Home International À l’intérieur du plan de 35 milliards de dollars pour suivre les missiles hypersoniques depuis l’espace

À l’intérieur du plan de 35 milliards de dollars pour suivre les missiles hypersoniques depuis l’espace

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L’Agence de développement spatial (SDA) du ministère de la Défense américaine s’apprête à déployer une constellation inédite de satellites en orbite basse (LEO) pour renforcer la surveillance des menaces balistiques, une initiative qui soulève des questions sur les coûts, les délais et la maturité technologique.

Ce projet ambitieux, connu sous le nom d’Architecture spatiale de chasseurs de guerre proliférés (PWSA), vise à assurer une surveillance spatiale continue et des communications fiables pour détecter les lancements de missiles et suivre leurs trajectoires. Il s’inscrit dans un contexte de montée des tensions géopolitiques et de développement d’armes hypersoniques par des puissances comme la Russie et la Chine.

Selon un rapport récent du Government Accountability Office (GAO) transmis au Congrès, la SDA a déjà investi près de 11 milliards de dollars (environ 10,2 milliards d’euros) dans ce programme, dont le coût total est estimé à 35 milliards de dollars (environ 32,5 milliards d’euros) d’ici à l’exercice 2029. Le GAO souligne cependant que l’agence doit faire preuve de plus de réalisme et de transparence concernant les risques liés à la mise en œuvre de ce système complexe.

Traditionnellement, la détection des missiles repose sur la surveillance de la chaleur et de la lumière émis par les propulseurs de fusée lors du lancement. Les premiers satellites américains équipés de capteurs infrarouges, lancés dans les années 1970 dans le cadre du programme de soutien de la défense, opéraient depuis des orbites géosynchrones (GEO) à environ 36 000 kilomètres au-dessus de la Terre. Ces satellites pouvaient ainsi observer en permanence une zone spécifique du globe.

Le système infrarouge spatial (SBIRS), développé au milieu des années 1990 pour remplacer le programme de soutien de la défense, a apporté des améliorations significatives en termes de robustesse des données. Cependant, le GAO met en garde contre l’émergence de nouvelles menaces, notamment les missiles hypersoniques russes et chinois, qui sont plus difficiles à détecter et à suivre. De plus, la Chine développe des capacités anti-satellites, telles que des armes à énergie dirigée et des systèmes de guerre électronique, qui pourraient rendre les satellites américains vulnérables.

La SDA mise sur une constellation de 300 à 500 satellites en orbite basse pour pallier ces faiblesses. Les satellites LEO, situés à quelques centaines de kilomètres d’altitude, offrent une meilleure résolution et une plus grande réactivité, mais nécessitent un nombre plus important de satellites pour assurer une couverture mondiale continue. Chaque satellite ne peut observer qu’une petite portion de la surface terrestre pendant une courte période, environ 10 minutes.

Le déploiement de cette constellation se fait par tranches. La tranche 0 (T0), lancée en avril 2023, comprenait 27 satellites, dont 19 dédiés au transport de données et 8 à l’alerte antimissile. Les résultats de T0 ont démontré la capacité de suivre un missile balistique à courte portée tout au long de son vol et de transmettre des données au sol. La tranche 1, lancée en septembre et octobre 2025, comprendra 128 satellites pour le transport de données et 26 pour le suivi.

Le GAO souligne que la SDA n’a pas suffisamment sollicité les retours d’expérience des utilisateurs militaires sur les démonstrations de la tranche 0 et qu’elle manque d’évaluations approfondies de la maturité technologique des composants clés du système. En conséquence, l’agence pourrait être trop dépendante des estimations fournies par les sous-traitants et avoir du mal à établir des délais de développement réalistes.

« SDA n’a pas pris de mesures pour comprendre l’éventail des risques liés à la fourniture de capacités MW/MT en évaluant la maturité technologique », indique le rapport du GAO. « En l’absence de telles évaluations, SDA reste trop dépendante des estimations de maturité technologique fournies par les sous-traitants et manque d’informations clés pour mieux développer des délais de développement réalistes. »

Le programme PWSA prévoit également le développement d’une technologie de communication laser spatiale pour faciliter l’échange de données entre les satellites et les stations au sol. Cependant, le GAO relève que cette technologie est encore en développement et que des retards ont été constatés.

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