La saison des résultats trimestriels s’ouvre cette semaine sur fond d’indices boursiers américains en territoire record, mais avec des signaux économiques divergents. Si le secteur technologique, porté par l’intelligence artificielle, promet une envolée de ses bénéfices, les ménages les plus modestes se montrent plus prudents face à une inflation persistante.
Les grandes banques américaines, à l’instar de JPMorgan Chase, Citigroup et Wells Fargo, donneront le coup d’envoi ce mardi à une période clé pour l’évaluation des entreprises. Malgré un contexte gouvernemental tendu, les principaux indices boursiers américains ont atteint des sommets, témoignant d’un optimisme mesuré du marché. Pour la première fois depuis fin 2021, les analystes de Wall Street ont relevé leurs prévisions de bénéfices, tablant sur une croissance globale de 8 % sur un an pour les sociétés du S&P 500, marquant ainsi un neuvième trimestre consécutif d’expansion. La croissance des revenus est quant à elle estimée à 6,3 %.
Cependant, cette embellie masque une réalité économique de plus en plus polarisée, où les entreprises axées sur l’intelligence artificielle et les géants financiers devraient performer, tandis que d’autres secteurs peinent à s’adapter à un consommateur plus vigilant et à une inflation tenace.
Les grandes banques, premières à dévoiler leurs cartes
Le secteur financier s’annonce comme un des piliers de cette saison des résultats. Les banques, qui ont bénéficié d’un environnement de taux d’intérêt élevés ces deux dernières années, commencent à ressentir les effets de ce contexte, tout en faisant face à de nouveaux défis. Trois axes seront particulièrement scrutés dans leurs rapports :
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Les marchés des fusions-acquisitions (M&A) et des introductions en bourse (IPO) : Si le volume des transactions M&A reste en deçà des records, leur valeur a connu un bond significatif au troisième trimestre 2025, atteignant 1,26 billion de dollars à l’échelle mondiale, soit une hausse de 40 % par rapport à l’année précédente. Ce dynamisme, marqué par un nombre record de méga-transactions (plus de 10 milliards de dollars), témoigne d’une recherche d’échelle par les entreprises. Parallèlement, le marché des IPO montre des signes de reprise, avec 150 annonces au troisième trimestre, le meilleur trimestre depuis la fin 2021. Les succès récents dans la technologie et la fintech, tels que CoreWeave et Circle Internet, confirment un appétit retrouvé des investisseurs.
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Le crédit et les dépôts : L’effet positif des taux d’intérêt élevés sur les bénéfices des banques s’estompe. Le revenu net d’intérêt (NII), qui mesure la différence entre les gains sur les prêts et les coûts des dépôts, devrait connaître une croissance modeste ou se stabiliser. La concurrence accrue pour les dépôts, les clients se tournant vers des comptes à plus haut rendement, contraint les banques à augmenter leurs rémunérations. La demande de nouveaux prêts reste atone en raison des coûts d’emprunt élevés, bien que les banques aient montré un certain optimisme au deuxième trimestre. La qualité du crédit, bien que globalement stable, sera étroitement surveillée, avec une attention particulière portée à l’immobilier commercial et aux emprunteurs à revenus faibles et moyens.
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Le trading : La volatilité des marchés, alimentée par les incertitudes sur la politique de la Réserve fédérale, l’inflation et la géopolitique, offre des opportunités aux desks de trading. Les fluctuations des taux d’intérêt et la politique monétaire divergente des banques centrales mondiales devraient avoir stimulé l’activité dans le domaine des produits de taux et de change (Fixed Income, Currencies, and Commodities – FICC), un avantage pour des institutions comme JPMorgan et Citigroup. Les marchés actions, quant à eux, ont bénéficié d’afflux d’ETF et d’une stratégie de « buy the dip » (acheter à la baisse) renouvelée.
L’IA, moteur de la technologie, creuse le fossé
Le secteur technologique, et notamment les poids lourds du « Mag7 », devrait encore une fois dominer cette saison des résultats. La « course aux armements en matière d’IA » se traduit par une multitude de partenariats et d’accords multimilliardaires. Les entreprises fournissant les infrastructures nécessaires à cette révolution devraient afficher des performances exceptionnelles, avec une croissance des bénéfices estimée à plus de 20,9 % pour les sociétés technologiques du S&P 500. Des acteurs comme Nvidia et les fabricants de semi-conducteurs sont particulièrement attendus. Le secteur des logiciels d’entreprise devrait également tirer parti des investissements dans les solutions basées sur l’IA. Il est désormais difficile d’imaginer une entreprise sans une stratégie IA à présenter, tant ce domaine représente environ 40 % de la croissance du PIB américain cette année.
Un consommateur divisé, entre optimisme et prudence
Alors que la technologie profite à certains, le segment inférieur du marché de consommation suscite des inquiétudes croissantes. Les rapports des grandes surfaces et des entreprises de biens de consommation courante, attendus dans le courant du mois, donneront des indications sur la santé de « Main Street ». On s’attend à ce que les acheteurs se montrent « soucieux de la valeur », et que la bataille pour les parts de marché entre les marques traditionnelles et les alternatives moins chères s’intensifie. Les secteurs des biens de consommation de base et des biens discrétionnaires devraient enregistrer une baisse de leurs bénéfices par action (BPA), signe que l’euphorie des dépenses post-pandémiques pourrait s’essouffler.
La saison des résultats du troisième trimestre 2025 devrait atteindre son pic entre le 27 octobre et le 14 novembre, avec plus de 2 000 rapports attendus chaque semaine. Le 7 novembre est pressenti comme le jour le plus chargé, avec 1 238 entreprises annonçant leurs chiffres.
En somme, cette saison s’annonce comme celle de la dichotomie des marchés. Si le secteur technologique maintient sa dynamique impressionnante, le défi sera de savoir si le reste du marché pourra suivre. L’optimisme des analystes de Wall Street est un signe encourageant, mais il place la barre très haut pour les entreprises. Toute déception pourrait se traduire par une correction rapide et sévère de la part des investisseurs.