Publié le 9 mai 2009. À l’occasion de la réédition de son œuvre phare, C’était Nous, retour sur une rencontre exclusive avec Yûki Obata, la mangaka, lors du salon Mang’Azur en 2009, où elle a évoqué ses aspirations artistiques et les défis de la création manga.
- Yûki Obata exprime son désir de se lancer dans des projets personnels, libérés des contraintes éditoriales.
- L’auteure partage ses doutes quant à la qualité de son œuvre la plus connue, C’était Nous, initialement une commande.
- Une nouvelle édition double de C’était Nous est disponible, regroupant l’intégralité des 16 tomes en 8 volumes.
Yûki Obata, l’auteure de C’était Nous, s’est confiée lors de sa venue au salon Mang’Azur en avril 2009. Elle a abordé son parcours, ses motivations et les difficultés rencontrées dans le monde exigeant du manga. Lauréate du 42e concours des débutants de Shôgakukan en 1998 avec son histoire Gouttes de pluie, elle a ensuite été recrutée par l’éditeur et a publié ses œuvres dans la revue shôjo Bestucom. Parmi ses créations, on compte La Mélancolie de Sumiré, une série courte en deux tomes, et bien sûr, C’était Nous, son plus grand succès, qui a été adapté en série animée par le studio Artland et a remporté le Prix du meilleur shôjo en 2005 dans le cadre des 50e Shôgakukan Manga Award.
C’était Nous suit l’histoire de Nanami Takahashi, une jeune lycéenne qui cherche à se faire des amies. Son attention est rapidement captée par Yano Motoharu, un élève populaire et charismatique, mais qui cache un passé douloureux. L’intrigue explore la possibilité d’une relation entre les deux adolescents, malgré les secrets et les blessures de Yano.
Lors de cet entretien, Yûki Obata a exprimé son souhait de s’affranchir des contraintes éditoriales pour explorer des projets plus personnels. Elle a confié :
« J’avais déjà créé trois séries sur le thème des amours lycéens… L’équipe de la revue Betsucomi qui me publiait m’a demandé d’en dessiner une autre, mais de l’aborder sous un angle différent. J’ai donc eu l’idée de raconter la rencontre d’une jeune fille avec un garçon dont la copine vient de décéder. Quand j’ai commencé à travailler sur cette histoire avec Betsucomi, j’avais du mal à saisir la personnalité des écoliers et j’avais peur que le récit soit trop banal, trop lisse. J’ai quand même voulu continuer en respectant les contraintes imposées par mon éditeur et elle a finalement été bien reçue, donc c’est tant mieux. »
Yûki Obata, mangaka
Concernant la récente publication du 12e tome en France, l’auteure a simplement déclaré, avec un sourire :
« Les lecteurs attendaient la rencontre de deux personnages, elle arrive enfin… (Rires) »
Yûki Obata, mangaka
Yûki Obata a également abordé l’évolution de ses personnages au fil des tomes, préférant une progression graduelle à un développement trop rapide. Elle a souligné :
« Je ne tiens pas à faire mûrir mes personnages trop vite, j’aime que ça reste progressif. Bien sûr, ils deviennent tous adultes mais il leur arrive de régresser, puis d’avancer à nouveau. Dans C’était nous, j’ai souvent l’impression qu’ils ne font que régresser, je me demande s’ils progressent vraiment ou non ? (Rires) »
Yûki Obata, mangaka
Elle a également exprimé son inquiétude quant à la crédibilité des épreuves traversées par ses jeunes héros, se demandant si elles ne sont pas trop dures. Le rythme de publication, imposé par l’éditeur, est également une source de préoccupation pour l’auteure, qui estime qu’il peut entraver sa créativité. Elle a expliqué son processus de travail, qui commence par un synopsis du chapitre, puis par un premier dessin, le lui, qu’elle discute avec son équipe avant la publication.
Yûki Obata a enfin évoqué ses motivations à embrasser la carrière de mangaka, nourrie par sa passion pour le manga depuis son enfance et par le désir de traduire ses émotions à travers le dessin. Elle a conclu en exprimant son souhait de terminer C’était Nous avant de se consacrer à des projets plus personnels, où elle pourra pleinement exprimer sa propre vision artistique.
C’était nous, initialement publié entre 2002 et 2012 au Japon, est désormais disponible en édition double au prix de 15,99€, compilant les 16 tomes initiaux en 8 volumes.
Remerciement à Yuki Obata pour son temps et aux éditions Soleil Manga pour la mise en place de l’interview.