Publié le 29 novembre 2023. La nomination du général à la retraite Glenny H. Kairupan à la tête de Garuda Indonesia, la compagnie aérienne nationale, suscite un vif débat. Cette décision, perçue par certains comme une récompense de loyauté plutôt qu’une reconnaissance de compétence, intervient alors que la compagnie aérienne ploie sous un endettement massif.
- Glenny H. Kairupan, un proche du président Prabowo Subianto, remplace un autre fidèle du ministre de la Défense.
- Garuda Indonesia affronte une crise financière majeure, avec des dettes à court terme dépassant largement ses actifs liquides.
- La nomination soulève des questions sur la primauté des liens politiques sur le mérite dans la gestion des entreprises publiques indonésiennes.
L’arrivée du général (à la retraite) Glenny H. Kairupan à la présidence-direction générale de Garuda Indonesia, la compagnie aérienne nationale indonésienne, a allumé un débat public. Le cœur du problème : la question de savoir si les amitiés peuvent véritablement redresser une entreprise en difficulté. Glenny H. Kairupan, qui a partagé des missions de combat avec le ministre de la Défense Prabowo Subianto, succède à Wamildan Tsani, également un proche du ministre. Bien que dépourvu d’expérience dans la gestion de grandes structures ou dans le secteur aérien, Glenny H. Kairupan est largement considéré comme l’un des conseillers de confiance de Prabowo Subianto. Cette nomination nourrit ainsi les inquiétudes quant à un possible favoritisme politique, suggérant que le changement de direction vise moins à restaurer les finances de Garuda qu’à récompenser la fidélité au sein du cercle présidentiel.
La situation financière de Garuda demeure alarmante. En juin 2025, la compagnie aérienne déclarait des dettes à court terme s’élevant à 1,3 milliard de dollars américains, contrastant avec des actifs à court terme de seulement 211 millions de dollars américains. Ce déséquilibre criant de liquidités témoigne des difficultés financières persistantes de l’entreprise. Le passif total de 133,2 billions de roupies indonésiennes (environ 8,1 milliards de dollars) dépasse encore l’actif total de 108,2 billions de roupies, et ce, malgré un prêt d’actionnaire de 6,65 billions de roupies octroyé par le fonds d’actifs de l’État Danantara, dans le cadre d’un programme de financement plus large de 16,3 billions de roupies destiné à soutenir les opérations de maintenance, de réparation et de révision de Garuda. Néanmoins, cette injection de fonds n’a pas réussi à apaiser les turbulences opérationnelles de la compagnie, la contraignant à entamer une nouvelle phase de restructuration.
L’ascension de Glenny H. Kairupan illustre l’influence persistante des relations personnelles avec Prabowo Subianto sur les nominations au sein des entreprises publiques indonésiennes. Le nouveau dirigeant et Prabowo Subianto sont tous deux issus de la même promotion de l’Académie militaire indonésienne (AKABRI) en 1973, leur camaraderie remontant à l’époque de leur formation. Sur son site personnel, Prabowo Subianto a relaté le courage dont a fait preuve Glenny H. Kairupan en réussissant à faire atterrir des hélicoptères pour évacuer des soldats blessés lors d’opérations au Timor oriental. Glenny H. Kairupan est par ailleurs membre du conseil d’administration du parti Gerindra de Prabowo Subianto pour le mandat 2020-2025, confirmant son alignement politique.
Cette décision met en lumière un défi récurrent dans le paysage de la gouvernance indonésienne : la politisation des postes de direction au sein des entreprises publiques (BUMN). De telles nominations constituent un recul pour le principe de méritocratie, les liens politiques prenant de plus en plus le pas sur les qualifications professionnelles. Sur les 652 postes de commissaires et de cadres dans les entreprises publiques, 165 seraient occupés par des personnes affiliées au parti Gerindra. L’estompage des frontières entre loyauté politique et service public risque d’affaiblir l’indépendance des institutions, d’éroder la confiance du public et de dissuader les investissements.
Bien que les liens étroits de Glenny H. Kairupan avec le président puissent garantir un soutien gouvernemental accru pour le redressement de Garuda, son manque d’expérience dans le secteur aérien et la restructuration d’entreprises soulève des doutes quant à sa capacité à mener à bien une opération de redressement aussi complexe. Un transporteur national évoluant sur des marchés mondiaux volatils requiert des dirigeants dotés d’une expertise technique, managériale et financière avérée, et non de simples relations politiques. Pour de nombreux observateurs, cette nomination renforce la perception que, dans le système indonésien des entreprises d’État, les relations priment encore sur les compétences.
Afin d’apporter un équilibre au niveau de la direction, le gouvernement, actionnaire majoritaire de Garuda, a nommé Thomas Sugiarto Oentoro au poste de directeur général adjoint et Frans Dicky Tamara comme commissaire. Tous deux apportent une solide expérience dans le domaine de l’aviation et devraient contribuer à assurer la stabilité opérationnelle. Le remaniement inclut également deux profils internationaux : Balagopal Kunduvara, ancien de Singapore Airlines, nommé directeur des finances et de la gestion des risques, et Neil Raymond Mills, ex-directeur de la transformation chez Norwegian Airlines. Leur intégration offre une lueur d’espoir quant à l’apport de rigueur professionnelle et d’expertise mondiale pour guider la restructuration en cours de Garuda.