L’île allemande d’Amrum, écrin de beauté naturelle, sert de toile de fond à un récit poignant sur l’enfance nazie. Le nouveau film de Fatih Akin, simplement intitulé « Amrum », explore les souvenirs d’un scénariste ayant vécu sur l’île à la fin de la Seconde Guerre mondiale, offrant un regard glaçant sur la banalité du mal.
- Le film « Amrum » suit le quotidien d’un jeune garçon de douze ans, Nanning, dont le père est un officier SS.
- L’histoire est basée sur les mémoires autobiographiques de Hark Bohm, qui a fui vers Amrum à la fin de la guerre.
- Le film établit un parallèle troublant avec « La Zone d’Intérêt », explorant la vie quotidienne nazie avec un détachement saisissant.
L’idylle d’Amrum, avec ses dunes de sable et son littoral baigné par la mer du Nord, contraste violemment avec l’histoire que raconte le nouveau film de Fatih Akin. « Amrum » plonge le spectateur dans l’univers d’un garçon de douze ans, Nanning, dont le père est un Obersturmbahnführer SS – un grade élevé au sein des Schutzstaffel (SS). Sa mère, enceinte, incarne une épouse dévouée et une fervente partisane du régime nazi.
Le film est une adaptation autobiographique des souvenirs de Hark Bohm, le scénariste, qui a trouvé refuge sur l’île à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Amrum, à cette époque, offre un semblant de protection face aux horreurs de la guerre. Les habitants, bien que touchés par les difficultés, parviennent à survivre grâce à la pêche – notamment à la plie – et à l’agriculture de subsistance. Les enfants apprennent à chasser le lapin, et les récoltes de betteraves et de pommes de terre permettent de nourrir les familles. Nanning, lui, aide aux champs et est rémunéré en légumes, parfois même en un morceau de beurre s’il travaille bien.
La vie quotidienne de la famille de Nanning se déroule dans une vieille maison familiale, meublée de façon lourde et ornée de papier peint à motifs. La mère et les frères et sœurs attendent avec inquiétude le retour de la nourriture. Ce quotidien, d’une apparente normalité, est dépeint avec une froideur clinique qui rappelle « La Zone d’Intérêt », un autre film salué par la critique. Tous deux explorent la manière dont le nazisme pouvait s’intégrer dans la vie de tous les jours, avec une fascination pour le luxe – le miel, le pain blanc – en contraste avec la barbarie environnante.
« Amrum » interroge la manière dont les enfants, même ceux issus de familles de bourreaux, sont intégrés à l’idéologie meurtrière, qu’ils le veuillent ou non. Le film, à la fois esthétiquement beau et moralement exigeant, place le spectateur dans une position inconfortable, le transformant en témoin silencieux, comme la mer et le sable qui bordent l’île. Il provoque un véritable malaise, une sorte de mal de mer moral, face à l’absurdité et à l’horreur du passé.
Nina Asarnoj