Publié le 2025-10-11 06:20:00. Les maladies rhumatologiques, premières causes de douleur et d’invalidité en Europe selon l’OMS, touchent environ 6 millions d’Italiens et nécessitent une meilleure prise de conscience pour un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée.
- Ces pathologies peuvent survenir à tout âge, y compris chez les enfants, et affectent de nombreuses personnes en âge de travailler.
- Une meilleure information sur les gestes de prévention (non-fumeur, alimentation saine, exercice, vaccination) peut réduire le risque ou retarder leur apparition.
- Le diagnostic précoce est crucial pour éviter des dommages irréversibles, mais il intervient souvent avec plusieurs années de retard.
Il est difficile de se lever le matin, de rester debout ou assis trop longtemps, d’accomplir des gestes du quotidien comme nouer ses lacets ou boutonner sa chemise. Pour près de 6 millions d’Italiens, ces difficultés sont le lot quotidien lié à l’une des plus de 150 maladies rhumatologiques répertoriées. Des affections aussi diverses que l’arthrose, l’ostéoporose, la polyarthrite rhumatoïde, la fibromyalgie, mais aussi des maladies plus rares et graves comme la sclérodermie, le lupus érythémateux ou le syndrome de Gougerot-Sjögren. Toutes partagent la capacité de toucher n’importe qui, y compris les enfants.
La Journée Mondiale des Maladies Rhumatologiques, célébrée le 12 octobre, vise à éclairer la souffrance des personnes atteintes et à sensibiliser le public pour encourager un diagnostic précoce.
Première cause de douleur et d’invalidité en Europe
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe les maladies rhumatologiques comme la cause principale de douleur et d’invalidité sur le continent européen. Pourtant, elles restent souvent sous-estimées. Le Dr Andrea Doria, président de la Société Italienne de Rhumatologie (SIR), déplore les idées reçues persistantes : « L’imaginaire collectif est encore marqué par des croyances erronées, notamment celle qu’elles ne toucheraient que les personnes âgées. Or, elles peuvent affecter les jeunes adultes, les femmes en âge de procréer, et même les enfants ». Un autre mythe tenace est celui de leur caractère inévitable. « Bien que la composante génétique soit importante pour de nombreuses maladies rhumatologiques, il est possible d’agir pour les prévenir », précise le Dr Doria. De simples comportements, tels que ne pas fumer, adopter une alimentation saine, pratiquer une activité physique régulière, maintenir un poids corporel adéquat et se faire vacciner contre les infections, peuvent réduire le risque ou retarder leur apparition. Ce d’autant plus que le risque de développer une maladie rhumatologique est accru de 10 % chez les proches de patients déjà atteints.
Des pathologies qui touchent aussi les jeunes
La diversité des maladies rhumatologiques se manifeste dans leurs facteurs de risque, leurs mécanismes d’action, les populations touchées (âgées, jeunes, enfants, hommes, femmes), leurs symptômes, leurs traitements et leurs complications. Elles se répartissent en plusieurs catégories :
- Maladies dégénératives : comme l’arthrose, liée au vieillissement naturel.
- Maladies inflammatoires : telles que les arthrites (polyarthrite rhumatoïde, arthrite psoriasique, etc.) et les spondylarthrites, provoquées par une inflammation chronique des articulations et parfois d’autres organes.
- Maladies auto-immunes systémiques : qui affectent plusieurs organes, y compris vitaux, à l’image des connectivites. Dans ces pathologies, le système immunitaire, dont le rôle est normalement de défendre le corps contre les agents extérieurs, se dérègle et attaque par erreur l’organisme lui-même.
- Maladies métaboliques : comme la goutte, résultant d’un métabolisme défaillant entraînant une accumulation excessive de certaines substances et des dommages tissulaires.
Diagnostic (encore tardif)
Lorsque la prévention n’est pas possible, un diagnostic précoce devient primordial. Malheureusement, il intervient encore trop souvent tardivement. Gian Domenico Sebastiani, ancien président de la SIR, souligne ces délais : « En moyenne, il faut sept ans pour diagnostiquer un rhumatisme psoriasique, cinq ans pour une spondylarthrite ankylosante, trois ans pour une sclérodermie et deux ans pour une arthrite ». L’absence de diagnostic et de traitement précoces peut entraîner des dommages irréversibles, avec des coûts considérables pour le système de santé (traitements, hospitalisations, réadaptation) et la société (arrêts de travail, perte de revenus, prestations d’invalidité). Le coût annuel total lié à la seule polyarthrite rhumatoïde en Italie dépasse les 2 milliards d’euros.
Il est donc essentiel de ne pas ignorer les symptômes.
Symptômes
Certains signes avant-coureurs ne doivent pas être négligés, car ils peuvent indiquer la présence d’une maladie rhumatologique :
- Douleur nocturne ou au repos, associée à un gonflement articulaire ou à une raideur matinale.
- Fatigue chronique persistante.
- Douleurs articulaires et musculaires continues.
- Extrémités des doigts froides, changeant de couleur (blanche, puis bleutée, enfin rouge) lors d’une exposition à des variations de température brusques (phénomène de Raynaud).
- Sensation de sécheresse oculaire ou buccale.
En présence d’un ou plusieurs de ces symptômes, il est conseillé de consulter son médecin traitant. En cas de suspicion, celui-ci pourra prescrire des examens diagnostiques et/ou orienter vers un spécialiste en rhumatologie.
Thérapies (la rémission est aujourd’hui possible)
Une fois le diagnostic confirmé, la prise en charge par le rhumatologue permet d’initier rapidement les traitements adaptés à chaque pathologie. L’objectif est d’éviter la progression de la maladie, et par conséquent, des handicaps graves et des dommages irréversibles, y compris aux organes vitaux pour les maladies systémiques. Grâce aux avancées de la recherche, de nombreux traitements permettent aujourd’hui de maîtriser ces affections, allant parfois jusqu’à la rémission.
« Au cours des 15 dernières années, l’arsenal pharmacologique s’est considérablement enrichi, fruit d’une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents », explique Roberto Caporali, président élu de la SIR. La nouvelle frontière est la « médecine personnalisée », qui vise à identifier « le bon médicament, pour le bon patient, au bon moment ». Par des investigations précises, l’analyse de biomarqueurs et de tissus, il est possible de personnaliser le traitement et de réduire le nombre de patients ne répondant pas à la thérapie. Cette approche, déjà éprouvée dans d’autres domaines, devient une réalité en rhumatologie.
La Société Italienne de Rhumatologie lance un appel aux institutions pour des « actions concrètes afin de lutter contre cette urgence sanitaire ». Parmi les priorités : des campagnes de prévention et d’information sur les symptômes et les modes de vie ; un diagnostic précoce et un accès équitable aux thérapies innovantes inscrites sur la liste des soins essentiels (LEA) ; le renforcement de la télémédecine et d’une approche multidisciplinaire ; une meilleure formation des médecins et pharmaciens pour un dépistage précoce et une observance thérapeutique optimale.
Le projet de recherche APMARR et CREA Sanità
À l’occasion de la Journée Mondiale, l’Association Nationale des Personnes atteintes de Maladies Rhumatologiques et Rares (APMARR) et CREA Sanità (Centre de Recherche Économique Appliquée à la Santé) lancent le projet de recherche « Maladies rhumatologiques en Italie : épidémiologie et équité d’accès aux soins ». La présentation est prévue à Rome le 16 octobre.
Ce projet, soutenu par un comité scientifique multidisciplinaire, vise à combler le déficit d’information sur la prévalence et l’incidence de certaines maladies comme la spondylarthrite, le lupus, ou la néphrite lupique. Il ambitionne également de collecter des données précises sur les dépenses privées des patients, leur qualité de vie, et de surveiller les listes d’attente pour les services spécialisés de rhumatologie dans les secteurs public et privé.
« Les listes d’attente représentent l’un des problèmes les plus urgents de notre système national de santé, impactant la santé des citoyens, l’équité d’accès aux soins et la perception de l’efficacité du système public », souligne Antonella Celano, présidente de l’APMARR. « Dans les pathologies rhumatologiques, parvenir à un diagnostic précoce est essentiel. Il est donc impératif de supprimer ces listes d’attente pour garantir un diagnostic et un traitement appropriés ». Elle conclut en insistant sur la nécessité de garantir « l’égalité d’accès pour tous les patients ».