Publié le 2025-10-02 14:22:00. Des scientifiques ont mis en évidence une curieuse anomalie gravitationnelle dans l’océan Atlantique, potentiellement liée à des phénomènes géomagnétiques globaux et à des mouvements de matière profonde dans le manteau terrestre.
- Une anomalie de gravité inhabituelle a été détectée au-dessus de l’océan Atlantique par l’expérience Grace (Gravity Recovery and Climate Experiment) de la NASA et du Centre aérospatial allemand (DLR).
- Les chercheurs suggèrent que cette anomalie pourrait être la manifestation de changements rapides de densité au niveau de la limite noyau-manteau, influençant potentiellement le champ géomagnétique de la Terre.
L’analyse des données collectées par les satellites Grace, qui mesurent avec précision les variations du champ de gravité terrestre, a révélé une perturbation significative entre 2006 et 2008. Cette anomalie, s’étendant sur environ 7 000 kilomètres, se caractérise par un gradient de gravité abrupt, passant d’une zone de forte attraction à une zone de faible attraction.
Initialement, l’équipe dirigée par la géophysicienne Charlotte Gaugne Gouranton de l’Université de Paris Cité a tenté d’expliquer ce phénomène par des variations des eaux de surface ou des fluides souterrains. Cependant, ces hypothèses n’ont pas suffi à rendre compte de l’ampleur et de la nature de la perturbation détectée.
Les recherches ultérieures ont conduit les scientifiques à explorer des causes plus profondes. Ils avancent l’hypothèse que des redistributions de masse rapides à grande profondeur, au niveau de la limite entre le noyau externe et le manteau terrestre, pourraient être à l’origine de cette anomalie. Ces redistributions seraient liées à des changements dans la transition de phase du minéral bridgmanite, le plus abondant sur Terre, sous l’effet d’une pression et d’une chaleur intenses.
Cette transition de phase, dépendant de la température, pourrait être déclenchée par des hétérogénéités thermiques se déplaçant dans le manteau terrestre. La différence de densité (~ 100 kg/m³) entre les deux phases de la bridgmanite lors de cette transformation pourrait créer des anomalies de masse significatives.
Les chercheurs suggèrent que ces mouvements profonds dans le manteau pourraient, à leur tour, influencer le noyau externe et modifier le champ géomagnétique terrestre, expliquant ainsi les « secousses géomagnétiques » enregistrées par les observatoires à l’échelle mondiale. Ces secousses sont définies comme des changements soudains dans l’évolution du champ magnétique terrestre, observées notamment en 1991, 1999 et 2003.
« Nous proposons que des redistributions rapides de masse en profondeur puissent résulter de changements temporels dans la profondeur de la transition de phase de la pérovskite (PV) à la post-pérovskite (PPV) de la bridgmanite, le principal minéral du manteau inférieur, en présence d’hétérogénéités dans les panaches remontant du manteau africain », expliquent les auteurs de l’étude.
Il reste désormais à déterminer comment les changements observés à la limite noyau-manteau affectent la dynamique du noyau externe et le champ géomagnétique. L’étude, publiée dans Geophysical Research Letters, soulève la question de l’existence d’autres événements rapides similaires dans le manteau profond durant la période d’observation de Grace.