L’annulation par la Cour suprême des droits de douane mis en place par l’administration Trump a provoqué un rebond des marchés boursiers et une baisse du dollar américain et des obligations du Trésor. Cette décision, bien que saluée par les investisseurs à court terme, soulève des questions quant à son impact sur le déficit budgétaire, l’inflation et la politique monétaire.
La réaction initiale des marchés obligataires s’est traduite par une légère hausse des rendements, ramenant le taux à 10 ans autour de 4,10 %. L’impact le plus significatif concerne les finances publiques. Les droits de douane avaient contribué à atténuer les inquiétudes liées au déficit, et leur suppression pourrait obliger le Trésor américain à augmenter l’émission d’obligations pour compenser la perte de revenus. Les résultats réels de 2024 étaient inférieurs à ceux de la même période l’année précédente, et les recettes tarifaires avaient joué un rôle crucial dans la gestion du déficit.
L’évolution future des taux d’intérêt dépendra en grande partie de l’impact de cette décision sur l’inflation. Si de nouveaux droits de douane sont introduits sous une autre forme – un scénario considéré comme probable – la pression inflationniste pourrait persister, voire s’intensifier. Cependant, d’autres mesures tarifaires alternatives pourraient être temporaires et moins efficaces. De plus, le Congrès pourrait choisir de ne pas adopter de nouvelle législation permettant au président d’imposer des droits de douane étendus, ce qui limiterait l’impact sur l’inflation, mais creuserait le déficit budgétaire.
À ce stade, le risque le plus important réside dans l’aggravation du déficit budgétaire, ce qui pourrait entraîner une hausse des rendements obligataires. Une reprise économique significative nécessiterait une réduction substantielle des intentions tarifaires de l’administration actuelle. Les analystes prévoient désormais une trajectoire du taux à 10 ans vers 4,25 %, avec un resserrement de la courbe des taux, ramenant l’écart entre les taux à 2 et 10 ans autour de 75 points de base.
Le dollar américain a légèrement baissé, tandis que les monnaies des pays à forte croissance économique ont progressé. Cette dynamique pourrait renforcer la résilience des économies exportatrices. Les devises scandinaves et le dollar australien, particulièrement sensibles aux risques et à la croissance mondiale, ont enregistré les meilleures performances. Cependant, le dollar canadien et le peso mexicain pourraient accuser un retard en raison de la renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en juillet.
Bien que la décision de la Cour suprême soit susceptible de faire l’objet de contestations juridiques pendant plusieurs mois, les experts macroéconomiques doutent de la durabilité de cet allègement tarifaire. Un autre facteur de risque est la possibilité d’une baisse du dollar due à des raisons moins favorables, notamment une détérioration des obligations du Trésor américain. À court terme, la situation géopolitique en Iran et son impact potentiel sur les prix du pétrole (une hausse de 10 à 20 dollars le baril) pourraient également influencer les marchés des changes.
Les marchés boursiers ont favorablement accueilli la nouvelle, anticipant des résultats d’entreprise plus favorables grâce à la pause dans les droits de douane. Les contrats à terme sur les actions américaines ont augmenté d’environ 0,7 %, tandis que les contrats à terme sur le Dax allemand ont progressé d’environ 0,5 %. Les données récentes montrent que les investisseurs étrangers ont massivement acheté des actions de la zone euro en décembre dernier, atteignant des niveaux jamais vus depuis fin 2021. Tant que les prix de l’énergie resteront stables, cette tendance pourrait se poursuivre.