Publié le 2023-10-26 10:00:00. L’amour excessif pour les chiens, autant que l’antipathie, semble atteindre des sommets inquiétants en Russie, engendrant tensions et comportements jugés excessifs, tant chez les propriétaires que chez ceux qui les côtoient. La situation soulève des questions sur la coexistence et les limites dans l’espace public.
La présence canine, autrefois perçue comme un élément familier, suscite aujourd’hui des réactions extrêmes. Qu’ils soient adorés au point d’envahir le quotidien ou rejetés avec véhémence, les chiens sont au cœur d’une polarisation croissante. L’auteur, lui-même propriétaire de plusieurs canidés, exprime une lassitude face aux deux extrêmes, constatant que la situation échappe à tout contrôle raisonnable.
L’espace public, nouveau terrain de jeu canin
Les exemples de cette dérive se multiplient. Des chiens de grande taille, comme les Malamutes ou les Alabais, sont régulièrement observés sans laisse, voire sans muselière, dans des lieux publics tels que les bureaux de poste ou les cours d’immeuble. Les propriétaires semblent peu enclins à respecter les règles, voire agressifs envers ceux qui osent exprimer leur mécontentement. Cette tendance s’étend aux grands molosses, tels que les Alabais ou les Cane Corso, qui pénètrent sans gêne dans les commerces, y compris les épiceries. Un Dogue du Tibet a ainsi été aperçu en train de flâner dans un supermarché, tandis que des altercations entre chiens et leurs maîtres ont éclaté dans des cafés.
La situation s’aggrave lorsque des animaux de compagnie, pourtant réputés peureux, sont introduits dans des lieux culturels ou de spectacle. La multiplication des incidents, comme celui d’une femme se battant avec un agent de sécurité pour faire entrer son caniche dans une clinique vétérinaire, témoigne d’une volonté de considérer les chiens comme des humains, au détriment de la vie sociale et des règles communes.
Quand le shopping tourne au cauchemar
Dans les supermarchés, l’intrusion canine prend une tournure encore plus dérangeante. L’odeur, les aboiements et le contact direct avec les produits deviennent monnaie courante. Des scènes où des chiens reniflent ou mordillent des légumes exposés, ou lèchent des cartons de lait, sont devenues habituelles. L’agencement des rayons est même adapté pour dissuader les chiens de sauter sur les aliments.
Les transports en commun ne sont pas épargnés. Si des compartiments dédiés existent, il n’est pas rare de voir des chiens, de toutes tailles, installés sur les sièges ou les couchettes, engendrant nuisances olfactives, salissures et aboiements intempestifs. Ces situations, autrefois considérées comme des anecdotes, sont aujourd’hui légion et exaspèrent une partie croissante de la population.
Entre amour passionnel et « zoochizophrénie »
L’auteur, qui reconnaît avoir eu des chiens, explique avoir dû s’en séparer en raison de contraintes urbaines et de leur tempérament, qu’il juge incompatible avec la vie en appartement. Il souligne la difficulté de concilier la présence de gros chiens avec celle des voisins, contrastant avec certains « amoureux des chiens » qui semblent ignorer cette réalité.
Cette attitude débridée mène à des conflits ouverts. Des altercations éclatent entre ceux qui défendent les droits des animaux et ceux qui privilégient la sécurité des enfants. Un incident notoire a vu une femme asperger d’eau une personne ayant éloigné son chien sale de sa petite-fille. Dans un autre cas, un propriétaire de bull-terrier a insulté un retraité pour avoir réprimandé son chien sans laisse.
À Saint-Pétersbourg, un élève a installé son chien sur un siège libre dans un trolleybus, obligeant une personne âgée à rester debout. La justification avancée par certains passagers – le chien était « fatigué » – a suscité un vif débat sur Internet, où certains ont estimé que la personne âgée aurait pu supporter.
La saleté et le bruit, nouveaux compagnons du quotidien
Les nuisances sonores sont également devenues insupportables. Les aboiements constants, des petits chiens derrière les portes aux plus grands dans les cours dès l’aube, ont perdu toute leur poésie pour devenir une véritable nuisance. La saleté laissée par les animaux dans l’espace public, malgré les efforts de quelques propriétaires responsables, contribue à un sentiment général de dégradation.
Ce comportement jugé excessif a engendré une lassitude collective, voire une haine chez certains citadins confrontés à une présence canine omniprésente. Une peur ancestrale des chiens, peut-être héritée d’un passé où la possession de chiens agressifs était valorisée, pourrait expliquer cette anxiété plus marquée en Russie qu’en Europe, où les grands chiens sont souvent plus tolérés en laisse.
Des mesures restrictives qui soulèvent des questions
Face à cette situation, les autorités ont commencé à prendre des mesures restrictives. Dans certaines régions, comme celle de Léningrad, les chiens doivent être tenus en laisse et muselés, et les enfants n’ont plus le droit de les promener seuls. Le nettoyage des déjections est désormais obligatoire, une femme à Moscou ayant même été verbalisée pour ne pas avoir nettoyé l’urine de son chien. Cette nouvelle législation soulève toutefois des interrogations quant à sa mise en œuvre pratique, notamment sur la gestion de l’eau pour rincer les urines.
L’auteur s’interroge sur le bien-être des chiens eux-mêmes, contraints à des conditions de vie jugées trop strictes. L’industrie du jouet pour chien et les concepts de « coins pour chiens » inspirés de la pédagogie Montessori témoignent d’une infantilisation canine qui semble échapper à tout contrôle. Des discussions sur l’interdiction de laisser les chiens seuls à la maison émergent, portées par des associations de défense des animaux.
L’escalade de la « zooshiza » et ses conséquences
Le phénomène de « zooshiza » – une obsession pour les animaux – prend des proportions inquiétantes. L’auteur relate des anecdotes où des voisins s’immiscent dans la vie privée des propriétaires, s’inquiétant du bien-être de leur animal laissé seul. Des vidéos de propriétaires en difficulté, comme une femme traînant un labrador boueux sous la pluie, sont utilisées pour des accusations de cruauté animale, même lorsque le propriétaire a attaché son chien devant un magasin.
La possession d’un chien devient ainsi un fardeau lourd, impliquant des obligations financières et logistiques importantes, allant jusqu’à hypothéquer son logement pour des traitements vétérinaires coûteux. Cette situation pousse certains à abandonner leurs animaux, ou à se tourner vers des solutions alternatives comme les « pierres de compagnie » ou les animaux en algues, symboles d’une déconnexion avec la réalité.
Un marché canin démesuré et des priorités inversées
Si des restrictions sont nécessaires, notamment sur le nombre d’animaux par foyer, l’auteur reconnaît que la discipline est de mise pour tous. Il dénonce l’investissement massif de ressources dans l’alimentation, les vêtements et les jouets pour chiens, au détriment d’autres besoins. Les gens passeraient plus de temps à jouer avec leurs chiens qu’à lire ou à regarder des films, dans une économie parallèle qui détourne des fonds de la sphère réelle.
Les exemples les plus extrêmes illustrent cette tendance : des chiens transportés dans des poussettes, équipées de couches, de rubans et de hochets, comme s’il s’agissait de bébés. L’auteur s’interroge sur les raisons profondes de cette inversion des priorités, se demandant si ces « parents » canins ont renoncé à avoir des enfants ou s’ils cherchent à compenser une absence. Il conclut sur la nécessité de mettre fin à cette « épopée canine » qui a lassé même les plus fervents amoureux des animaux.