Dijon rend hommage à Jean Dampt, un artiste multidisciplinaire méconnu, à travers une exposition rétrospective captivante au musée des Beaux-Arts. Sculpteur, ébéniste et orfèvre, Dampt a laissé une empreinte singulière sur l’art de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, marquée par un univers onirique et une sensibilité poétique.
L’exposition présente un ensemble varié d’œuvres, allant de statues émouvantes comme Diane regrettant Actéon, Saint Jean-Baptiste enfant (1880) et Ismaël mourant de soif (1870), à des bustes d’enfants et des autoportraits. L’on perçoit chez ce sculpteur une finesse remarquable, un artiste dont les premiers biographes soulignaient sa capacité à donner forme à ses rêves grâce à une habileté technique exceptionnelle.
Cependant, c’est dans ses réalisations d’ébéniste et d’orfèvre que l’on découvre les chefs-d’œuvre de Dampt. Le Lit des Heures (1896), avec ses nombreuses figures sculptées, invite au repos et à la rêverie, portant l’inscription : « À songe d’or celui qui dort sans un remords ». La statuette de La Fée Mélusine et du chevalier Raymondin (1894), enlacés dans un baiser, témoigne d’un talent orfèvre sublime.
La vie de Jean Dampt, considéré par les historiens de l’art comme un artiste symboliste, a été profondément marquée par la Première Guerre mondiale. En 1919, la ville de Dijon lui confia la conception d’un monument aux morts. La maquette initiale, visible dans l’exposition, représentait une Victoire aux ailes déployées soutenant un soldat mort, portée par un char tiré par deux chevaux.
Ce projet, cependant, ne rencontra pas l’adhésion du public, qui y voyait davantage un symbole de défaite que de victoire. Dampt, outré par ces critiques, s’insurgea : « Les critiques qui ont été faites sont enfantines et ne portent que sur des détails. Que penseriez-vous d’un écrivain qui demanderait à ses lecteurs le plan du roman qu’il veut écrire ? »
Face à l’opposition, Dampt céda et proposa trois autres projets en août 1921. Naïs Lefrançois, commissaire de l’exposition, explique que « On ne conserve aucune archive visuelle de ces projets, mais on sait qu’il en effectua une synthèse pour aboutir à son projet final ». Après de longues hésitations, que l’artiste considérait comme un « temps précieux perdu », le projet fut finalement approuvé en 1922 et inauguré deux ans plus tard.
Le monument, intitulé Monument de la Victoire et du Souvenir, visait à honorer à la fois les morts et les vivants, la Victoire récompensant de ses lauriers ceux qui étaient tombés pour la France. On peut admirer cette œuvre controversée sur le rond-point Edmond-Michelet à Dijon. Elle témoigne de l’obsession de Dampt pour les monuments aux morts, une préoccupation qui l’accompagna jusqu’à sa mort en 1945.
L’exposition au musée des Beaux-Arts de Dijon, visible jusqu’au 8 mars, offre ainsi une plongée fascinante dans l’univers d’un artiste complexe et sensible, dont l’œuvre mérite d’être redécouverte.