Publié le 9 octobre 2025. Au moins 421 projets de contrôle des inondations fantômes ont été identifiés à travers le pays. Le ministère des Travaux Publics et de la Voirie (DPWH) propose une révision des plafonds de dépenses de ses bureaux régionaux et de district pour endiguer la corruption.
- Plus de 400 projets de contrôle des inondations jugés inexistants ont été recensés suite à une validation d’environ 8 000 chantiers du DPWH.
- La majorité de ces projets « fantômes » se concentrent sur l’île de Luçon, selon le secrétaire du DPWH, Vince Dizon.
- Une recommandation vise à diviser par deux les pouvoirs d’approbation financière des bureaux régionaux et de district du DPWH.
MANILLE, Philippines – Les autorités philippines ont découvert l’existence d’au moins 421 projets de contrôle des inondations qui n’auraient jamais vu le jour, malgré les fonds qui leur auraient été alloués. Cette révélation a été faite par Vince Dizon, secrétaire du ministère des Travaux Publics et de la Voirie (DPWH), lors d’une conférence de presse ce jeudi 9 octobre. Ces projets, qualifiés de « fantômes », ont été identifiés après un processus de validation portant sur quelque 8 000 chantiers menés par le DPWH. L’opération de vérification s’est déroulée en étroite collaboration avec le ministère de la Défense nationale, les Forces armées philippines, la Police nationale philippine, ainsi que le ministère de l’Économie, de la Planification et du Développement.
Si le montant total des fonds détournés et la période de financement de ces projets frauduleux n’ont pas été précisés par le secrétaire Dizon, il a toutefois indiqué que la majorité d’entre eux se situaient sur l’île de Luçon. Cette découverte intervient dans un contexte de tensions croissantes, suite à des enquêtes parlementaires et des inspections inopinées menées par le président Ferdinand Marcos Jr. en août dernier. Ces actions avaient déjà mis en lumière des projets de lutte contre les inondations inexistants dans la province de Bulacan.
La Commission d’audit avait, quant à elle, transmis des rapports détaillés à la Commission indépendante pour les infrastructures (ICI), signalant des anomalies présumées dans plusieurs projets de contrôle des inondations, également dans la province de Bulacan. Ces rapports faisaient état de fraudes potentielles.
Recommandation de l’ICI
Face à ces découvertes, l’ICI a formulé une recommandation clé à l’intention du DPWH : réduire significativement le pouvoir de dépense de ses bureaux régionaux et de district pour les projets de travaux de génie civil. Actuellement, les bureaux régionaux peuvent approuver des projets jusqu’à une valeur de 400 millions de pesos philippins (environ 7,1 millions d’euros), tandis que les bureaux de district ont une limite de 150 millions de pesos (environ 2,7 millions d’euros). L’ICI souhaite ramener ces plafonds respectifs à 200 millions de pesos (environ 3,6 millions d’euros) pour les régions et à 75 millions de pesos (environ 1,3 million d’euros) pour les districts.
Cette proposition, adressée au DPWH le 4 octobre, vise à contrer les pratiques frauduleuses qui ont pris de l’ampleur. En 2022, sous l’impulsion de l’ancien secrétaire Manuel Bonoan, ces plafonds avaient été relevés. Avant cette directive, les bureaux de district ne pouvaient approuver que des projets jusqu’à 100 millions de pesos (environ 1,8 million d’euros) et les bureaux régionaux jusqu’à 300 millions de pesos (environ 5,4 millions d’euros).
Le tableau ci-dessous résume les changements dans les niveaux d’autorisation de dépenser et les ajustements proposés par l’ICI :
| Bureau DPWH | Avant l’ordonnance DPWH n° 195, art. 2022 | Pouvoir de dépenser actuel | Proposition de l’ICI |
| Bureau de district | 100 millions de pesos | 150 millions de pesos | 75 millions de pesos |
| Bureau régional | 300 millions de pesos | 400 millions de pesos | 200 millions de pesos |
La recommandation de l’ICI survient alors que les préoccupations relatives à la corruption au sein des différentes antennes du DPWH se multiplient. Le bureau d’ingénierie du 1er district de Bulacan est particulièrement sous le feu des projecteurs, suite à des allégations de collusion entre ingénieurs, politiciens et entrepreneurs. Brice Hernandez, ingénieur adjoint de ce district, a d’ailleurs révélé que tous les projets menés par le 1er district de Bulacan entre 2019 et 2025 étaient de qualité médiocre.
