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La ligne floue entre tolérance et rejet

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Le champ de l’immunologie est en pleine mutation, remettant en question des dogmes établis depuis près d’un siècle. La conception traditionnelle d’un système immunitaire rigide, opposant le « soi » au « non-soi », évolue vers une vision plus nuancée, intégrant la tolérance et la reconnaissance de formes anciennes.

Pendant longtemps, les scientifiques ont considéré que le système immunitaire avait pour mission première d’identifier et de détruire toute entité étrangère pénétrant dans l’organisme. Au XIXe siècle, ce débat impliquait aussi bien des philosophes et des théologiens que des biologistes et des mathématiciens, aboutissant à un consensus sur la nécessité de préserver les cellules et les produits chimiques vitaux de l’hôte.

Cette vision a commencé à évoluer au début du XXe siècle avec la découverte du potentiel des protéines sériques à identifier des molécules biologiques spécifiques. Par la suite, des systèmes hautement organisés et réactifs, tels que la cascade du complément et les immunoglobulines (anticorps), ont été identifiés.

Les tentatives de transplantation suite aux blessures de guerre de la Seconde Guerre mondiale ont conduit à la découverte de propriétés spécifiques à chaque individu, notamment les antigènes leucocytaires humains (HLA) et les complexes majeurs d’histocompatibilité (CMH), surnommés « auto-marqueurs ». Ces découvertes, combinées aux travaux de Frank Macfarlane Burnet sur le rôle essentiel des lymphocytes dans la médiation immunitaire, ont permis de mieux comprendre le fonctionnement du système immunitaire.

Les lymphocytes, dotés de récepteurs spécifiques à leur surface, sont capables de reconnaître et de lier les protéines étrangères. Une fois liés, ces lymphocytes sont marqués pour la destruction. Les protéines propres, en revanche, ne sont pas affectées.

Dans les années 1980, Charles Janeway a émis l’hypothèse que le système immunitaire ne se concentrait pas uniquement sur les antigènes protéiques envahissants, mais également sur des récepteurs présents à la surface des globules blancs innés, dotés de mémoire et hérités de génération en génération. Cette théorie a remis en question la définition classique en deux phases de la réponse immunitaire cellulaire et humorale, qui comprend une première réponse innée générale suivie d’une réponse adaptative spécifique si nécessaire.

La théorie la plus récente envisage un système inné basé sur la « reconnaissance de formes anciennes », intégré à une connaissance évolutive de ce qui est dangereux ou non. Cette nouvelle approche inclut un niveau de tolérance plus élevé envers certains « éléments étrangers » qui ne présentent pas de menace. Le rôle du système immunitaire évolue ainsi, passant de celui de policier frontalier à celui de gestionnaire de transit.

Ce nouvel intérêt pour la plasticité du système immunitaire est motivé par des observations qui contredisaient les croyances classiques. Par exemple, les chercheurs ont constaté que les cellules fœtales qui passent dans la circulation sanguine maternelle peuvent continuer à se développer sans être attaquées, ce qui suggère une « tolérance fœtale-maternelle », appelée microchimérisme. Un phénomène similaire a été observé avec le microbiome, les bactéries qui semblent intégrées aux systèmes de contrôle endocrinien et neurologique.

En immunologie de transplantation, il est désormais possible d’utiliser des interventions pharmacologiques pour inciter le système immunitaire du receveur à accepter à contrecœur des tissus étrangers qui ne correspondent pas parfaitement à son propre type de tissu.

Le domaine de l’immunologie reconnaît de plus en plus que les humains sont des hôtes volontaires de milliards de microbes. La manière exacte dont ces microbes obtiennent une « carte de séjour » reste un mystère, mais leur rôle essentiel dans le fonctionnement physiologique normal est indéniable. Une réponse immunitaire mal orientée peut, en revanche, entraîner des réactions cataclysmiques comme l’anaphylaxie, ou des inflammations chroniques autodestructrices, comme dans le cas de maladies auto-immunes telles que l’anémie hémolytique ou la polyarthrite rhumatoïde.

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