Los Angeles – Le patron d’Instagram, Adam Mosseri, a défendu les pratiques de l’entreprise devant un tribunal californien, dans le cadre d’un procès historique qui examine le rôle des réseaux sociaux dans la crise de santé mentale des jeunes. L’affaire, qui pourrait avoir des conséquences majeures pour Meta et Google, met en lumière les algorithmes et les fonctionnalités des plateformes, accusés d’encourager une utilisation compulsive.
Au troisième jour des débats, Mosseri a insisté sur la distinction entre une utilisation problématique et une véritable addiction clinique, en réponse aux questions de Mark Lanier, l’avocat de la plaignante. « Je suis sûr que j’ai dû dire que j’étais accro à une série Netflix que j’ai regardée jusque tard », a-t-il déclaré, « mais je ne pense pas que ce soit la même chose qu’une addiction clinique. » Lanier a souligné que Mosseri n’avait aucune formation médicale ou psychologique pour faire de tels diagnostics.
Le procès se concentre sur le cas de Kaley G.M., une jeune femme de 20 ans qui a commencé à utiliser YouTube à l’âge de six ans, avant de se tourner vers Instagram, TikTok et Snapchat. Son dossier a été sélectionné comme cas test pour évaluer des milliers de plaintes similaires, accusant les réseaux sociaux d’être responsables d’une augmentation de la dépression, de l’anxiété, de l’anorexie et même des suicides chez les jeunes.
Mosseri a admis avoir pu utiliser le terme « addiction » de manière trop légère par le passé, notamment lors d’un podcast en 2020, mais a affirmé n’avoir jamais prétendu pouvoir diagnostiquer une addiction clinique. Il a également soutenu que l’Instagram de 2011, lorsque Kaley G.M. s’y est inscrite à 11 ans, était une application plus simple et moins risquée, axée sur le partage de photos et offrant moins d’options.
L’avocat de la plaignante a tenté de faire admettre à Mosseri qu’il existait une intention de fidéliser les jeunes utilisateurs le plus tôt possible, mais le dirigeant a nié cette accusation. Il a affirmé privilégier une vision à long terme, cherchant à « maximiser les avantages et à minimiser les inconvénients ». Sa rémunération, bien qu’incluant un salaire annuel de 900 000 euros, est principalement liée à la performance financière de la plateforme, avec des compensations en actions pouvant atteindre 10 à 20 millions d’euros par an.
Mosseri a également défendu la décision controversée de Mark Zuckerberg, en 2020, d’autoriser les filtres de chirurgie esthétique sur Instagram, malgré les objections internes concernant leur impact potentiellement négatif sur l’image corporelle des jeunes filles. D’autres responsables avaient plaidé pour le rétablissement de ces filtres afin de ne pas perdre des parts de marché face à la concurrence croissante de TikTok.
Le procès ne porte pas sur le contenu hébergé par les plateformes, mais sur les algorithmes et les fonctions de personnalisation qui encouragent le visionnage compulsif. Neal Mohan, le patron de YouTube, doit témoigner le 19 février. TikTok et Snapchat, également poursuivis, ont opté pour un accord confidentiel avant le début du procès. L’audience, prévue jusqu’au 20 mars, doit permettre aux 12 jurés de déterminer si Meta et Google ont sciemment conçu leurs plateformes pour exploiter la vulnérabilité des jeunes internautes, au détriment de leur santé mentale.
Dans la salle d’audience, des mères d’adolescents ayant mis fin à leurs jours étaient présentes, visiblement bouleversées, après avoir passé la nuit sous la pluie pour obtenir une place.