Publié le 2025-11-02 14:22:00. Alors que la première moitié de la législature a été marquée par des succès inattendus pour la gauche, la seconde s’annonce sous le signe d’un retour en force de l’UDC, favorisé par un climat d’incertitude économique et géopolitique.
- L’UDC, sous la houlette de Marcel Dettling, est créditée de plus de 30% des intentions de vote selon le baromètre électoral de la SSR.
- La gauche a remporté des victoires significatives, telles que l’acceptation de la 13e rente AVS et le rejet de l’extension de l’autoroute.
- Les dossiers de l’armée, des finances publiques et des relations avec l’Union européenne figureront au cœur des débats pour la seconde partie de la législature.
La scène politique suisse vit une période de bascule. Les élections de 2023 avaient vu une gauche portée par une « vague verte » confirmer ses acquis. Cependant, les derniers sondages, notamment le baromètre électoral de la SSR réalisé par l’institut Sotomo, indiquent un net regain de popularité pour l’UDC, qui pourrait dépasser les 30% des suffrages. Ce retour en force est particulièrement marqué dans les cantons, où l’UDC a largement dominé les élections ces deux dernières années, au détriment notamment du PLR et des Verts.
Ce changement de dynamique intervient dans un contexte international tendu, marqué par des menaces économiques et géopolitiques. Si une partie de la population suisse semble croire à une forme d’immunité nationale face aux turbulences mondiales, symbolisée par les craintes liées aux tarifs douaniers de Donald Trump ou encore la guerre en Ukraine, cette perception est loin d’être universelle. Les avertissements, parfois alarmistes, comme ceux de l’ambassadeur suisse auprès de l’OTAN, peinent à susciter une prise de conscience généralisée. La défense nationale, par exemple, ne préoccupe que 12% des personnes interrogées, selon le baromètre SSR, illustrant un décalage entre les enjeux internationaux et les priorités perçues par une partie de l’opinion publique.
Malgré cette tendance générale favorable à la droite, le paysage politique reste fragmenté. La première moitié de la législature a vu la gauche signer des succès électoraux notables, presque inimaginables il y a quelques années. L’initiative populaire pour une 13e rente AVS a été massivement acceptée, tout comme le refus de l’extension de l’autoroute. Le rejet de la réforme de la prévoyance professionnelle (LPP) est une autre victoire pour les forces de gauche et écologistes, qui démontrent leur capacité à mobiliser l’électorat sur des thématiques sociales.
Cependant, un mouvement de « contre-vague » semble s’opérer, notamment dans les domaines de l’environnement et du climat. Si la loi sur l’électricité a été validée, d’autres décisions, notamment au Conseil des États, témoignent d’une certaine « réflexion » qui n’est pas toujours en phase avec le mandat populaire. Le cas de la loi sur le matériel de guerre, qui assouplit certaines règles et pourrait heurter le principe de neutralité, illustre cette dynamique.
La seconde moitié de la législature s’annonce particulièrement chargée sur les fronts militaire et financier. L’augmentation du budget de l’armée, projetée à 1% du PIB d’ici 2032, suscite déjà des débats vifs, notamment sur le respect du frein à l’endettement. Les questions relatives aux approvisionnements et aux coûts des nouveaux équipements, comme le drone Hermes ou le chasseur F-35, alimenteront les discussions.
Sur le plan financier, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter (PLR) alerte sur des déficits abyssaux, tout en défendant le frein à l’endettement. Son plan d’aide 27 (EP27), visant à maîtriser la croissance des dépenses, est déjà source de tensions importantes. L’issue de ces discussions au Parlement reste incertaine, et une augmentation des impôts n’est pas exclue en cas d’échec du projet gouvernemental.
Au-delà de ces enjeux internes, les relations entre la Suisse et l’Union européenne risquent de prendre une place centrale. Le troisième paquet d’accords bilatéraux, s’il devrait passer la rampe du Parlement, soulève la question d’une soumission à la majorité des États. Les divisions sont déjà visibles, notamment au sein du PLR, où certains membres plaident pour une soumission au vote populaire malgré la position de leurs délégués. Les prochaines votations populaires, comme celle concernant l’initiative « 10 millions » contre l’immigration ou l’initiative sur la neutralité, donneront un aperçu des futures batailles électorales.