Publié le 22 février 2026 08:16:00. Une courte vidéo générée par intelligence artificielle mettant en scène Brad Pitt et Tom Cruise a déclenché une vive inquiétude à Hollywood, ravivant le débat sur l’impact de l’IA générative sur l’industrie du divertissement et la protection de la propriété intellectuelle.
- Un réalisateur irlandais a publié un clip hyperréaliste créé entièrement par IA, suscitant l’émoi.
- Les studios de cinéma et les syndicats d’acteurs s’inquiètent de la violation potentielle des droits d’auteur et de la menace pour les emplois.
- L’outil d’IA utilisé, Seedance 2.0, permet de créer des vidéos de qualité cinématographique à partir de simples invites textuelles.
L’intelligence artificielle générative (IAg ou GenAI), capable de créer du contenu original – texte, images, vidéos, audio – à partir de requêtes textuelles, est au cœur d’une controverse croissante. Si les premières créations de l’IA étaient souvent facilement reconnaissables à leurs imperfections, les progrès récents ont rendu les productions de plus en plus réalistes, soulevant des questions éthiques et juridiques complexes.
La récente flambée d’inquiétude a été déclenchée par Ruairi Robinson, un réalisateur irlandais nominé aux Oscars, qui a partagé sur les réseaux sociaux un court clip d’environ 15 secondes. La vidéo met en scène Brad Pitt et Tom Cruise dans une scène d’action au sommet d’un gratte-ciel, avec des combats chorégraphiés, des dialogues et une musique immersive. L’illusion est parfaite, à tel point qu’il serait difficile de distinguer cette scène d’un extrait d’un véritable blockbuster.
Le point crucial ? Ni Brad Pitt, ni Tom Cruise, ni aucun membre d’équipe n’ont participé à la création de cette vidéo. Elle a été entièrement générée par intelligence artificielle à partir d’une simple invite textuelle. Robinson a utilisé Seedance 2.0, un outil développé par la société chinoise ByteDance, à l’origine de TikTok. Selon IBM, cet outil combine images, vidéos, audio et texte pour générer du contenu cinématographique de haute qualité, avec des fonctionnalités avancées de contrôle et de personnalisation.
Seedance 2.0 est conçu pour être accessible. L’utilisateur saisit simplement quelques mots pour décrire la scène souhaitée, et l’IA se charge du reste. Plus la description est précise, plus le résultat final se rapproche de la vision initiale. La simplicité d’utilisation de cet outil a rapidement captivé l’attention des internautes, qui ont commencé à expérimenter et à partager leurs propres créations.
La réaction de l’industrie du divertissement n’a pas tardé. Walt Disney a déjà envoyé une mise en demeure à ByteDance, accusant l’entreprise de fournir à Seedance une « bibliothèque piratée » de ses personnages et comparant cette action à un « saccage virtuel » de sa propriété intellectuelle. Le syndicat SAG-AFTRA, qui représente plus de 160 000 professionnels du secteur, a également publié une déclaration ferme :
« SAG-AFTRA se range aux côtés des studios pour condamner la violation flagrante permise par le nouveau modèle vidéo d’IA de Bytedance, Seedance 2.0. Cette violation inclut l’utilisation non autorisée des voix et des apparences de nos membres. C’est inacceptable et cela compromet la capacité des talents humains à gagner leur vie. Seedance 2.0 ne respecte pas la loi, l’éthique, les normes de l’industrie et les principes fondamentaux du consentement. Le développement responsable de l’IA exige des responsabilités, et cela n’existe pas ici. »
SAG-AFTRA
ByteDance a répondu en affirmant qu’elle prenait des mesures pour renforcer les garanties et empêcher toute utilisation non autorisée de la propriété intellectuelle, sans toutefois préciser les détails de ces mesures.
Au-delà des questions juridiques, ce débat soulève une interrogation fondamentale : quelle importance accordons-nous au processus créatif lui-même ? Privilégions-nous la rapidité et la facilité de production offertes par l’IA, ou valorisons-nous l’expertise, la passion et le travail acharné des artistes et des créateurs ? La boîte de Pandore est ouverte, et l’avenir de l’industrie du divertissement est en pleine mutation.

Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne représentent ni ne reflètent les opinions de RTÉ.