Publié le 11 février 2026 19:04:00. Une délégation de l’alliance Sumud s’est activement employée à Addis-Abeba, en Ethiopie, à convaincre les acteurs clés de l’Union africaine de maintenir la suspension du Soudan, estimant que les conditions qui ont motivé cette décision en 2021 sont toujours d’actualité.
- L’alliance Sumud a mené des consultations avec des pays influents au sein de l’Union africaine et les membres du Conseil africain de paix et de sécurité.
- Le porte-parole de Sumud, le Dr Bakri El Jak, insiste sur l’absence de gouvernement légitime au Soudan comme principal obstacle à la paix.
- L’Égypte a pris la présidence du Conseil africain de paix et de sécurité pour la session en cours.
À la veille du sommet de l’Union africaine, une délégation de l’Alliance civile démocratique des forces révolutionnaires (Sumud) a intensifié ses efforts diplomatiques à Addis-Abeba. L’objectif : maintenir la suspension de la participation du Soudan aux activités de l’UA, une mesure prise initialement en 2021 suite au coup d’État militaire. Les représentants de Sumud ont rencontré des « pays influents » dans le processus décisionnel de l’Union, ainsi que les 15 membres du Conseil africain de paix et de sécurité (AUPSC), l’instance chargée de suspendre ou de rétablir l’adhésion des États membres en cas de violation de la Charte constitutive de l’UA.
Le 48ème sommet ordinaire du Conseil exécutif de l’UA se tiendra les 11 et 12 février 2026, avant de culminer avec le Sommet des chefs d’État et de gouvernement les 14 et 15 février 2026.
Selon le Dr Bakri El Jak, porte-parole de Sumud, les raisons qui ont conduit à la suspension du Soudan demeurent valables.
« La principale raison de la suspension de l’adhésion du Soudan existe toujours, en raison de l’absence d’un gouvernement légitime et de la poursuite du coup d’État contre la légitimité issue de la révolution. La seule variable dans l’équation est le déclenchement de la guerre et la tentative de l’utiliser pour restaurer la légitimité, ce que nous considérons comme l’un des objectifs des parties qui ont déclenché le conflit. »
En 2021, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA avait décidé de suspendre la participation du Soudan à toutes les activités de l’organisation, en attendant la mise en place d’un gouvernement dirigé par des civils. Cette suspension avait été brièvement levée, mais rétablie le 25 octobre 2021, suite au coup d’État mené par le général Abdelfattah El Burhan, qui a dissous les organes de transition et instauré l’état d’urgence.
Le Soudan avait également suspendu sa participation à l’IGAD le 20 janvier 2024, en signe de protestation contre la participation du commandant des Forces de soutien rapide (RSF), Mohamed Hamdan Dagalo « Hemedti », à un sommet organisé en Ouganda. La récente annonce d’une possible reprise de l’adhésion du Soudan à l’IGAD avait été perçue comme une tentative de préparer le terrain à un retour au sein de l’UA.
L’alliance Sumud ne critique pas l’Union africaine en tant qu’institution, mais plutôt la manière dont le dossier soudanais est traité.
« Nos critiques ne visent pas l’Union africaine en tant qu’institution, ni les positions positives qu’elle a adoptées en gelant l’adhésion du Soudan depuis le coup d’État du 25 octobre 2021, mais se concentrent sur la manière de traiter le dossier politique, qui manque de travail institutionnel et considère la crise soudanaise comme un événement passager et non comme un processus long et complexe. »
Par ailleurs, une délégation dirigée par le chef de l’alliance, le Dr Abdallah Hamdok, est arrivée lundi à Addis-Abeba pour rencontrer les délégations participant au sommet africain. L’objectif est de présenter la vision de Sumud pour la paix et d’appeler les pays africains à redoubler d’efforts pour mettre fin au conflit au Soudan.
Le Dr El Jak a également critiqué l’organisation de réunions avec les parties soudanaises sans consulter au préalable les acteurs concernés sur la légitimité de ces participants, estimant que cette approche est improductive. Il a reconnu les efforts déployés par l’Égypte et l’Algérie pour rétablir l’adhésion du Soudan à l’UA, mais a réaffirmé que les conditions qui ont conduit à la suspension sont toujours réunies.
L’Égypte a récemment pris la présidence du Conseil africain de paix et de sécurité pour la session en cours, succédant à la République démocratique du Congo. Créé en 2003, ce conseil est chargé de la prévention et de la résolution des conflits en Afrique et est composé de 15 pays.
Selon Sumud, la question de la légitimité est désormais l’obstacle majeur à la paix au Soudan. L’alliance estime que l’Union africaine ne devrait pas accorder une légitimité unilatérale à l’une des parties, car cela risquerait de compliquer davantage la crise et de prolonger la guerre.
« La situation qui s’est produite le 25 octobre est toujours en place et il n’y a toujours pas de gouvernement légitime. Notre position est ferme et nous restons opposés à cette approche, non pas par intrigue politique, mais par conviction qu’elle complique davantage la scène politique. »
L’alliance Sumud continuera à œuvrer pour la paix et pour la mise en place d’une autorité légitime capable de gérer la période de transition et de sortir le Soudan de sa crise actuelle.