtre clarétin Maximino Cerezo Barredo, connu pour ses peintures murales engagées en faveur des plus démunis, est décédé, laissant derrière lui un héritage visuel vibrant de l’Évangile et de la théologie de la libération.
- Décès de Maximino Cerezo Barredo, figure majeure de l’art religieux engagé.
- Son œuvre, marquée par la théologie de la libération, a donné une voix aux populations marginalisées d’Amérique latine et d’Espagne.
- Ses peintures murales et dessins ont servi de support à la catéchèse et à l’engagement social.
Né à Villaviciosa (Asturies) en 1932, Maximino Cerezo Barredo entra chez les Clarétains et fut ordonné prêtre en 1960. Rapidement, il comprit qu’il pouvait allier son sacerdoce à son art. Après une première expérience aux Philippines, sa vocation prit un tournant décisif en 1970 lorsqu’il fut envoyé en mission au Pérou. C’est là qu’il commença à réaliser de vastes peintures murales, comme celle de Histoire du salut à Juanjuí, où les pauvres pouvaient se reconnaître dans les scènes bibliques.
Son œuvre s’est ensuite étendue au Pérou, au Brésil, au Panama, au Nicaragua, au Mexique et au Guatemala, toujours avec la même volonté : incarner l’iconographie religieuse en mettant en scène les paysans, les populations indigènes et les personnes marginalisées comme acteurs principaux de l’histoire de Dieu.
De nombreux observateurs l’ont surnommé « le peintre de la théologie de la libération », en raison de son engagement profond avec ce courant théologique, les communautés ecclésiastiques de base et l’option préférentielle pour les pauvres. Il précisait lui-même : « Ma peinture n’a pas de message neutre. Elle crie à la libération », convaincu qu’il était impossible d’être chrétien sans défendre les droits des opprimés.
En étroite collaboration avec son ami et frère de congrégation, Pedro Casaldáliga, il a notamment réalisé des peintures murales dans la prélature de São Félix do Araguaia, dont Conquête des terres monopolisées, où la croix se dressait au milieu des conflits fonciers et de la violence envers les agriculteurs.
« Il faut choisir, mais opter pour les pauvres n’est pas être contre les riches. Opter pour les pauvres, c’est vouloir que les riches fassent de même », expliquait-il, résumant ainsi sa spiritualité et son esthétique.
Au-delà de ses grandes fresques, Cerezo s’est fait connaître pour ses dessins simples, aux lignes épurées et à la forte charge symbolique, destinés « aux pauvres et aux croyants d’Amérique latine » pour la catéchèse, les calendriers et le matériel pastoral. À travers l’Atelier de matériel d’évangélisation au Panama, ses caricatures ont circulé sur tout le continent et en Europe, devenant un véritable « langage commun » pour les communautés de base.
Il a également collaboré régulièrement avec des médias tels que Religion Numérique, où ses illustrations et ses réflexions ont accompagné pendant des années la lecture de l’actualité à la lumière de la foi.
Dans une de ses dernières interviews, déjà nonagénaire au sein de la communauté clarétine de Salamanque, il résumait son parcours : « Ma peinture s’est toujours incarnée dans les différentes réalités que j’ai dû vivre » ; « L’essentiel pour nous, disciples de Jésus, est de revenir aux racines », à la personne du Christ, pour que l’Église « ne se soucie pas tant d’elle-même que de l’annonce de l’Évangile ».
Aujourd’hui, ses couleurs témoignent de ce retour aux sources : un Évangile dessiné d’en bas, où les pauvres occupent le centre de la toile et où Dieu se révèle, obstinément, dans leurs visages. Repose en paix, professeur et frère Mino Cerezo. Nous continuerons à apprécier vos vignettes chaque semaine.