Kathy Burke livre un récit poignant et plein d’esprit dans son autobiographie, « A Mind of My Own ». L’actrice et réalisatrice britannique y évoque son enfance difficile, marquée par la perte prématurée de sa mère, mais aussi par la résilience et l’humour salvateur qui l’ont toujours accompagnée. Ce livre, fruit d’une promesse faite à son père mourant, est une célébration vibrante de la vie, loin des clichés misérabilistes souvent associés aux classes populaires.
C’est à l’âge de 18 mois seulement que Kathy Burke perd sa mère, Bridget, emportée par un cancer de l’estomac. Un drame qui, selon ses propres mots, lui a conféré une notoriété précoce et inattendue dans sa communauté. Élevée par ses frères aînés, John et Barry, alors âgés de dix et huit ans, et parfois par leur père, Pat, l’actrice dépeint un tableau familial complexe. Pat Burke, longtemps aux prises avec l’alcoolisme et la violence, a lutté pour subvenir aux besoins de sa famille, qu’il avait formée après avoir quitté l’Irlande pour s’installer à Londres. C’est dans le quartier d’Islington que les Burke ont grandi, au sein d’une cité où les voisins ont joué un rôle essentiel dans l’éducation et le soutien des enfants.
Au soir de sa vie, en 1994, Pat Burke a confié deux dernières volontés à sa fille : qu’elle arrête de fumer et qu’elle se mette à écrire. Trente années plus tard, Kathy Burke concède avoir finalement accompli la seconde requête. Son expérience de vie, souvent méconnue dans un milieu du divertissement majoritairement issu des classes moyennes et supérieures, transparaît dans son ouvrage. Loin d’une vision morose, le livre irradie une joie palpable et revigorante, même lorsqu’il aborde des moments douloureux.
L’autobiographie est ponctuée d’anecdotes révélatrices, comme celle de sa petite enfance devant un stand de glaces. Une inconnue, annonçant avoir gagné au bingo, propose d’offrir des friandises aux enfants. S’adressant à la jeune Kathy, elle lance d’une cruauté désarmante : « Oh, tu es laide ! » Au lieu de succomber à la tristesse, la fillette transforme l’humiliation en autodérision : « Je suis la meilleure danseuse au bal des vilains insectes, pourtant », rétorque-t-elle, esquissant une petite danse pour amuser la galerie. Cette capacité à apaiser la douleur par l’humour devient un fil conducteur tout au long du récit.
Les années 1970 et 1980 voient une Kathy Burke adolescente explorer Londres avec l’effervescence de la jeunesse et l’énergie du mouvement punk. Son parcours est jalonné de rencontres marquantes. Elle croise Johnny Rotten, le leader des Sex Pistols, qu’elle salue d’un « Fous-toi à l’eau ! » impromptu, avant de rencontrer les membres du groupe The Clash. Elle a même failli devenir leur road manager, mais choisit finalement d’intégrer la prestigieuse école de théâtre Anna Scher, décision qui lancera sa carrière d’actrice, scénariste et réalisatrice.
Bien que principalement connue pour ses rôles comiques, Kathy Burke rappelle aussi ses talents d’actrice dramatique. Ses débuts sur scène, notamment avec le duo musical Raw Sex, sont décrits comme une période anarchique et joyeuse, où les provocations au public faisaient partie du spectacle. Dans les années 1990, elle se fait remarquer dans la série culte « Absolutely Fabulous », puis accède à une immense popularité grâce à ses rôles dans les émissions de sketchs de Harry Enfield. Son personnage de Perry, dans le sketch « Kevin and Perry », inspiré d’un ami, connaîtra même les honneurs d’un film.
L’actrice n’hésite pas à pointer les préjugés du milieu artistique. Elle évoque un producteur étonné de sa capacité à adopter des accents autres que le sien, ou encore sa collaboration avec Danny Boyle sur la mini-série « Mr. Wroe’s Virgins », dont elle décrit le réalisateur comme un « prêtre suffisant de mon enfance ». Elle relate également sa participation au film « Elizabeth », où elle incarne une Marie Tudor malade et mémorable. Le réalisateur Shekhar Kapur, intrigué par le fait qu’elle puisse jouer une reine malgré ses origines modestes, lui fera remarquer son étonnement face à son passé ouvrier. Ces souvenirs, teintés d’une frustration latente, révèlent une colère sourde qui bouillonne sous la surface du récit.
Le livre s’achève sur l’annonce de sa retraite de l’acting, prise afin de se consacrer pleinement à la mise en scène de théâtre. Une décision communiquée lors de l’émission pour enfants « SMTV Live ». Kathy Burke laisse ainsi entrevoir la richesse de ses expériences et l’espoir que ses récits continuent de captiver, qu’elle soit sous les feux des projecteurs ou dans l’ombre de la direction artistique. Son autobiographie, « A Mind of My Own », est une œuvre singulière, empreinte d’une authenticité rare et d’une force narrative indéniable.