Publié le 2025-10-12 17:30:00. Un citoyen espagnol, floué de près de 250 000 euros dans des transactions immobilières présumées aux Canaries, voit sa plainte rejetée par la justice. La Cour suprême des Îles Canaries a statué que la victime avait manqué de vigilance, la rendant en partie responsable de sa propre escroquerie.
- Un homme a perdu 246 000 euros suite à des promesses d’investissements immobiliers fictifs.
- Le Tribunal Supérieur des Îles Canaries a acquitté le principal suspect, invoquant la « doctrine de l’autoprotection » de la victime.
- Cette décision soulève des questions sur la responsabilité de la victime dans les cas d’escroquerie.
Les faits remontent à novembre 2020. L’accusé parvient à convaincre sa victime de lui verser 50 000 euros pour l’acquisition d’un bungalow à El Cotillo, sur l’île de Fuerteventura. Les mois suivants, la tactique se répète avec de nouvelles sollicitations financières sous divers prétextes : 60 000 euros en janvier 2021 pour quatre appartements à Sardina del Sur, puis 48 000 euros trois mois plus tard pour des opportunités à Santa Cruz de Tenerife. En juin 2021, une demande de 48 000 euros supplémentaires est justifiée par un besoin de liquidités, et en 2022, 42 000 euros sont versés pour des investissements à Costa Calma.
Au total, la victime a effectué cinq virements totalisant 246 000 euros. Ce n’est qu’à la réalisation de l’escroquerie qu’elle a déposé plainte. L’accusé a depuis procédé au remboursement de 100 000 euros entre novembre 2022 et août 2023.
La justice pointe l’imprudence de la victime
La Cour suprême a souligné la durée de la manœuvre, s’étalant sur un an et demi, impliquant « beaucoup d’argent, de nombreuses opérations successives et un temps suffisant pour se rendre compte de l’erreur ». Les juges ont estimé que le comportement de la victime démontrait un « manque de prudence » tel qu’« aucune personne un minimum normale ne serait tombée dans le piège de cette erreur ». En appliquant la doctrine de l’autoprotection, le tribunal a jugé que la victime portait une part de responsabilité pour ne pas avoir pris les mesures élémentaires de protection face à la fraude.
La décision ajoute que l’affaire « met en évidence des intérêts d’une autre nature », laissant entendre que des motivations économiques ou personnelles auraient pu influencer les transactions. En conséquence, le tribunal a conclu à l’absence de comportement criminel avéré et a prononcé l’acquittement du suspect.
Cette décision rouvre le débat sur la frontière entre la naïveté et la culpabilité de la victime dans les affaires d’escroquerie. Des juristes interrogés par la publication espagnole rappellent que la doctrine de l’autoprotection, déjà appliquée dans d’autres jugements en Espagne, repose sur l’obligation pour la victime de faire preuve d’une diligence minimale avant de transférer des fonds ou de signer des contrats, surtout lorsqu’il s’agit de sommes importantes. Au Portugal, des cas similaires ont été observés, notamment dans des escroqueries en ligne et des montages financiers frauduleux. Cependant, les avocats mettent en garde contre une application trop stricte de ce principe, qui pourrait laisser sans recours les personnes émotionnellement vulnérables ou celles de bonne foi qui se fient à des transactions présentées comme légitimes.