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Bangkok Post – Pheu Thai nourrit de grandes ambitions

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Le Parti Pheu Thai affiche un objectif audacieux de 200 sièges pour les prochaines élections, cherchant à retrouver sa domination politique dans un paysage thaïlandais fragmenté, tandis que le Parti Démocrate mise sur le retour d’Abhisit Vejjajiva pour tenter de se réinventer.

Pheu Thai : L’ambition des 200 sièges, entre stratégie et réalité

Le Parti Pheu Thai a officiellement annoncé sa ferme intention de conquérir au moins 200 sièges lors des prochaines élections générales, un jalon qu’il juge indispensable pour reconquérir le pouvoir et asseoir sa primauté sur l’échiquier politique thaïlandais. Cette annonce, faite lors de la présentation de 185 candidats parlementaires le 8 octobre, est un signal fort envoyé à la fois à sa base électorale nationale et à la scène politique. Elle témoigne d’une confiance affichée dans sa capacité à diriger la prochaine coalition, malgré les polémiques récentes, notamment une conversation téléphonique de son ancienne dirigeante, Paetongtarn Shinawatra, avec le président du Sénat cambodgien, Hun Sen, qui a été qualifiée de « trahison ».

Cependant, dans un contexte politique de plus en plus fragmenté et compétitif, de nombreux observateurs jugent cet objectif ambitieux, voire difficilement réalisable. Les réalités du sentiment des électeurs, la complexité des coalitions et les alliances fluctuantes constituent autant de défis à relever. L’objectif de 200 sièges semble ainsi davantage une déclaration d’intention politique qu’une prévision électoraliste réaliste. Il s’agit de raviver le moral des militants et de redynamiser des partisans désabusés par le déclin de l’influence du parti ces dernières années.

Pheu Thai peine effectivement à conserver son statut de première force électorale du pays. La formation d’une coalition avec son ancien rival, le bloc conservateur, a été perçue comme une manœuvre pragmatique mais coûteuse politiquement. Si cette alliance a permis au parti de revenir au gouvernement, sous la houlette de Srettha Thavisin, elle a néanmoins aliéné une partie de l’électorat progressiste, qui espérait un partenariat avec le Parti Move Forward (MFP). Ce dernier, depuis dissous, a connu une renaissance sous le nom de Parti Populaire (PP). En promettant un retour de 200 sièges, Pheu Thai espère réaffirmer son identité de force politique véritablement indépendante, capable de former un gouvernement selon ses propres termes, plutôt que par nécessité.

Le système électoral actuel de la Thaïlande représente un obstacle de taille à ce projet ambitieux. Le système à double vote – l’un pour les députés de circonscription, l’autre pour les députés de liste – favorise les partis disposant d’un large attrait, mais pénalise ceux qui sont forts dans des régions spécifiques. Historiquement, le bastion de Pheu Thai se situe dans le Nord et le Nord-Est, des régions riches en circonscriptions où le parti bénéficie d’un soutien indéfectible des électeurs ruraux, toujours fidèles à l’héritage de la famille Shinawatra.

Toutefois, ces régions ne suffisent pas à garantir 200 sièges. Le parti devrait réaliser des percées significatives à Bangkok et dans le Sud, des bastions traditionnellement dominés par des formations rivales comme le Parti Démocrate, et plus récemment le PP et le Bhumjaithai (BJT). De surcroît, Pheu Thai fait face à une bataille ardue dans le système des listes, où le PP continue d’attirer les électeurs urbains, la jeunesse et les primo-votants. En 2023, la présence numérique et le discours réformiste du PP ont permis au parti de devancer Pheu Thai dans plusieurs circonscriptions clés considérées autrefois comme acquises. Sans élargir son audience au-delà de sa base traditionnelle, l’objectif de 200 sièges semble difficilement atteignable.

En interne, Pheu Thai est confronté à une crise d’identité de leadership. Le style discret de M. Srettha tranche avec le populisme dynamique d’anciens leaders comme Thaksin et Yingluck Shinawatra. Bien que Thaksin demeure une figure influente dans les coulisses, sa présence complique les efforts du parti pour projeter un renouveau et se distancier de son passé. Les critiques soulignent que la dépendance de Pheu Thai à l’égard de la « marque » Shinawatra est à la fois un atout et un fardeau. Elle assure la loyauté des partisans plus âgés, mais limite la capacité du parti à séduire les jeunes générations, plus préoccupées par les enjeux concrets et moins attachées émotionnellement à la politique héritée.

Les politiques populistes du parti, telles que les portefeuilles numériques et les plans de relance économique, n’ont pas suscité le même engouement que les programmes de l’ère Thaksin, comme le système de santé universel à 30 bahts. Le simple populisme économique pourrait ne pas suffire à reconquérir un électorat de plus en plus soucieux de transparence, de réforme et de changement institutionnel.

Même si Pheu Thai n’atteint pas son objectif de 200 sièges, il pourrait jouer un rôle déterminant dans la formation du prochain gouvernement. La longue expérience du parti dans la construction pragmatique de coalitions lui confère un avantage dans les négociations post-électorales. Cependant, alors que le PP est susceptible de rester une force majeure et que des partis conservateurs comme le BJT et le Palang Pracharath Party continuent de peser, la capacité de Pheu Thai à diriger une coalition stable dépendra de compromis politiques qui pourraient une fois de plus mettre à l’épreuve sa crédibilité.

Les analystes considèrent le discours des 200 sièges comme une monnaie d’échange stratégique, au-delà d’un simple objectif de campagne. Une bonne performance électorale, même sans atteindre le but fixé, pourrait renforcer la position du parti dans les négociations de coalition et lui permettre de récupérer des portefeuilles ministériels clés.

En définitive, l’objectif de siège de Pheu Thai relève autant du drame politique que de la stratégie électorale. Il vise à rappeler aux électeurs l’ambition du parti de retrouver sa domination, tout en occultant les contraintes internes et externes auxquelles il est confronté. La capacité du parti à traduire cette ambition en votes dépendra de sa faculté à réinventer son discours, à renouer avec des partisans désenchantés et à prouver qu’il peut gouverner au-delà de l’ombre de ses figures fondatrices. Si Pheu Thai ne parvient pas à s’adapter à un environnement politique en mutation rapide, de plus en plus marqué par les exigences réformistes et le changement générationnel, son rêve de 200 sièges pourrait bien rester un simple rêve, ancré davantage dans la nostalgie que dans les réalités de la politique thaïlandaise moderne.

Lors de la présentation de ses 185 candidats le 8 octobre, en vue des élections prévues fin janvier, le parti a marqué une étape importante dans sa restructuration. Paetongtarn Shinawatra, alors chef du parti, a souligné l’importance de cet événement, la première réunion « sincère » du noyau du parti depuis les changements politiques récents. Elle a reconnu les épreuves traversées, dont la transition vers l’opposition et l’emprisonnement de Thaksin Shinawatra. « Il y a ceux qui disent que Pheu Thai est dans une impasse, que nous sommes destinés à disparaître. Je n’ai jamais cru cela », a-t-elle déclaré, rappelant les combats du parti face à deux coups d’État et plusieurs dissolutions. Elle a également annoncé la nomination de Suriya Jungrungreangkit au poste de directeur des élections du parti.

Abhisit Vejjajiva : Un retour sous le signe de l’incertitude pour le Parti Démocrate

Le Parti Démocrate, le plus ancien parti politique du pays, a vu le retour d’Abhisit Vejjajiva à sa tête, après une période difficile marquée par des revers électoraux cuisants. Le parti, qui avait vu son nombre de sièges chuter de plus de 100 à 53 en 2019, puis à seulement 25 en 2023, espère inverser la tendance sous la houlette de son ancien leader.

M. Abhisit, qui a dirigé le parti de mars 2005 à novembre 2018, puis brièvement jusqu’en mars 2019, est de retour à un moment où son parti est à son plus bas historique. Pour de nombreux analystes, ce retour est moins une question de personnalités qu’un test de la pertinence de la politique fondée sur des principes. La question est de savoir si son approche réussira à consolider la popularité déclinante du parti, ou si le simple maintien des 25 sièges actuels sera considéré comme un succès.

Stithorn Thananithichot, politologue à l’Université Chulalongkorn, estime qu’il sera difficile de redonner au parti la popularité d’antan et de conserver les sièges de circonscription. Néanmoins, il suggère que M. Abhisit pourrait parvenir à renforcer la base de soutien du parti de quelques millions de voix et à obtenir davantage de sièges de liste, ce qui constituerait un résultat honorable. Lors des élections de 2023, les Démocrates n’avaient remporté que trois sièges de liste, malgré près de 900 000 voix pour le parti. « Dans l’ensemble, je pense que le parti qu’il dirige peut maintenir le nombre total de sièges à 25, même si le nombre de sièges dans les circonscriptions diminue. Mais M. Abhisit doit mélanger les anciennes et les nouvelles générations au sein du parti pour rendre les Démocrates à nouveau attrayants », a-t-il précisé.

Le nouveau conseil exécutif, composé de 41 membres, est un mélange de vétérans et de nouveaux venus, susceptibles de contribuer aux opérations internes. Ce nouveau bureau comprend des personnalités telles que l’ancien ministre des Finances Korn Chatikavanij (politique), Gardee Liaopairoj (économie numérique), Juree Numkaew (communications), Werapong Prapha (économie internationale), Satit Wongnongtaey (stratégie) et Chaiwut Bannawat (secrétaire général). Cependant, une analyse de ce nouveau conseil révèle que la plupart de ses membres sont étroitement alignés sur M. Abhisit lors de son précédent mandat.

Parmi les cadres considérés comme plus indépendants figurent Mekhin Iamsa-ard et Chaichana Dejdecho. Ce dernier a d’ailleurs confirmé son soutien à M. Abhisit avant l’annonce de son retour. Selon M. Stithorn, le véritable défi pour les Démocrates réside dans le choix des candidats pour les prochaines élections, tant pour les circonscriptions que pour les listes. Les électeurs attendent une équipe économique crédible, capable de défendre la base électorale traditionnelle et d’attirer de nouveaux électeurs. « Cela dépendra en grande partie de l’efficacité avec laquelle M. Abhisit parviendra à renouer avec ses partisans à Bangkok, qui constituaient autrefois le réseau le plus puissant du parti », a-t-il ajouté, rappelant l’anéantissement du Parti Démocrate dans la capitale lors des élections de 2019 et 2023.

Olarn Thinbangtieo, politologue à l’Université de Burapha, souligne que malgré les nouveaux visages, le nouveau conseil exécutif reflète un compromis avec des membres proches de l’ancien leader Chalermchai Sri-on et de l’ancien secrétaire général Dech-it Khaothong. Selon cet analyste, les approches de M. Abhisit et de la direction précédente divergent, et l’inclusion de partisans de M. Chalermchai et M. Dech montre que M. Abhisit doit encore maintenir un équilibre entre la « vieille garde » et le camp idéologique qu’il représente. Il s’interroge sur la capacité de cette « équipe inclusive » à ramener le parti à ses racines idéologiques, citant l’élection d’un chef adjoint pour la région de l’Est où le vétéran démocrate Sathit Pitutecha a perdu face à un candidat aligné sur la direction précédente. M. Sathit, représentant les « familles politiques » (baan ouais) de la région de l’Est, est précisément le type de soutien que les Démocrates devraient conserver.

Certains critiques ont qualifié le retour de M. Abhisit de « vieux vin dans une vieille bouteille », suggérant une incapacité du parti à se réinventer, voire le « dernier clou du cercueil ». Face à ces critiques, M. Abhisit a lancé : « À tous ceux qui en ont assez de la politique que vous voyez aujourd’hui, venez nous rejoindre. »

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