Publié le 25 février 2026. Des exercices navals impliquant l’Iran au large de l’Afrique du Sud ont ravivé les tensions avec les États-Unis et soulèvent des questions sur la position diplomatique de Pretoria au sein du groupe BRICS.
- Les États-Unis ont critiqué la participation de l’Iran à des exercices navals organisés dans le cadre du groupe BRICS+, jugeant cette présence « moralement répréhensible » compte tenu de la répression en cours en Iran.
- L’Afrique du Sud a tenté de minimiser l’incident, affirmant que l’initiative revenait à la Chine et que Pretoria n’était qu’un hôte. Une enquête a été lancée pour déterminer si les instructions présidentielles ont été respectées.
- Cet épisode s’inscrit dans un contexte de détérioration des relations entre l’Afrique du Sud et les États-Unis, notamment suite à la position de Pretoria concernant le conflit israélo-palestinien et à des accusations de soutien indirect à la Russie.
La participation de navires iraniens à des manœuvres militaires au large des côtes sud-africaines a provoqué une crise diplomatique avec Washington, mettant en lumière les difficultés croissantes de l’Afrique du Sud à naviguer entre les grandes puissances. Ces exercices, baptisés « Volonté de Paix 2026 », ont rassemblé du 9 au 16 janvier des navires de Chine, de Russie, d’Iran, des Émirats arabes unis et de l’Afrique du Sud, avec l’Indonésie, l’Éthiopie, le Brésil et l’Égypte en tant qu’observateurs.
La réaction américaine a été particulièrement vive, les responsables jugeant « moralement indéfendable » l’accueil par l’Afrique du Sud de forces navales iraniennes, alors que Téhéran est accusé de réprimer violemment ses propres citoyens. Selon l’Agence France-Presse, Washington estime que Pretoria ne peut pas prétendre donner des leçons au monde sur la justice tout en collaborant militairement avec un régime répressif.
Cet incident s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre l’Afrique du Sud et les États-Unis. Les relations se sont dégradées après que Pretoria a porté Israël devant la Cour internationale de Justice pour des violations présumées de la Convention sur le génocide à Gaza. Des accusations de soutien indirect à la Russie dans le conflit ukrainien, notamment en raison de la neutralité de Pretoria aux Nations unies et de l’incident impliquant un navire russe sanctionné par les États-Unis près du Cap, ont également contribué à la détérioration des relations. En mai 2025, le président américain Donald Trump a ouvertement accusé Pretoria d’avoir permis un « génocide blanc », alléguant que le gouvernement ne protégeait pas suffisamment les agriculteurs blancs.
L’Afrique du Sud a tenté de limiter les dégâts en affirmant que l’exercice était de routine et non aligné. Le président Cyril Ramaphosa aurait même ordonné l’exclusion de l’Iran le 9 janvier, mais Pretoria a ensuite rejeté la responsabilité sur la Chine, affirmant que Pékin avait pris l’initiative d’inviter l’Iran. Une enquête a été lancée le 16 janvier par la ministre de la Défense Angie Motshekga pour déterminer si les instructions présidentielles avaient été ignorées ou mal communiquées. Reuters rapporte que cette enquête est un aveu que le contrôle civil sur la diplomatie de défense pourrait s’affaiblir.
L’Inde, qui préside actuellement les BRICS, s’est publiquement distanciée de l’exercice, soulignant qu’il n’était ni institutionnel ni représentatif du bloc. New Delhi a rappelé que tous les membres des BRICS n’y avaient pas participé et qu’elle n’avait jamais pris part à des exercices ad hoc similaires. Indian Defence News précise que l’Inde a souligné la différence entre cet exercice et IBSAMAR, l’exercice maritime trilatéral Inde-Brésil-Afrique du Sud.
Au-delà des implications diplomatiques, cet incident pourrait avoir des conséquences économiques pour l’Afrique du Sud. Les États-Unis ont déjà imposé des droits de douane allant jusqu’à 40 % sur certaines exportations sud-africaines et ont exprimé leur réticence à soutenir la participation de Pretoria au sommet du G20 de Miami en 2026. Newsonair rapporte que l’épisode iranien ne fait qu’aggraver cette aliénation.
En fin de compte, « Volonté de Paix 2026 » ne signale pas une scission formelle au sein des BRICS, mais met en évidence l’absence d’une vision stratégique partagée au sein du groupe et la difficulté croissante de l’Afrique du Sud à s’orienter dans la politique des grandes puissances. À mesure que les BRICS se développent et que la polarisation géopolitique s’accentue, les choix de Pretoria soulèvent des questions sur la signification du non-alignement, la cohésion des blocs émergents et les coûts réels de la signalisation diplomatique.
Samir Bhattacharya est chercheur associé à l’Observer Research Foundation.
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