Home Économie Au gré de Petro, Ecopetrol vendrait Permiam, l’actif le plus rentable, et perdrait 30% de sa valeur

Au gré de Petro, Ecopetrol vendrait Permiam, l’actif le plus rentable, et perdrait 30% de sa valeur

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Publié le 2025-10-20 16:15:00. Une possible cession par Ecopetrol de sa participation dans le champ pétrolifère du Permien aux États-Unis suscite une vive inquiétude sur les marchés et parmi les experts, soulevant des questions sur les répercussions financières et stratégiques pour la compagnie colombienne.

L’idée de vendre les actifs d’Ecopetrol dans le Permien, un gisement d’hydrocarbures situé au Texas, refait surface dans un contexte de tensions énergétiques et budgétaires en Colombie. Cette opération, portée par le président Gustavo Petro, pourrait entraîner une chute significative, estimée jusqu’à 30%, de la valeur des actions de la compagnie pétrolière nationale.

Le Permien représente actuellement l’atout le plus rentable du portefeuille d’Ecopetrol. Sa cession représenterait un coup dur, non seulement sur le plan financier mais aussi sur le plan stratégique, étant donné l’efficacité opérationnelle et la compétitivité de ce bassin par rapport aux opérations colombiennes. En effet, les coûts de transport y sont nettement inférieurs, oscillant entre 5 et 6 dollars le baril, contre 12 à 14 dollars en Colombie.

Le Permien, un pilier de la production d’Ecopetrol

Au premier semestre 2025, Ecopetrol produisait en moyenne 750 000 barils par jour, une part importante étant générée aux États-Unis. Exploité en partenariat avec Occidental Petroleum, le Permien a connu une croissance de 15,8% par rapport à l’année précédente, contribuant déjà à 15% de la production totale du groupe.

Selon les analyses, la production globale d’Ecopetrol a légèrement diminué au second trimestre 2025, notamment en raison d’une baisse de la production de gaz naturel. Le Permien fait figure d’exception avec une hausse de sa production de pétrole brut et de gaz, passant de 98,2 à 115,5 milliers de barils par jour. Une sortie du Permien réduirait ainsi la production totale d’Ecopetrol de 15%, soit une perte de ces 115 000 barils équivalents par jour.

Une vente des actifs du Permien, estimée à 5,5 milliards de dollars, pourrait se traduire par une baisse de 30% du cours de l’action.

Un coup dur pour les réserves et les finances

Sur le plan financier, les chiffres sont éloquents : la marge d’EBITDA du Permien atteint 76%, comparée à une moyenne de 35% à 40% pour les opérations en Colombie. Cette activité représente 14% de l’EBITDA total du segment exploration et production, constituant ainsi un pilier essentiel de la rentabilité de l’entreprise.

En cas de vente, Ecopetrol perdrait près de 189 millions de barils équivalents, soit 10% de ses réserves totales. Cette perte affecterait la stabilité future de l’entreprise et sa capacité à générer des liquidités et à investir. Il s’agit d’une menace potentielle pour l’une des principales sources de financement de l’État colombien, qui perçoit dividendes, impôts et redevances de la compagnie pétrolière.

La capitalisation boursière actuelle d’Ecopetrol s’élève à 18,47 milliards de dollars. Une baisse de 30% représenterait l’effacement de plus de 5 milliards de dollars de valeur marchande.

Experts et syndicats tirent la sonnette d’alarme

Les experts et les syndicats expriment de vives préoccupations quant à une éventuelle vente des actifs du Permien.

« Où que l’on se positionne, la vente des actifs du Permien par Ecopetrol est une mauvaise décision. Ils sont à l’origine de 15 % de la production et génèrent des profits croissants. Les vendre, sans savoir clairement dans quoi investir cet argent, ne semble pas être une décision stratégique ou tactique judicieuse. »

José Manuel Restrepo, ancien ministre des Finances et recteur de l’Université EAN

José Manuel Restrepo souligne qu’une vente à perte affecterait la Nation et les actionnaires minoritaires, qui pourraient même engager des poursuites judiciaires. Il s’interroge également sur le devoir fiduciaire des membres du conseil d’administration.

Le Syndicat des travailleurs (USO), le principal syndicat pétrolier, a également réagi vivement.

« Si l’intention du président Gustavo Petro de vendre sa participation dans le Permien était avérée, il commettrait une grave erreur. L’entreprise la plus importante des Colombiens serait menacée. »

Syndicat des travailleurs (USO)

Le syndicat rappelle les faibles coûts de transport dans le Permien comparés à ceux en Colombie, et met en garde contre la perte de 10% des réserves et de 14% de l’EBITDA du segment amont. Il évoque également un risque potentiel de faillite pour une source de financement majeure du pays.

L’USO rappelle que le gouvernement Petro a bénéficié de plus de 130 milliards de dollars d’Ecopetrol, principalement issus du pétrole et du gaz. « Si cette décision se concrétise, il n’y aura d’autre voie que la mobilisation et la protestation contre des mesures qui dégradent l’entreprise », préviennent-ils.

La réponse du gouvernement

Face à cette agitation, le ministre des Mines et de l’Énergie, Edwin Palma Egea, a appelé à la retenue et au respect des décisions entrepreneuriales.

« Les entreprises investissent et désinvestissent en fonction de leurs valorisations internes. Cela se produit quotidiennement partout dans le monde, y compris dans les compagnies pétrolières. Le monde change, le monde de l’énergie aussi. Toute annonce ici est faite pour ressembler à une apocalypse économique. »

Edwin Palma Egea, Ministre des Mines et de l’Énergie

Edwin Palma suggère qu’en cas de concrétisation de l’opération, Ecopetrol pourrait réinvestir ces ressources dans de nouveaux métiers énergétiques, en adéquation avec la transition promue par le gouvernement.

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